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Monopolisation de l’argent

Écrit par Louis Even le samedi, 20 janvier 1968. Publié dans Une lumière sur mon chemin

Employeurs comme employés gisent dans le même filet

Louis Even"Une usure dévorante pratiquée sous une autre forme" (Léon XIII)

L'inflation résulte d'une course sans fin entre les salaires et les prix

 

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Mes bien chers amis, bien que nos Papes, depuis trois quarts de siècle, aient publié une vingtaine d’encycliques traitant de questions sociales, on considère généralement Rerum Novarum de Léon XIII comme ayant ouvert la série. Elle fit, en effet, une grande lumière à une époque où le monde ouvrier souffrait de conditions très injustes et très dures. Conditions nées d’une révolution industrielle alors que la production rendue plus abondante par cette révolution industrielle aurait dû être bénéfique pour toutes les classes de la société.

Mais, les corporations anciennes ayant été abolies à l’époque de la révolution française et rien ne les ayant remplacées pour protéger les droits des travailleurs, les ouvriers étaient laissés selon les termes mêmes de Léon XIII «à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée».

La soif insatiable de profits

Cette concurrence était motivée par la soif insatiable de profits par ceux qui, possédant l’argent, embauchaient à leur service ceux qui en manquaient pour vivre et faire vivre leur famille.

Les entreprises avaient pour but principal non pas tant de fournir des produits à la population que de faire de l’argent pour les bailleurs de fonds. Il fallait que l’argent rapporte de l’argent, toujours plus d’argent; d’où petits salaires en face de gros prix. L’homme devait déjà exister pour servir l’industrie et, non pas, l’industrie pour servir l’homme; servir l’industrie qui, elle, devait servir l’argent. L’argent était déjà devenu la fin de toutes les activités économiques.

Des hommes avides de gain

Presque dès le début de l’encyclique de Léon XIII, deux phrases qui se rapportent certainement à cette voracité de l’argent, nous laissent sous une certaine curiosité par l’emploi d’une expression non précisée et qui ne revient pas dans le reste du document. Léon XIII écrivait: «Une usure dévorante est venue s’ajouter encore au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Église, elle n’a cessé d’être pratiquée, sous une autre forme, par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité.»

Qu’est-ce que cette usure dévorante sous une autre forme? En quoi consiste cette nouvelle forme d’usure qui est venue s’ajouter à l’oppression des travailleurs?

L’Église avait longtemps considéré comme usure tout intérêt réclamé par un prêteur d’argent, même à un taux très minime d’intérêt, c’était condamné comme usure. Puis, une fois l’intérêt toléré, c’est le taux trop élevé qui s’appela «usure». Au temps de Rerum Novarum, 5 pour cent était la limite maximum tolérée par l’Église; au-delà, c’était de l’usure.

Mais voici que Léon XIII parle d’une usure «sous une autre forme»; cela ne veut-il pas dire: sous une autre forme qu’un taux d’intérêt trop élevé? Qu’était donc cette nouvelle forme d’usure? Le Pape ne la définit pas, ni dans ce passage, ni dans le reste de l’encyclique.

Le monopole de l’argent

Un prêtre anglais, l’abbé Drinkwater, a écrit en 1935, un livre dans lequel il rappelle cette phrase de Rerum Novarum. Selon l’abbé Drinkwater, «l’usure dévorante sous une forme nouvelle», c’était le monopole du crédit, qui allait, de plus en plus, devenir un monopole de l’argent, de tout l’argent moderne, mais dont la nature et le jeu, à cette époque, étaient encore mystérieux pour presque tous les profanes. Mais, si elle fut mentionnée par le Pape, il en connaissait au moins l’existence; pourquoi n’a-t-il pas dit de quoi il s’agissait?

L’abbé Drinkwater rapporte à ce sujet, qu’un comité d’études, siégeant à l’Université de Fribourg, avait préparé des éléments pour la rédaction de Rerum Novarum. Parmi les membres de ce comité, dit-il, il s’en trouvait au moins un, un Autrichien, bien au courant de la question monétaire et du crédit bancaire. Un texte préparé par lui fut apparemment approuvé par le comité. Il devait bien montrer comment la simple monnaie scripturale, qui prend naissance dans la banque et qui tendait déjà à devenir l’instrument monétaire courant du commerce et de l’industrie, n’était en somme qu’une monétisation de la capacité de production de toute la communauté. L’argent nouveau ainsi créé ne peut donc bien être que social et nullement propriété de la banque. Social, par la base communautaire qui lui confère sa valeur.

Un pouvoir discrétionnaire

C’est en effet la production de toute la communauté dans son ensemble qui confère de la valeur à l’argent. Social aussi par la vertu qu’a cet argent de commander n’importe quel service et n’importe quel produit, d’où qu’ils viennent. Le contrôle de cette source d’argent place donc entre les mains de ceux qui l’exercent un pouvoir discrétionnaire sur toute la vie économique.

Puis, la banque qui prête, non pas l’argent de ses déposants, mais des dépôts qu’elle crée elle-même de toute pièce, par de simples inscriptions de chiffres, ne se départit de rien. L’emprunteur peut sortir de la banque avec un prêt de cent milles, deux cents milles dollars ou davantage, la banque n’a pas sorti un sou de ses coffres, ni diminué d’un sou les dépôts de ses clients.

