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La Rhodésie et la grande conspiration

Écrit par Louis Even le jeudi, 02 mars 1967. Publié dans Conspiration

La Messe, un sacrifice, et non pas le fait d'une assemblée

Louis Even

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Une rencontre Frères-Sœurs

Un journal de la Beauce (la Beauce de la province de Québec) nous apprend que le samedi, 22 novembre, plus dé 25o religieux et religieuses, représentant environ 35 paroisses de la région, se sont réunis à l'Hôtel-Dieu Notre-Dame de Beauce. Nous voulons bien croire que ces religieux et religieuses sont sortis de cette rencontre plus profondément religieux qu'en y venant, puisque le programme comportait pour commencer une cérémonie pénitentielle. Certains et certaines ont dû réfléchir et se demander si, sous des règles relâchées et des vêtements plus à la mode, ils sont bien restés fidèles à l'esprit de leur fondateur ou de leur fondatrice.

Mais le programme comportait aussi un exposé sur l'esprit de la nouvelle liturgie de la Messe. Exposé donné par un Jésuite, le Père Gérin-Lajoie. Le rapport paru dans le journal est signé par la Soeur Georgette Villeneuve, présidente du Comité régional des Religieux. Il ne doit donc pas trop s'éloigner de l'exactitude.

Théologie de rabais

Or, lit-on dans le rapport, le Père Gérin-Lajoie a fait comprendre à son auditoire d'élite que la messe est bien autre chose qu'une "cérémonie". -- Fort bien; mon Père, mais quoi ? — On vient à la Messe, aurait-il dit :

  • Pour se rencontrer ;
  • Pour dialoguer ;
  • Pour rendre grâces ;
  • Pour communier tous ensemble.

Le rapport appuie sur le dernier point, soulignant plus spécialement le déterminatif « tous ensemble ». Faire la charité fraternelle procéder éminemment de la communion personnelle de chacun au même repas, le Corps du Christ, c'est trop traditionnel, c'est mettre Dieu avant l'homme. Pour être moderne, ne faut-il pas faire la religion commencer par l'homme, même au risque de rester là ? Donc, s'unir d'abord, puis aller collectivement au Christ, lui montrer notre belle union réussie sans avoir eu besoin de passer par lui... On nous reprochera peut-être d'interpréter faussement le rapport pour le critiquer ; mais c'est en tout cas ce qui semble se dégager du « tous ensemble » si fortement souligné.

La rencontre, poursuit la Sœur, s'est terminée par une messe qui a été vraiment, avec la célébration pénitentielle de l'après midi, le « clou » de la rencontre. Elle ajoute :

« Si nos messes étaient ce qu'elles doivent être, on aurait hâte d'y assister et on en vivrait vraiment d'une semaine à l'autre. »

Puis, avec un enthousiasme qui se veut communicatif :

« Il n'en tient qu'à nous tous, prêtres, religieux, laïcs, de renouveler nos célébrations. L'Église nous donne « feu vert » pour tout ce qui peut faire de nos messes une véritable assemblée. Sommes-nous prêts à y mettre le prix ?

Une messe, ça se célèbre dans la joie, c'est une fête qui doit nous impressionner, qui doit nous changer, nous aider à devenir plus frères. »

Les 250 religieux et religieuses sont donc devenus un peu plus frères et sœurs après cette messe, célébrée dans la joie. Joie, faut-il croire, avec laquelle ils eussent assisté à la première Messe, celle du Calvaire, dont nos messes sont le renouvellement, non sanglant, sacramentellement, mais substantiellement le même. Ils seraient descendus du Calvaire en dansant de joie, comme les guitaristes de nos messes rythmées !

Ce "feu vert" ?

Le Père Gérin-Lajoie a dû être phis complet et plus profond qu'il en paraît sur le rapport. Il n'a pas dû véritablement laisser conclure que tous, prêtres, religieux, laïcs, devraient s'appliquer à concevoir et promouvoir du nouveau, à « renouveler leurs célébrations, afin de faire de leurs messes de « véritables assemblées », comme dit la Sœur, « l'Église leur en donnant le feu vert ».

