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Objections au Crédit Social

Écrit par Louis Even le mardi, 22 décembre 1959. Publié dans Une lumière sur mon chemin

Refus pur et simple d'une vérité qui fait mal à l'erreur intronisée

Louis EvenC'est son objectif que les socialistes n'aiment pas

 

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Voici plus d’un demi-siècle que parurent les premiers écrits de l’ingénieur économiste Clifford Hugh Douglas sur ce qu’il appela d’abord «Démocratie économique», plus couramment connu aujourd’hui sous le nom de Crédit Social. Nous parlons ici de la doctrine du Crédit Social non pas de partis politiques portant ce nom.

Douglas énonçait quelques principes d’ordre financier, destinés à corriger ce qui, dans le système actuel, vicie et corrompt toute la vie économique. Ses propositions ont été soit ignorées, soit boycottées, soit déformées, jamais appliquées. Et l’organisme économique et social continue de souffrir du même système financier faux, frauduleux, centralisateur, dominateur, désaxé et désaxant.

Les objections au Crédit Social ont été diverses. Toutes sans fondement, provenant de préjugés, ou d’une incompréhension du sujet, ou de la crainte de perdre des privilèges mal assis en justice, ou simplement d’une philosophie de l’économie contraire à la libération humaine que l’application des principes du Crédit Social permettrait de réaliser.

Utopie absurde

Faut-il mentionner l’arme du ridicule, maniée par des sots qui croient faire montre de savoir en gouaillant et en haussant les épaules, sans la moindre connaissance de ce qui fait l’objet de leurs risées. Que de fois n’ont-ils pas prononcé, ou plutôt répété après d’autres, en guise de jugement final sur le Crédit Social: «Théories funambulesques, utopie absurde, monnaie de singe, etc.»

Mais ces railleurs méritent-ils même qu’on s’occupe d’eux? À l’origine du Crédit Social, il y eut un homme de génie: Douglas. Et si des cervelles de dinde s’imaginent que ces théories ne sont que matière à rigoler, ce n’est point du tout l’avis des grands cerveaux du système financier.

C’est qu’en effet, les puissants contrôleurs de l’argent et du crédit, ceux qui ‘tiennent nos vies mêmes entre leurs mains’, virent tout de suite dans les révélations de Douglas une menace terrible à leurs privilèges souverains. Quelle attitude jugèrent-ils urgente de prendre pour barrer une adoption possible du Crédit Social?

En rire? Non point. Mais étouffer cette idée explosive. L’emmurer jusqu’à ce qu’elle tombe dans l’oubli, en érigeant autour d’elle une conspiration du silence. Acheter le mutisme de la presse alors principal et presque seul canal de diffusion. Ils y mirent des millions.

Et comme, malgré tout, les écrits de Douglas atteignaient et gagnaient des esprits, en Angleterre, en Australie, en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis, au Canada et même en dehors du monde anglo-saxon, les grands, menacés dans leurs privilèges firent appel à leurs féaux des chaires d’universités et des sommités de la politique. On vit des économistes distingués, des leaders politiques tels Gaitskell et ses socialistes en Angleterre, se pencher sur le théorème A + B de Douglas, l’escamoter et conclure ‘faux’.

Faux! Et pourtant, les faits qui sautent aux yeux de tous, s’accordent bien avec la conclusion du théorème A + B. Ce qui fit dire à un de ces opposants: «L’analyse de Douglas paraît indéniable, mais il doit y avoir quelque chose de mystérieux, de caché dans son exposé, qui nous échappe et nous empêche de déceler son erreur. Son Crédit Social brille bien comme une vérité sans faille et pourtant, ça ébranle trop notre bagage de connaissances pour que nous l’acceptions comme vérité.» C’est là un refus pur et simple d’une vérité indéniable qui fait mal à l’erreur intronisée.

C’est dans ce même esprit qu’un leader socialiste disait un jour à Douglas, après avoir écouté et compris son exposé du Crédit Social: «Peu importe que votre théorie soit vraie, peu importe que son application puisse être efficace, c’est son objectif que nous n’aimons pas.» C’est là une confession de socialiste: les socialistes ne veulent ni la liberté individuelle, ni la propriété privée, ni l’harmonie entre les classes. Le socialisme, c’est la lutte des classes jusqu’à leur suppression, le nivelage par le bas, tout le monde embauché par l’État, tous passés au même moule, toute la vie économique planifiée.

Obscur, trop simple

En 1941, un haut personnage du Canada français où l’enseignement du Crédit Social faisait son chemin, fit paraître dans le journal L’Action Catholique de Québec, un communiqué dans lequel il disait entre autres: «Que les créditistes présentent donc une explication claire de leur système, on verra après cela s’il y a lieu d’y trouver quelque chose de bon.»

Le haut personnage avait-il daigné accorder quelques moments à la lecture des écrits déjà parus sur le sujet? C’eût été pourtant bien plus logique que de commencer, comme il l’avait fait, par asséner des coups à un mouvement encore jeune, puis admettre implicitement, après cela, avoir parlé sans bien savoir de quoi il s’agissait puisque c’était obscur pour lui.

