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L'automation - Première partie

Écrit par Louis Even le vendredi, 20 janvier 1967. Publié dans Une lumière sur mon chemin

L'automation fait des pieds-de-nez à la politique de plein emploi

Louis Even Enregistrer

 

Sans argent

Dans tous les pays du monde, on se plaint de la mauvaise distribution des biens matériels, même dans les pays de production abondante comme le nôtre.

Dans son message de Pentecôte 1941, le grand Pape Pie XII rappelait fortement quelques principes à la base de la question sociale. Il disait: «Tout homme, en tant qu’être doué de raison, tient de sa nature même un droit fondamental d’user des biens matériels de la terre.»

Droit imprescriptible: ajoute-t-il donc que personne, pas même le gouvernement, ne peut supprimer. Le rôle du gouvernement, des pouvoirs législatifs à cet égard, ajoute justement Pie XII, c’est de régler plus en détail la réalisation pratique de ce droit. En faciliter la réalisation et non pas l’entraver ni tolérer des obstacles.

Ce rôle des gouvernements est loin d’avoir été réalisé même avec des mesures dites de sécurité sociale qui peuvent apporter des adoucissements, mais au prix de trop d’humiliations, trop d’atteintes à la dignité de la personne et au respect de sa liberté; trop d’interventions de l’État et de ses enquêteurs.

Le Crédit Social présenté par Douglas

Pourtant, il y a déjà un demi-siècle, un ingénieur écossais, Douglas, énonçait les propositions connues sous le nom de Crédit Social. Leur application aurait résolu ce problème de la distribution des biens temporels à tous, sans rien bouleverser; et elle conviendrait, non seulement aux conditions actuelles de la vie économique, mais à tout développement possible dans l’avenir. Comment?

En assouplissant le système financier pour en faire un serviteur fidèle des possibilités productives répondant aux besoins légitimes de la population, puis en assurant à chaque membre de la société un dividende social périodique, le moyen de se procurer une part des biens offerts; enfin, en ajustant les prix, sans nuire à personne, pour bannir toute possibilité d’inflation.

Accueil et refus

C’est pendant la crise des années d’avant-guerre que la propagande du Crédit Social a commencé puis a été activement poussée au Canada français. Le Crédit Social fut généralement accueilli comme un coup de soleil et une source d’espoir par la masse qui souffrait. Mais il n’en fut point de même auprès de ceux qui, tenant des postes de commande rémunérés, sont les valets conscients ou inconscients de la clique qui mène le monde par le monopole du crédit. Économistes, politiciens et trop de clercs avec eux, allaient opposer à la doctrine du Crédit Social un barrage d’objections. Trois entre autres:

Première objection :

«Vous parlez de fournir de l’argent nouveau aux producteurs pour remettre en marche les roues de l’industrie, et aux consommateurs pour leur permettre d’acheter des produits. Mais l’argent, ça ne se fait pas comme ça.»

Eh bien, la guerre n’allait pas tarder à démontrer que l’argent, ça se fait comme ça, puisqu’il n’y en avait pas la veille et que, du soir au matin, ont surgi et continué de surgir tous les millions et les milliards voulus pour une guerre longue et extrêmement dispendieuse.

Deuxième objection:

«L’application du Crédit Social engendrerait une inflation monumentale, plus funeste encore que la crise et le chômage.»

Eh bien, le Crédit Social n’a encore été appliqué nulle part et pourtant tous les pays évolués ont connu, et connaissent encore, une inflation monumentale. C’est le système actuel qui greffe d’un virus d’inflation toute unité monétaire mise en circulation.

Troisième objection:

«Des dividendes à tout le monde, de l’argent pas gagné, c’est immoral.»

Oui ? Comme si les héritages ou les dons en argent étaient immoraux ! D’ailleurs, depuis ce temps-là, les scrupules concernant l’argent non gagné sont tombés à mesure que sous la pression d’une nécessité explosive, les gouvernements ont dû, par des mesures dites de sécurité sociale, distribuer de l’argent non conditionné par l’emploi.