Ce n'est d'abord pas vrai que l'Église donne ce « feu vert ». Bien au contraire, une des raisons pour lesquelles le Pape rend le nouvel Ordo Missae obligatoire dans toute l'Église latine, c'est justement pour que cessent des innovations de toutes sortes, les fantaisies diverses semblant rivaliser d'audaces, qui ont discrédité la liturgie de notre Église catholique, créé la division et jeté les esprits dans la confusion depuis le Concile, en s'autorisant faussement d'un concile dont tout le monde a lu ou entendu des rapports déformés par les grands moyens de diffusion, mais dont, sans doute, pas une personne sur mille, voire sur dix mille, n'a pris la peine d'en lire le contenu officiel.

Paul VI disait, le 19 novembre; en parlant du rite de la Messe qui allait être inauguré le 30 novembre en Italie, comme d'ailleurs au Canada, et partout au plus tard le 28 novembre 1971:

« Cette réforme met fin aux incertitudes, aux discussions, aux prises de position abusives ; et elle nous ramène à l'uniformité de rites et de sentiment qui est le propre de l'Église catholique. »

Vocabulaire protestant

Il y a obligation pour tout catholique, sauf circonstance grave ou impossibilité, d'entendre la messe le dimanche. Quand les fidèles accomplissent en nombre ce devoir, il y a certainement dans leur église locale un rassemblement, ou, pour employer l'expression nouvelle courante, une « assemblée du Peuple de Dieu ». Mais ce n'est pas cette assemblée qui fait de la cérémonie une messe. Il n'y a de Messe que s'il y a sacrifice.

C'est le sacrifice, non pas l'assistance, qui fait la Messe. Ce qu'on oublie trop aujourd'hui, où tout le monde à la page s'applique, à parler catholicisme en termes protestants. L'église, une salle communautaire ; les statues, superstition à détruire ; la table de communion, agenouilloir indigne de l'homme démythisé par la science ; le Saint-Sacrement, un signe à loger dans un coin pour ceux qui y croient encore ; la Messe, une assemblée ; le prêtre, un président d'assemblée.

On en est rendu à protestantiser des définitions qu'on veut rendre officielles. Ce n'est pas sans raison que des théologiens pas des aberrants, mais des vrais — se, sont élevés contre la définition de la Messe que Je Père Bugnini «a réussi à transplanter dans l'Institutio du nouvel Ordo Missae (qui sera sans doute rectifiée dans une future édition) :

« La! Cène du Seigneur, appelée aussi la Messe, est la sainte assemblée ou le rassemblement du Peuple de Dieu, sous la présidence du prêtre, afin de célébrer le mémorial du Seigneur. »

Cette définition peut convenir à l'Office des protestants et à la fonction de leurs pasteurs. Mais la Messe catholique est bien autre chose et bien au-dessus de tout cela. Et la fonction du' prêtre catholique officiant est bien autre chose que celle d'un président d'assemblée. Justement parce que la Messe catholique est essentiellement un sacrifice, tandis que l'Office protestant ne peut pas l'être, puisqu'il n'a pas de victime à offrir — au moins pas de victime d'une valeur digne de Dieu.

Les protestants peuvent appeler leur Office du nom qu'ils voudront : mémorial du Seigneur ; Cène, qui veut dire repas ; office de communion, d'une communion-signe. Ce n'est tout de même qu'une assemblée, où il peut y avoir lecture, biblique, ou prédication, et distribution d'un pain de fraternisation, tout cela sous la présidence d'un pasteur.

Le prêtre catholique peut certainement présider une assemblée, disons dans une salle communautaire ou en plein air, sans pour cela y célébrer la Messe. Il peut aussi faire office de président pour la « Liturgie de la Parole » qui, à la Messe catholique. précède la « Liturgie Eucharistique ». Mais rendu à cette dernière, son rôle n'est plus celui d'un simple président d'assemblée, son rôle devient celui d'un sacrificateur.

La Messe, Sacrifice

Lorsque prêtres et fidèles parlaient encore en catholiques, ils disaient couramment, pour désigner la Messe, messe du dimanche ou messe de semaine, le « Saint Sacrifice de la Messe ». Le mot « sacrifice » est tabou aujourd'hui ; « assemblée » est tellement moins traumatisant pour un monde qui cherche confort sur confort et fuit la croix.

Pourtant, aujourd'hui comme hier, la Messe est un Sacrifice, Elle est le. Sacrifice par excellence, l'unique Sacrifice capable de rendre dignement à Dieu le culte d'adoration, de gratitude, de propitiation et d'impétration qui lui est dû.