Au fait d’ailleurs, n’y a-t-il rien d’obscur, pour les hauts et moins hauts personnages, dans le présent système financier qu’ils acceptent tout bonnement comme un produit de la nature, à moins que ce soit comme un corollaire du Décalogue? Ces personnages, voient-ils le système financier actuel clair comme de l’eau de roche? Se sont-ils jamais demandé et ont-ils compris pourquoi et comment varie le volume de l’argent ou le crédit financier en circulation? Qu’est-ce qui le fait varier ? Comment se fait-il que tout le monde, gouvernements comme individus, étaient en disette d’argent pendant toute une décennie avant la guerre, alors que tout d’un coup, du jour au lendemain, on a trouvé tout l’argent qu’il fallait pour financer la guerre la plus coûteuse de l’histoire. Quelle baguette magique est donc entrée en opération? Qui fut le ou les magiciens? Sûrement pas les gouvernements d’Ottawa ou d’autres capitales du monde qui n’avaient rien la veille.

Mais gageons que si ces brillants esprits consentaient à écouter ou à lire un exposé sommaire du Crédit Social au lieu de dire «C’est obscur», ils resteraient quand même fidèles à leur opposition avec un autre refrain: «C’est trop simple, ça ne peut pas être sérieux, ce n’est pas assez compliqué pour être vrai».

Manufacture de paresseux

Il y a des gens qui oublient que la paresse est un péché capital et que la religion offre des moyens pour combattre les vices capitaux. Ils croient que si le système financier, par ses règlements, ne tient pas tout le monde embauché sous peine de mort, la terre va se peupler de paresseux en attendant que ce soit l’enfer qui les embauche de force. Sans pousser leur raisonnement jusqu’à cette extrémité, c’est tout de même au nom de la morale qu’ils n’admettent pas le droit de vivre sans emploi, le droit de vivre sans gagner sa vie par l’embauche salariée dans la production, et dans la production matérielle s’il vous plaît.

Ces moralisants limitent leur conception du travail à un emploi dans la production. Comme si le travail libre était de la paresse. Comme si un dividende n’était pas aussi légitime qu’un salaire. Comme si de l’argent basé sur une production finie n’était pas aussi bon que de l’argent basé sur les opérations, d’ailleurs de plus en plus mécanisées, d’une production en train de se faire.

L’homme occupé à un travail libre, non salarié, comme l’embellissement de sa propriété ou une production artisanale ou quoi encore, y met ordinairement beaucoup de cœur et d’ardeur sans avoir l’œil sur l’horloge comme l’embauché d’usine à 100, 200 dollars ou plus par semaine. Et quand bien même, notre homme libre ne donnerait son temps qu’à la culture de son esprit, à l’art ou à la contemplation, est-ce cela de la paresse ? Nos Pèlerins plein-temps de saint Michel ne sont pas embauchés, ils ne retirent pas un sou de salaire mais ils ne sont point du tout paresseux. Ils ne le sont ni quand ils prient ni quand ils visitent les familles. Et ils sont bien plus utiles à leur pays que s’ils travaillaient à produire des choses matérielles dont le pays ne manque pas. Nos pays évolués ont bien plus besoin de vérité et d’exemples de bonne vie que de beurre, de viande ou de carottes.

Pourquoi des critiques s’obstinent-ils à dire: «Le dividende, l’argent sans emploi va faire des paresseux »? Qu’est-ce qui les empêcherait de dire aussi bien: «Avec un dividende à tous, ceux qui voudront se contenter de ce peu pour vivre, vont faire des artistes, des priants, des apôtres, des détachés de l’accessoire, des sages qui sauront mettre un plafond à leurs besoins terrestres et comprendre la parole du Maître: «Pourquoi vous tracasser du lendemain?».

C’est bien beau, répliquera-t-on, mais regardez donc ce que font les hommes de leurs loisirs actuels. Justement, ils font ce que toute la propagande, la publicité du système financier les pousse à faire dans ce sens. On bourre les hommes de matérialisme, de course à l’argent, de folies, de carnavals et d’autres choses bien plus basses que je ne mentionnerai pas ici. Peut-on après cela s’étonner que les énervés de la production industrielle à outrance s’évadent quand ils en ont la chance dans tous ces divertissements patentés, collectivisés, commercialisés? Ils passent du matérialisme de l’embauchage au matérialisme des loisirs organisés.

Tout pousse dans ce sens. Ça commence dans la vie scolaire. Ça continue dans la vie de l’usine. Plus de cesse ni de frein. La religion elle-même en souffre. Aujourd’hui, alors que la semaine d’embauchage finit dès le vendredi soir, le dimanche au lieu d’y gagner, en perd. En moins d’une génération, on a vu disparaître les Vêpres, les Saluts du Saint-Sacrement, les processions, le chapelet en paroisse à l’église. Les messes sont raccourcies. Et on crie déjà bien fort pour faire supprimer l’obligation de l’assistance à la messe le dimanche.

Au lieu de réagir, les pasteurs capitulent et s’inclinent. «Il faut muter avec le monde en mutation», disent-ils. Muter, muter vers la décadence.

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