C’est de l’argent nouveau sous forme de crédit financier ayant toutes les vertus de l’argent de métal ou de papier. Argent nouveau créé d’un trait de plume dans les livres de la banque. L’intérêt qu’elle en exige peut bien être taxé d’usure; quel qu’en soit le taux, c’est plus que du 100 pour cent, puisque c’est de l’intérêt sur un capital zéro de la part du prêteur.

Accumulation de dettes

Usure, aussi, qui peut bien s’appeler dévorante. En effet, l’emprunteur n’est pas capable de tirer de la communauté plus d’argent qu’il n’y a été mis en circulation. Pour pouvoir servir l’intérêt, il faut qu’il y ait d’autres prêts venant par derrière et servant de nouvel argent en circulation. Autres prêts, exigeant, eux aussi, d’autres intérêts. D’où une accumulation de dettes, les unes de caractère privé, les autres de caractère public, quand il s’agit d’emprunts par le gouvernement ou par des corps publics, mais toutes collectivement impayables.

Que fut exactement la rédaction de ce texte relatif au monopole du crédit? Nous ne pouvons pas le savoir puisqu’il ne parut pas dans l’encyclique. Et pourquoi ne parut-il pas dans l’encyclique? Fut-il supprimé à Fribourg même, dans la rédaction définitive de l’étude envoyée à Rome? Fut-il subtilisé entre Fribourg et Rome, ou entre sa réception au Vatican et sa remise au Souverain Pontife? Ou bien, est-ce Léon XIII, lui-même, qui décida de le laisser de côté? L’abbé Drinkwater pose ces questions, mais, il n’y répond pas.

1891 à 1931

L’encyclique Rerum Novarum fit beaucoup de bien! Les principes qu’elle rappelait en matière sociale contribuèrent à l’apparition et au développement d’un esprit plus humain et plus chrétien, au moins, moins barbare, dans les relations entre patrons et ouvriers. Sans doute avec des exceptions; trop d’exceptions encore. Mais cet esprit nouveau fit tout de même sa marque. Des patrons s’appliquèrent, au moins dans une certaine mesure, à améliorer les conditions de travail de leurs employés.

Et de leur côté, des ouvriers, que les dures conditions de leur existence poussaient à la violence ou vers les théories du socialisme, reprirent courage en entendant la voix la plus autorisée du monde plaider leur cause. Ils apprirent à se grouper et à chercher, dans l’ordre, un meilleur traitement de la part de leurs employeurs. On vit céder, graduellement, la défiance qui prévalait presque partout, surtout depuis la révolution française, contre la formation d’associations.

Une plus large distribution des produits

D’autre part, la continuation du progrès, à un rythme accéléré, dans la production, exigeait, sous peine d’asphyxie de l’industrie, une plus large distribution des produits. En même temps, ce progrès permettait de maintenir, d’augmenter même, le volume de la production tout en diminuant les longues heures de la semaine ouvrière. Les travailleurs devraient donc bien en profiter un peu, par la force même des choses.

La première grande guerre mondiale put bien détourner les activités de l’industrie vers la production de biens sans utilité pour le niveau de vie. La guerre laissait plutôt des ruines. Mais, une fois terminées les hostilités qui durèrent quatre ans, le développement de techniques perfectionnées pour des fins de guerre, allait être mis, avec la même efficacité, au service d’une économie de paix.

En effet, le relèvement fut rapide. Le niveau général de vie connut même une montée fiévreuse dans les pays évolués, jusqu’au coup de tonnerre financier qui plongea ces mêmes pays dans la crise sans précédent des années 30. Crise logiquement inexplicable, laissant une immense capacité de production dans l’inaction en face de besoins criants, partout. Impossible de l’attribuer à des phénomènes naturels, ni à la disparition de compétences, ni au refus de travailler par des hommes qui cherchaient partout de l’emploi.

Tout le monde, d’ailleurs, avait le même mot à la bouche: «Pas d’argent!». Les consommateurs manquaient d’argent. Les producteurs manquaient de crédit financier. Rien autre ne faisait défaut.

Indéniablement, une intervention avait eu lieu dans le secteur financier de l’économie, et toute la vie économique en souffrait. Il ne s’agissait plus d’une oppression des employés par des employeurs. Employeurs comme employés gisaient dans le même filet. Mais, au cours des quatre décennies écoulées depuis Rerum Novarum, des esprits chercheurs avaient tourné leurs investigations du côté de ce mystérieux secteur de l’économie: l’argent, le crédit. Des découvertes avaient été faites et divulguées. Pas encore connues ni admises partout, mais pas, non plus, complètement ignorées, ni sans preuves irréfutables à leur appui.

C.H. Douglas

Le plus distingué de ces découvreurs fut un esprit supérieur qui ne se contenta pas de relever des faits, mais en établit les causes et présenta des propositions capables de faire du système financier un serviteur souple au lieu d’un maître cassant et souverain. Cet homme, ce fut C. H. Douglas, l’auteur des propositions du Crédit Social, dont le nom et l’enseignement reviennent fréquemment dans les pages de Vers Demain, pour le bénéfice de ses lecteurs, anciens et nouveaux.

Ils contrôlent nos vies

Le voile levé, «l’usure dévorante, pratiquée sous une autre forme» avait maintenant un nom; elle s’appelle: monopole du crédit. Pie XI, dans son encyclique remarquable, Quadragesimo Anno, put se servir de termes qui montraient à tout le monde ce qu’est le monopole du crédit et ses effets déplorables. C’est ce dont il sera question dans le chapitre suivant.

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