Sacrifice de quelle victime ? Le catéchisme — le vrai, pas la présente catéchèse détraquée -- le catéchisme nous l'apprend. La Victime, c'est le Dieu-homme qui fut d'abord immolé sur le Calvaire, Jésus-Christ lui-même. Victime sur nos autels, aussi réellement, aussi substantiellement que sur le Calvaire, bien que sacramentellement et d'une manière non sanglante. Et c'est lui-même qui s'offre ainsi de nouveau en victime pour les mêmes fins que sur le Calvaire.

Ce divin Sacrifice s'opère par les paroles des deux consécrations séparées : la première, qui change la substance du pain en la substance du Corps de Notre-Seigneur ; la deuxième, distincte de la première, qui change la substance du vin en la substance du Sang de Notre-Seigneur.

Sur le Calvaire, le Sacrifice fut consommé lorsque tout le sang de Notre-Seigneur ayant été exprimé de son corps au cours de près de vingt heures de traitements barbares et de souffrances atroces, notre Rédempteur rendit l'esprit ; son Âme laissant son Corps sans vie. Sur l'autel, les paroles de Notre, Seigneur, prononcées par la bouche du prêtre, paroles qui créent ce qu'elles expriment, ont appelé le Corps du Christ sur la patène, le Sang du Christ dans le calice. Corps et Sang séparés. Victime immolée.

Voilà le Sacrifice.

Il est vrai que, à cause de l'état actuel de Notre-Seigneur, son Corps ressuscité et glorieux, ne pouvant plus mourir, Jésus est tout entier, Corps, Sang; Âme et Divinité, sous chacune des deux Espèces consacrées. Mais c'est par concomitance qu'il 'en est ainsi, non pas par le strict sens des deux Consécrations séparées, l'une n'appelant que le Corps, l'autre n'appelant que le Sang.

Et l'offrande est la même sur l'autel que sur le Calvaire — l'offrande d'une Victime qui s'est livrée à la mort pour le salut du monde.

La Messe est donc plus qu'un simple mémorial de la Cène ou de la Croix. Elle est plus que la simple représentation du Sacrifice du Christ. Elle en est le renouvellement. Renouvellement réel et substantiel, bien que sous forme sacramentelle. Tout comme l'Hostie consacrée que nous adorons est en réalité et en substance le même Jésus qui naquit à Bethléem, prêcha en Palestine, souffrit sa passion, mourut, ressuscita, monta au Ciel et règne éternellement avec le Père et le Saint-Esprit. Le même, bien que sous une forme sacramentelle, sur nos autels et dans nos tabernacles. Oui, vraiment, « il est grand le mystère de la foi. »

C'est de cette théologie de la Messe que devraient être alimentés et se nourrir les fidèles, qu'ils soient religieux, ou laïcs. Ils y trouveraient plus de motifs à aimer et faire aimer la, Messe que par la recherche de nouveautés qui la désacralisent, qui anémient une vie spirituelle déjà si alanguie chez une masse de catholiques.

Avec ou sans assemblée

Chaque Messe a une valeur infinie, à cause de la Victime qui y est offerte en sacrifice.

Lors de la dédicace du Temple, dont la construction venait d'être terminée, le roi Salomon fit offrir en sacrifice 22,000 bœufs et 120,000 brebis. C'était beaucoup en nombre et en valeur, à l'échelle de la comptabilité des hommes. Et certainement, ceux qui fournirent les bœufs et les brebis firent, de bon cœur ou de mauvais cœur, un sacrifice appréciable. Mais si cette immolation put être agréée de Dieu, ce fut surtout parce qu'elle préfigurait le futur sacrifice du Rédempteur promis à -nos premiers parents après leur péché.

Mais depuis le Calvaire, chaque Messe dépasse infiniment les sacrifices de toutes les centaines et centaines de milliers de victimes de l'ancienne' loi additionnés ensemble.

Assemblée ou pas d'assemblée, la Messe est un sacrifice de valeur infinie. C'est la victime offerte, et non pas la grosseur de l'assistance, qui fait cette valeur. On ne saurait trop le répéter à des contemporains férus de nombre, de majorités, de réjouissances bruyantes, dansantes, balançantes et tout le dévergondage.

Que l'assistance soit de 100, ou de 1000 ou de dizaines de mille, s'il n'y a pas le Sacrifice, le Sacrifice lié aux deux consécrations eucharistiques et distinctes du pain et du vin, il n'y a pas plus de messe qui si cette foule était-dans une salle publique ou dans un champ d'exposition.

De même, si les autres parties de la messe, la Liturgie de la Parole ou la Liturgie de la communion, étaient allongées, doublées, triplées, s'il n'y a pas les consécrations, il n'y a pas de sacrifice, donc pas de Messe.

