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L’emprunt

Par Louis Even le samedi, 23 janvier 1965. Dans Economie

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Mes chers amis,

Louis EvenCeux qui lisent le journal Vers Demain depuis les débuts savent que ce journal n'a jamais cessé de dénoncer notre système financier actuel. Un système faux, outrageant qu'il a fallu être hypnotisé pour laisser introduire et qu'il faut être stupide pour laisser le maintenir.

Pour bien comprendre la fausseté et l'iniquité du système financier, rien comme d 'examiner une transaction publique; prenons par exemple le cas du dernier emprunt fait à la cité de Montréal. Le 17 mai dernier, la cité de Montréal faisait un emprunt de 25 millions sur le marché américain en deux parties : une partie de 15 millions et l'autre de 10 millions, les deux au taux de 5 1/2 % d'intérêts; ça ne paraît pas gros 5 ½ % mais on va voir : la première tranche de 15 millions doit être remboursée capital et intérêts dans 5 ans. La deuxième tranche de 10 millions dans 25 ans; l'intérêt est le même dans les deux cas. Pour tel emprunt, la ville fait imprimer des obligations, elle les remet à des courtiers et ils les vendent sur le marché. Et bien les obligations qui sont supposés être de $100 se vendent seulement $98.72 dans cette transaction du 17 mai. Ça veut dire que la ville au lieu d'obtenir en tout 25 millions n'obtient que $24,680,000. Voilà une première affaire., mais elle doit rembourser le tout capital et intérêts.

Combien aura-t-elle remboursé lorsqu'elle sera acquittée complètement ?

Nous avons téléphoné au greffier de la ville de Montréal pour le savoir; voici ce qu'il nous a répondu : le 15 millions, la tranche de 15 millions une fois remboursée avec les intérêts aura coûté en tout $28,612,500 et la tranche de 10 millions, un peu plus haut, pour 25 ans, va nous coûter $20,220,850, les intérêts plus le capital dans le deuxième cas, les intérêts presque autant que le capital dans le premier cas. En tout globalement, nous avons remboursé 48 millions huit cent trente trois milles trois cent trente cinq piastres. Regardons rien que les gros chiffres, 48 millions pour avoir eu $24,690,000. Quarante-huit millions pour vingt-quatre millions. Le deuxième vingt-quatre millions sur l'acte, ça veut dire que ça nous coûtera le double de ce que nous obtenons en prêt.

À quoi va servir maintenant ce 25 millions ? Une petite tranche de 4 millions c'est pour payer des expropriations; ça veut dire pour acheter des propriétés qui sont sur le bord de certaines rues que la ville veut agrandir. Combien va-t-elle donner aux propriétaires de ces maisons ? Elle va leur donner 4 millions et elle va donner 4 millions à ces gens qui n'ont pas vendu leur maison aux financiers américains. Les propriétaires vont recevoir le prix de leur maison et les financiers américains vont recevoir le prix des maisons. Non pas avec le capital qu'ils ont prêté, c'est que l'intérêt. Quatre millions d'intérêts aux financiers américains, quatre millions d'argent aux propriétaires des maisons. Voilà pour les expropriations.

Les vingt-cinq millions, qu'est-ce qu'on va faire avec ? On va faire des travaux publics, des améliorations, des égoûts, des pavages, etc. ou vont aller ces 21 millions ? Ils vont être distribués à ceux qui fournissent leur travail, à ceux qui fournissent des matériaux, aux ingénieurs, ils vont être payés à ceux qui font ces choses, 21 millions mais la ville elle devra retrouver dans le public les 21 millions qui ont été ainsi distribués à ceux qui travaillaient, elle devra les retrouver dans les contribuables par les taxes, les rembourser pour le capital et en plus elle devra trouver un autre 21 millions en intérêts dans le public encore pour payer les choses que les financiers n'ont pas du tout faites.

Va falloir payer les choses deux fois; remarquez bien qu'il n'y a eu que 25 millions en circulation et il faudra trouver deux fois; ça coûte 48 millions pour 28 millions. Naturellement, on ne fait pas tous les 48 dans la ville quand il n'y a été mis que 24.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que la ville aura beau autant taxer comme elle le fait aujourd'hui, peut-être un petit peu plus mais elle ne pourra pas extraire plus que la moitié de ce qu'elle doit rembourser. Qu'est-ce qui va arriver ? Faudra faire d'autres emprunts, encore d'autres emprunts, encore s'endetter, encore s'endetter. C'est toujours la même chose.

