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Les grèves

Par Louis Even le samedi, 23 janvier 1965. Dans Economie

Louis Even

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Mes bien chers amis,

Il est encore question de grève dans la région d’Arvida. Grève, c’est une chose grave, la grève. C’est comme la guerre; on n’entre pas en guerre pour n’importe quoi. Il faut des raisons graves et il faut aussi que les avantages qu’on compte pouvoir tirer des forces, la continuation de la paix.

Les grèves sont comme les guerres mais lorsque vous faites une grève c’est le côté qui fait la grève qui souffre le plus. Les ouvriers sont moins capables de se passer longtemps de salaires que les patrons ne sont capables de laisser leurs usines fermées et de se priver de profits pendant un certain temps.

La guerre, on n’entre pas facilement en guerre, je viens de le dire et pourquoi fait-on les grèves si facilement que cela ? De ce temps-ci on dirait qu’on parle de grèves de plus en plus. Le gouvernement provincial vient de passer des lois pour permettre le droit de grèves aux fonctionnaires, pour permettre le droit de grèves même aux instituteurs. Avec toutes ces affaires là on crée un climat de grèves. Qu’est-ce que vous diriez si les Nations Unies à New York, ceux qui parlent à passer leur temps, à dire qu’ils ont le droit de faire la guerre, à parler du droit de guerre, des conditions pour faire la guerre ?

Ce n’est pas de cela qu’il est question; c’est de la paix, d’établir la paix. Et quand vous faites la grève vous faites du masochisme, c’est-à-dire que vous punissez ceux qui font la grève. Ensuite, lorsqu’un syndicat déclare une grève, il prend un vote majoritaire. Le vote majoritaire oblige les autres aussi à se mettre en grève. En voilà une manière de comprendre la démocratie! C’est ce qu’on fait pour les guerres, oui, depuis la Révolution Française. Auparavant les civiles n’entraient pas en guerre. Tout le pays n’était pas en guerre quand se déclarait une guerre. Aujourd’hui les guerres sont totales et les grèves sont totales.

Non seulement les ouvriers souffrent de la grève mais toute la communauté locale en souffre, et plus loin que la communauté locale. Et ensuite ça crée dans tout le corps ouvrier un climat de lutte contre les patrons; la lutte de classes. Rien de mieux pour favoriser la venue du communisme : la lutte de classes pour que la classe inférieure vienne à triompher de la classe supérieure et établir la dictature ouvrière.

On sait bien que les ouvriers d’Arvida ne pensent pas à tout cela mais pensez-donc au moins au mal que vous ferait la grève. Ce n’est pas un climat de grève qu’il faut, c’est un climat de paix. Vous allez jusqu’à faire des fonds de grèves par les cotisations que vous montez plus haut afin de faire des fonds de grèves, exactement comme les pays qui s’arment en vue de la guerre à venir. Vous nous armez d’un fond de grèves avec les cotisations obligatoires; vous allez même jusqu’à demander aux patrons de collecter dans l’enveloppe des ouvriers la cotisation syndicale comme si les ouvriers n’étaient pas attachés assez à leur syndicat pour payer eux-même la cotisation syndicale.

Je vous assure que si j’étais patron je refuserais carrément, C’est participer avec l’adversaire puisque vous vous placez en adversaires, c’est aider l’adversaire à s’armer contre le patron. Non! Ce n’est pas cela qu’il faut; il faut entre l’ouvrier le patron, entre les ouvriers, les employés et les employeurs un climat de paix, un climat de stabilité. Autrement tout est désordre.

Oui, dira-t-on, c’est bien. Mais il faut bien réclamer nos droits. Vos droits ? Quels droits ? Le droit à la congestion ? Vous n’allez tout de même pas jusque là ? Ce n’est pas pour prendre la place du patron. Non mais on veut des salaires raisonnables. Des salaires raisonnables ? Ça fait longtemps que vous faites des augmentations de salaires et puis ces augmentations de salaires portent en elles-mêmes l’anéantissement de leur avantage parce que les salaires augmentés augmentent nécessairement les prix et même mieux que cela : le salaire n’est jamais égal au prix, il y a d’autres choses que le salaire. Et quand le salaire augmente, il y a bien d’autres choses qui augmentent en même temps. Parce que vous perdez plus que l’augmentation du salaire par l’augmentation des prix. Et ça crée des demandes d’augmentations de salaires ailleurs, on va à l’inflation, vos épargnes y passent, l’épargne perd sa valeur, les pensions perdent leur valeur avec ces inflations là.