Si d'autre part, l'assistance est petite, nulle même, alors que le prêtre célèbre la sainte Messe intégralement, il .y a Sacrifice, et Sacrifice de valeur infinie.

Il n'y avait pas d'assemblée à l'ermitage de Tamanrasset, où, en plein cœur du Sahara; le Père Charles de Foucault offrait chaque jour la sainte Messe.

Pas d'assemblée, non plus, dans la cabane où le futur Évêque volant du Grand Nord n'était encore que le Père Breynat, missionnaire, offrant la messe en grelottant de froid, en plein hiver arctique, au pays des Esquimaux.

Pas d'assemblée, non plus, lorsque le premier missionnaire du Gabon disait sa messe seul, mais conscient du culte ainsi rendu à Dieu, et vêtu de ses ornements sacerdotaux tout comme s'il eût officié dans une cathédrale. A tel point qu'un Gabonnais païen qui l'observait furtivement depuis quelques jour lui demanda : « Pourquoi donc te fais tu si beau chaque matin ? »

Ces messes-là, et beaucoup d'autres, avaient-elles une valeur diminuée à cause de l'absence totale d'assistants ?

Le prêtre ne prie d'ailleurs pas en son seul nom personnel quand il dit la Messe. C'est la prière officielle de l'Église. Il représente toute l'Église. Et c'est pour cela qu'on peut dire que partout où se dit une Messe, l'Église est' présente. L'Église était présente au Sahara, du seul fait que le Père Foucauld y célébrait la Messe. Présente dans le Grand Nord canadien, du seul fait que le Père Breynat y disait la Messe. Et de même aussi au Gabon : alors que ce pays ne comptait pas encore un seul baptisé, l'Église y était plantée parce qu'un prêtre y disait la Messe.

Il se dit chaque jour 400,000 messes dans l'univers catholique. Combien avec une toute petite assistance, ou même sans assistance aucune. Et pourtant chacune de ces messes est un sacrifice d'une valeur infinie. Et sans ces 400,000 messes quotidiennes, que ne pourrions-nous craindre pour notre pauvre monde de plus en plus matérialisé, pour nos populations qui, longtemps chrétiennes, apostasient pratiquement aujourd'hui à grande vitesse ?

Pour finir

Souhaitons de bonnes assistances à la sainte Messe, surtout le dimanche, oui. Mais n'allons pas prendre le nombre des présences comme indication majeure du degré, de température spirituelle attirant les grâces du Ciel. Il y a d'autres facteurs, que d'autres thermomètres évalueraient mieux. Nous ne croyons pas nous tromper en pensant, par exemple, que les messes sans assistance d'un saint ermite comme le Père Foucault, ou celles d'un prêtre de l'Église du silence dites en cachette dans un coin retiré d'un camp de concentration, sont plus éloquentes auprès de la Sainte Trinité que les messes rythmées, avec guitares, tambours, minijupes aux côtés de l'Officiant, embrassades, danses de joie, et tout le balancement, qui attirent des affluences à remplir les nefs de plusieurs de nos églises, de basiliques de lieux de pèlerinage et jusque de certaines cathédrales.

— Mais, pourra dire la Sœur Georgette Villeneuve, ça fait de « véritables assemblées », beau champ d'action pour la pastorale. Et si le " feu vert " nous permet d'explorer tous les moyens possibles de grouper les fidèles pour des « rencontres » et des « dialogues », ne faut-il pas se réjouir des réussites que vous n'avez point l'air d'apprécier ?

— Reste à savoir ce que cherchent ceux et celles qui s'assemblent pour ces sortes de théâtres. Viennent-ils pour l'assistance au Saint Sacrifice? Et qu'emportent-ils de plus enrichissant dans leur esprit et dans leur cœur en rentrant chez eux ? Quelle conversion ? Quel accroissement de vie spirituelle ?

Non, ma Sœur, le « feu vert » dont vous invitez prêtres, religieux et laïcs à se prévaloir, ne vient pas de l'Église de Jésus-Christ, de l'Église qu'ont aimée et servie les Apôtres, les martyrs, les saints de près de vingt siècles de christianisme, votre Fondatrice y comprise. Un tel feu-vert ne peut bien venir que du Trompeur, du Menteur, dont vous savez bien le nom, n'est-ce pas, même s'il vous est arrivé de ne pas reconnaître son souffle.

 

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