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Qu’est-ce que l’inflation ?

Écrit par Louis Even le mardi, 21 janvier 1969. Publié dans Une lumière sur mon chemin

Quelques notes sur l'inflation

Louis Even

Une lèpre économique: la montée constante des prix

Déconcerte les gouvernants - Défie les charlatans du système

Ce mal universel est-il incurable ?

 

 

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Dans tous les pays, on se plaint de l’inflation. Tous les gouvernements cherchent et essaient des mesures pour guérir leur économie de l’inflation. Mesures qui semblent de moins en moins efficaces. L’inflation persiste. Mais au juste, en quoi consiste l’inflation ? On trouve encore dans les dictionnaires la vieille définition: «L’inflation est une émission démesurée de papier monnaie». Ce qui voudrait signifier que pour tuer l’inflation, il faut diminuer la circulation de la monnaie de papier, en imprimer moins et en retirer de la circulation par des taxes ou autrement.

Comme le crédit financier remplace de plus en plus le papier monnaie dans les transactions commerciales, on attribue l’inflation à une trop libre émission de crédit financier par des prêts bancaires, et l’on recommande une restriction du crédit. On ordonne une hausse du taux d’intérêt pour décourager les emprunteurs.

Pratiques volontaires d’austérités

Ces mesures ne venant pas à bout de l’inflation, le gouvernement fait appel au peuple, à des pratiques volontaires d’austérité. Rien n’y fait. L’inflation persiste.

Une autre définition de l’inflation, plus récente et moins terne que celle du dictionnaire, dit: ‘L’inflation, c’est trop d’argent courant après trop peu de produits. Et parallèlement, la déflation c’est trop de produits en face de trop peu d’argent’.

Mais qui donc va soutenir que l’inflation actuelle dans nos pays développés est due à une insuffisance de produits en face de trop de pouvoir d’achat ? Et pourquoi donc dénonce-t-on l’inflation ? En quoi l’inflation nous fait-elle mal ? Elle nous fait mal parce qu’elle hausse le coût de la vie. L’inflation, c’est la vie chère.

C’est cette définition-là de l’inflation que vous donnera l’homme ordinaire, l’homme qui est bien plus affecté par les faits que par les théories.

Si vous lui dites: ‘L’inflation, la vie chère, est due à ce que vous avez trop d’argent dans votre porte monnaie’, il se demandera si vous n’êtes pas un peu timbré; et s’il juge que cela en vaut la peine, il vous rétorquera carrément: ‘Non monsieur, l’inflation n’est pas dans mon porte-monnaie, elle est dans les prix. Un porte-monnaie gonflé, ça se supporte; mais des prix gonflés, ça fait mal’.

L’inflation dont tout le monde se plaint, c’est cela: l’inflation des prix. Et prétendre corriger l’inflation en traitant les porte-monnaie au lieu de traiter les prix, c’est ne rien corriger. C’est plutôt empirer le mal. Si votre traitement consiste à ôter de l’argent de la circulation, en prétextant qu’il y en a trop, vous avez deux moyens: soit des taxes plus élevées ou des prix plus élevés.

Mais des prix plus élevés, c’est justement parce qu’ils sont déjà trop élevés que l’on crie à l’inflation. Et des taxes plus élevées qui sont surtout payées par ceux qui produisent et ceux qui vendent, ceux-ci s’en dédommageront en haussant leurs prix de revient, ce qui aggravera encore le mal que vous prétendez corriger.

Un virus bien portant

Vous ne supprimerez pas le virus bien portant de la montée des prix, tant que vous ne sortirez pas du système. En face de prix qui grimpent, il faut du pouvoir d’achat qui grimpe. Pour hausser le pouvoir d’achat sans baisser les prix, il faut distribuer plus d’argent aux consommateurs.

Or, le système actuel ne distribue d’argent que moyennant la participation à la production par des salaires aux employés ou des dividendes aux actionnaires, or tout cet argent entre dans les prix. C’est la spirale ascendante bien connue, hausse des salaires, hausses des prix, et la course reprend et continue sans fin.

Les gouvernements et leurs économistes constatent bien que leurs efforts, leurs mesures d’austérité, leurs sermons aux citoyens ne viendront pas à bout de l’inflation. Résignés, ils cèdent du terrain. L’inflation, disent-ils, l’inflation des prix, serait acceptable si les prix se contentaient de grimper aux taux de 1½ ou 2 pour cent par an.

C’est absurde. Même à ce taux, calculez ce que seraient les prix dans 10 ou 20 ans, comparés à ce qu’ils sont aujourd’hui.

D’ailleurs, les forces inflationnistes, inhérentes au système financier actuel, resteraient-elles longtemps à ce taux réduit ? L’inflation se rie passablement des désirs des gouvernements, des prévisions et des calculs de leurs ‘aviseurs’ économiques, comme de tous les charlatans du système.

Aveux

Dans La Presse de Montréal du 15 septembre, en toute première page, paraissait le titre: «Les prix et les salaires augmentent deux fois trop rapidement». Et sous ce titre, la dépêche suivante provenant d’Ottawa:

OTTAWA (PC) — Le Conseil économique du Canada publie aujourd’hui son sixième rapport annuel, dans lequel il fixe une série de nouveaux objectifs à l’économie canadienne. Il contiendrait, entre autres, un appel pour redoubler d’efforts dans la lutte contre la hausse des prix et des salaires, et la réduction du chômage. Depuis quelque temps, les prix et salaires grimpent presque deux fois plus vite que le Conseil ne l’avait prévu dans son premier rapport il y a cinq ans.