Ah, vous direz, les inflations, il y a d’autres causes que ça! Je le sais bien mais c’est une des causes. Il y a pas besoin d’ajouter des causes à celles qui existent déjà.

D’abord ces salaires que vous voulez plus gros, c’est pourquoi ? C’est pour avoir une plus grosse part de la production. Très bien. Est-ce que la production n’est pas assez grosse pour satisfaire à la fois les patrons et les ouvriers ? Allez-vous accuser les capitalistes de manger tout le pain du pays ? De porter tous les vêtements du pays ? Toutes les chaussures du pays ? D’occuper tout le pays avec leur salaire et leur maison ? Il en reste en quantité; ce n’est pas parce que le patron a une grosse part que vous n’en avez pas. Il y a assez de parts disponibles pour vous donner l’abondance, pour satisfaire tous vos besoins normaux.

Voilà ce que les ouvriers semblent n’avoir pas compris même si le Crédit Social le met sous leurs yeux depuis 40 ans.

Les salaires, vouloir avoir des salaires plus gros pour une part plus grosse ça équivaut à se mettre autour d’une table, la rationner et laisser le garde-manger plein à côté et dire entre patrons et ouvriers : Quelle va être ma part ? Que votre assiette soit pas trop grosse afin qu’il y en ait assez dans la mienne! Et ça pourrit dans le garde-manger pendant ce temps-là.

Vous le savez bien. Vous savez bien que les magasins sont jamais vides. Vous savez bien que malgré le chômage et malgré vos grèves il y a encore tout ce qu’il faut dans les magasins. C’est une formule comme cela qu’il faut chercher. D’autres fois vous dites: On fait la grève comme ils la font à la Presse de ce temps-ci à Montréal, comme ils l’ont fait à New York pendant plusieurs mois; la grève contre l’automation, contre l’apport de machines qui prennent la place des ouvriers!

La grève contre le progrès. La grève contre votre liberté, contre votre libération. Pensez donc, si les machines faisaient tout le travail à votre place, mais vous auriez plus votre temps libre. Est-ce que c’est pas avantageux d’avoir du temps libre ? D’être déchargé de l’embauchage et tout ? Oui, direz-vous, mais, mais quand on chôme, quand on n’a pas d’emploi, on n’a pas de revenus.

Pourquoi ? Pourquoi n’avez-vous pas de revenus quand vous n’avez pas d’emploi ? Bien, parce que personne nous paie! Qui est-ce qui a établi ce règlement là que pour avoir un revenu il faut être employé pour avoir un revenu ? Qu’il faut être embauché pour avoir le droit de vivre ? Surtout dans notre époque. Autrefois les gens travaillaient sur leurs propres lots ou dans leurs propres boutiques et en faisaient assez pour vivre. Et ils arrivaient à joindre les deux bouts avec pas tant de machines que nous avons aujourd’hui. Ils chômaient le dimanche et bien des fêtes pendant l’année, beaucoup plus qu’aujourd’hui. Ils élevaient des familles. Des familles canadiennes et d’autres aussi ont élevé 10,12,14, 15 enfants et ils leur laissaient un patrimoine en mourant.

Aujourd’hui, on en élève trois, quatre et on laisse des dettes en mourant. Comprenez-vous ça ?