Remarquez bien que les financiers américains ne font absolument rien dans tout cela. Quand même ce serait des financiers canadiens, ils ne font absolument rien dans tout cela. Qui est-ce qui fait l'ouvrage ? Ceux qui travaillent, ceux qui leur fournit les produits, ceux qui leur fournit des habits, ça veut dire tout le monde qui travaille dans le pays va contribuer aux choses qui sont faites dans le pays. Une fois les travaux finis, il me semble, qui vont être payé pour le travail qui a été fourni, par les matériaux qui ont été fournis, et bien non. Il faudra prendre tout cet argent-là, on le remettra comme capital et il faudra en plus en mettre davantage pour remettre l'intérêt. Le prix de tout ce qui a été fait va leur être donné en surcroît. Le capital emprunté donné en surcroît sous forme d'intérêts. Voilà le système existant, pendant 20 ans, pendant 25 ans.

Et ce n'est pas rien qu'à Montréal. Le même jour, le 17 mai, la Commission Scolaire de Châteauguay empruntait elle au Canada. Elle a emprunté la somme de $455,000. Pour quoi faire ? Pour bâtir une école. Très bien. L'école va être belle avec $455,000. Un emprunt avec différentes tranches avec du 5 ½ % comme à Montréal, 5 ¾ % et du 10 %. Les financiers sont plus exigeants pour les petits que pour les gros. La Commission Scolaire de Châteauguay : oui mais on va recevoir un octroie de $266,000 pour nous aider. Pour nous aider à quoi ? Pour nous aider à payer l'intérêt. On a à rembourser aux financiers la somme de $455,000 plus l'intérêt qui va bien monter dans les 20 ans.

D'où viennent ces $266,000 ? Ils viennent des taxes. Le gouvernement provincial collecte partout dans la province. Ça veut dire que non seulement la population de Beauharnois et des environs qui va faire l'ouvrage, que la population de la province de Québec entière va contribuer à payer cela, capital et intérêts. Ça veut dire que la population dans son ensemble contribue à payer aux financiers, n'importe ou ils sont, qu'ils soient à New York, qu'ils soient à Montréal, qu'ils soient à Toronto, à leur payer non seulement le prix des travaux quand ils leur auront avancer l'argent, mais aussi payer l'intérêt qui est égal à l'argent qui a été avancée. Après ça on dira : il y a des trust qui nous exploitent.

Les financiers exigent à être payés des sommes qui n'existent pas pour nous faire retourner à un deuxième emprunt, un troisième emprunt, pour rembourser l'intérêt sur le deuxième. En voilà un système! Quand on dit que c'est un système frauduleux, il n'est certainement pas en rapport avec les réalités, que des gens font l'ouvrage alors que d'autres s'engraissent à leurs dépends. Et c'est comme ça tout le long. La grosse finance est ignoble et plus elle mange, plus elle a de l'appétit.

Prenez le cas de Montréal, l'année dernière au mois d'août, la finance réclamait 5.50 % d'intérêts; cette année, c'est 5.62 %. Je parle d'un intérêt réel à cause qu'avec il y a le coût des obligations. 5.50 % l'année dernière, 5.62 % cette année avec un système comme ça.

Et pourtant n'importe quel argent, qu'il vienne de New York, qu'il vienne de Montréal, qu'il vienne du gouvernement, qu'il vienne des individus, qu'il vienne de n'importe ou, l'argent n'aurait pas de valeur s'il n'y avait pas une quantité de production dans le pays. C'est la capacité de production de la province de Québec qui est à la base de tout cela. Cette capacité de production appartient à la population dans son ensemble et tout le crédit financier qui est basé là dessus doit être et est en réalité en principe la propriété de la population. Qu'est-ce que l'on fait ? On donne le crédit de Québec, le crédit de la province de Québec, on le donne aux financiers pour qu'ils nous le prêtent et nous le fassent rembourser avec des charges d'intérêts.

Comme nous avons donc raison de demander à Monsieur Lesage d'établir un crédit-Québec ou il passera les Maisons financières des banques ou la comptabilité de la province de Québec, il représentera le crédit réel de la province de Québec, sera au service de la population pour financer les biens qu'elle est capable de produire.

Auteur :

Panier

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