Le Conseil Économique du Canada, créé en 1963, se compose de 25 personnalités du monde académique, de celui des affaires et des milieux syndicaux. Il est chargé d’élaborer les objectifs à moyen et à longs termes de l’économie canadienne.

Ces chères 25 personnalités ! Qu’ont elles appris en ces six années? Tout en continuant à chercher en vain des perles dans du fumier, elles vont sereinement «fixer une série de nouveaux objectifs à l’économie canadienne»! Et les Canadiens reconnaissants vont continuer à payer ces messieurs pour les objectifs qu’ils leur assignent et pour l’échec de leurs prévisions!

Étoile double

À la page 6, du même numéro du même journal, une autre personnalité déploie sa vision des conditions actuelles et sa perspicacité sur les mesures à prendre pour mâter l’inflation. Son nom, Paul Gérin-Lajoie.

Après avoir fait beaucoup de mal dans la province de Québec par la promotion de sa «grande charte» maçonnique de l’éducation, Gérin-Lajoie a quitté la politique provinciale et a été nommé par le gouvernement fédéral, vice-président de la Commission des prix et revenus. Lumière à Québec, lumière à Ottawa, étoile double.

Parlant à Baie-Comeau, au Congrès annuel de la Chambre de Commerce provinciale du Québec, l’ancien compère de René Lévesque nous sermonne: l’inflation peut être vaincue, à condition que nous fassions tous un examen de conscience pour découvrir nos fautes économiques, nous en repentir et coopérer avec les autorités dans les opérations d’austérité qui s’imposent.

Gérin-Lajoie pense nous consoler en soulignant que l’inflation n’est pas un mal limité au Canada. On le sait bien, mais cela ne nous empêche pas d’en subir la hausse des prix. Pour faire savant, il nous dit que l’inflation est principalement un problème de conjoncture. Taisez-vous, profane, devant une conjoncture que vous ne comprenez pas plus qu’une génération spontanée. Vous apprendrez peut-être un jour que, s’il y a de la fumée quelque part, ce n’est pas dû à l’existence d’un feu, mais à la conjoncture!

Tout de même, pour ne pas faire trop rire de lui par les créditistes, Gérin-Lajoie veut bien admettre aussi que l’inflation qui nous afflige est en grande partie la résultante d’erreurs passées de la part d’autorités monétaire et fiscales du pays. «Erreurs passées», dit-il, mais qui continuent, qui continueront, et pour l’expiation desquelles, on continuera aussi d’exhorter les victimes à faire pénitence.

Comptabilité erronée

L’inflation, l’inflation des prix, provient de ce que le présent système financier n’est pas en accord avec les faits réels de la production ou de la consommation. La comptabilité monétaire du système est fausse. Et seule une comptabilité intègre corrigerait l’inflation sans nuire aux intérêts légitimes de personne. Une comptabilité monétaire intègre, une comptabilité conforme aux réalités, comme elle le serait par la mise en application des données financières exposées par l’ingénieur économiste C. H. Douglas, il y a un demi-siècle, et connues sous le nom de Crédit Social. Si elle avait été faite, cette réforme aurait évité aux peuples bien des avatars.

Le seul fait de la hausse des prix est une attestation de la fausseté du système. Si le système financier était conforme au réel, non seulement n’aurait-on pas de prix inflationnistes, mais au contraire un abaissement graduel des prix, à mesure que le progrès dans les techniques et procédés de production augmente et facilite la production. Le coût authentique d’une production doit bien signifier ce qu’il faut y consacrer de temps, d’efforts, de dépenses d’énergie et ce que réclame la récupération de ces énergies. Si la comptabilité des prix à payer pour cette production n’est pas en accord avec ce coût réel, elle est faussée et restera faussée tant qu’une rectification n’y sera pas apportée.

Le progrès multiplie le rendement dans tous les domaines de la production. Diminue-t-il parallèlement les prix ? La réponse c’est non. C’est exactement le contraire qui arrive. La comptabilité est faussée, archi faussée. Elle l’est tout au long du cycle de production et n’est rectifiée nulle part. Quand nous disons «comptabilité faussée», cela ne veut pas dire que les opérations de comptabilité soient mal faites, que les comptables la faussent. Oh non ! La comptabilité du prix de revient, par exemple, totalise très exactement toutes les dépenses faites en cours de production.

Ce qui fausse le coût réel, c’est que les éléments financiers sur lesquels portent les opérations des comptables ne sont pas conformes aux réalités physiques de la production. Si le progrès physique dans les facteurs de production permet d’en doubler le rendement par homme heure, il n’est pas conforme à la réalité d’en charger au même prix l’unité de production. Ce prix devrait plutôt être coupé en deux.

Comment donc justifier des prix deux fois, trois fois plus élevés qu’il y a 50 ans? Est-ce que la production est devenue deux fois, trois fois plus lente ou plus difficile? C’est exactement le contraire, et gouvernements, aviseurs économiques et financiers devraient se voiler la face de honte à la vue de cette monstruosité à laquelle ils ont contribué.

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