Avec toutes vos augmentations de salaires, avec toutes ces machines, avec tout ça ? Non. Pourquoi ? Parce qu’on accepte des règlements faux. Patrons et ouvriers sont dans le même sac; ils ont les uns et les autres les yeux bouchés. Les uns courent après leurs profits, les autres après leurs salaires, tous courent après l’argent et l’argent est rationné alors que la production est surabondante. Au lieu de régler le système d’argent. Quand allez-vous faire la grève contre le système monétaire ? Votre système d’argent actuel qui n’est pas capable de mettre une piastre au monde sans créer une dette de plus d’une piastre à la communauté. Commencez donc par regarder de ce côté là au lieu de bouder le progrès, bouder les machines, vouloir encore voir le revenu lié à l’emploi. Que feriez-vous si les machines étaient tellement perfectionnées qu’il y aurait plus rien qu’un petit groupe de personnes, disons dix sur cent pour peser sur des boutons et puis tout marche ?

On tend vers là. On n’est pas rendu là mais on est à moitié chemin, au quart du chemin au moins.

Qu’est-ce que vous feriez dans ce cas ? Diriez-vous : Bien les quatre-vingt dix autres n’auront pas de salaire. Ils n’auront pas de revenus, ils n’auront pas de salaires, ils ne sont pas employés. Les dix pour cent seront-ils les seuls à avoir droit à la production du pays ? Ah! ils vont dire, non, on arrangera ça! On arrangera ça en prenant dans l’enveloppe de paye de ceux qui sont payés. C’est qu’on fait aujourd’hui. On prend le gain de ceux qui gagnent encore pour pouvoir donner aux autres le moyen d’acheter les produits de la machine. La machine n’a pas besoin de manger elle. Elle n’a pas besoin de dormir, elle ne se met pas en grève non plus. Et la machine produit et c’est pas l’ouvrier qui produit ce que produit la machine.

Votre travail diminue en longueur, il diminue en intensité et quand vous demandez des augmentations de salaires alors que vos semaines diminuent de temps, vous êtes dans l’erreur. Ce n’est plus un salaire; le salaire c’est la récompense du travail et si le travail diminue, le salaire devrait diminuer au lieu d’augmenter. Vous allez dire : Comment ? êtes-vous maintenant pour la baisse des salaires ? Je suis pour la justice. Quand le travail diminue que le salaire diminue. Mais quand le travail diminue, c’est parce que la machine prend la place des hommes et quand la machine prend la place des hommes c’est le progrès qui travaille à la place des ouvriers. Et le progrès est un bien commun et le progrès doit apporter des dividendes à tout le monde au lieu d’apporter de plus gros salaires à ceux qui sont encore employés.

C’est là qu’est la justice. Un salaire à tout le monde. Nous sommes tous nés capitalistes; tous nés cohéritiers des générations passées. Je veux dire que dans le passé il y a eu des inventions. Vous avez par exemple la machine à vapeur aujourd’hui., vous avez le moteur électrique, qui est-ce qui a inventé ça ? Aucun de cette génération-ci. Ni les ouvriers ni les patrons. Ni les banquiers ni les gouvernements. Aucun de ceux là n’ont le pouvoir d’établir que la production va aller à un tel ou un tel. Ça c’est un bien qui a été fait par les générations passées, des gens qui sont morts. Leurs héritiers c’est la génération actuelle. Il y a longtemps que les 17,19 années de droits de patentes sont expirées.Ça appartient à tout le monde. Le patron peut encore payer une machine qui rentre dans l’atelier, il paie l’acier qu’il y a dedans il ne paie pas la patente; la patente est un bien commun.

C’est le plus gros facteur de production aujourd’hui et si le plus gros facteur de production c’est la machine, c’est l’héritage des générations, la plus grosse partie de la production devrait aller à tout le monde. Nous sommes tous des capitalistes!

Tâchez donc messieurs les chefs des syndicats de diriger votre force syndicale vers cela vers regarder pour réclamer votre statut de capitalistes, votre statut d’ayant droit à la production non gagnée par vous, la production gagnée par les ancêtres, par le progrès. La production due à l’existence de ressources naturelles qui ont été crées par le Bon Dieu non pas par vous ni par les capitalistes.

Faut regarder les choses en face. Le Crédit Social vous donne toute cette instruction là. Le journal Vers Demain paraît depuis 25 ans; il fête justement son jubilé d’argent cette année, il dit ces choses là. Je ne parle pas du parti du Crédit Social; ce n’est rien qu’une prostitution. Je parle de la doctrine du Crédit Social.

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