Graduellement

C’est qu’en effet, la propagande incessante des créditistes, avec ses arguments irréfutables, confirmés par le passage subito d’une économie sans argent pour les œuvres de paix à une économie d’abondance d’argent pour les œuvres de guerre, faisait sauter tout le mystère qui avait entouré la question de l’argent et du crédit. Impossible de le cacher désormais: l’argent, le crédit financier, sont simple affaire de décision par des hommes ou des institutions possédant le pouvoir de décider. Le public ne subirait plus les décisions qui, sans justification aucune, faisaient souffrir toute la communauté.

Et, dès 1944, le gouvernement canadien adoptait une législation pour des allocations familiales. Maigres sans doute et comme à regret, mais ce fut un commencement. D’autres mesures allaient suivre qui distribueraient de l’argent dissocié de l’emploi. L’assurance-chômage, par exemple, verse des prestations à l’ouvrier qui entre en chômage, ce qui est exactement le contraire de l’emploi. Les pensions de vieillesse ont commencé par exiger que la personne pensionnée cesse tout emploi lucratif. L’aide aux mères nécessiteuses est conditionnée non pas par l’emploi de la mère, mais par ses besoins. Et personne n’ose plus dire que c’est immoral.

Argent fidèle aux réalités

Combien plus resplendissant serait ce progrès social, combien plus généreusement assuré le pain quotidien à tous, si la législation sociale s’inspirait de l’optique créditiste, si elle considérait les possibilités, non pas d’abord en termes d’argent mais en termes de produits et de services offerts, ajustant l’expression monétaire qui ne doit être qu’un fidèle reflet des réalités. Les allocations familiales, par exemple, pourraient facilement être triplées sans pour cela épuiser la capacité de production de lait, de pain, de vêtements, de chaussures, et sans que l’assiette ou le garde-robe de personne n’aient à en souffrir. Mais combien d’instruits trouvent encore cela incompréhensible!

Cependant, attribuant la crise d’avant-guerre au chômage généralisé alors que ce chômage n’était nullement une cause mais un effet de la restriction du crédit, tous les gouvernements des pays évolués, tous les partis politiques ont inscrit dans leur programme la poursuite d’une politique de plein-emploi, d’embauchage intégral. Politique pourtant irréalisable: elle se heurte à la poussée incoercible du progrès dans les moyens et les procédés de production. Tous les faits le démontrent d’ailleurs.

L’automation remplace la main d’œuvre

On a beau raccourcir la période de vie active par les deux bouts, en prolongeant la scolarité d’une part, en abaissant l’âge de mise à la retraite d’autre part; on a beau diminuer les heures d’ouvrage de chaque semaine et augmenter le nombre de semaines de vacances payées; on a beau lancer des programmes de production aucunement nécessités par les besoins normaux des personnes et des familles; on a beau susciter et promouvoir à coups de propagande des besoins factices nouveaux; on a beau maintenir des hommes valides sous les armes et d’autres dans la production d’armements; on a beau multiplier le nombre de fonctionnaires, de bureaucrates, d’inspecteurs et autres parasites qui ensablent les rouages de la production; des compagnies ont beau garder, par sentiment d’humanité, des employés dont elles n’ont nullement besoin: il reste encore des chômeurs. Et, de plus en plus, l’automation, que des imbéciles voudraient entraver, fait des pieds-de-nez à la politique du plein emploi.

La politique de plein emploi, une perversion

Mais, la politique de plein-emploi n’est pas seulement irréalisable, c’est aussi une perversion. Une perversion parce qu’elle conduit au but contraire à celui qu’elle prétend; elle prétend permettre ainsi une plus grande prospérité à tous en distribuant plus de produits à tous. Mais pour pouvoir distribuer plus de produits à tous, la première condition c’est l’existence de ces produits. Plus il y en a, plus il est possible d’en distribuer. Or, l’abondance ne vient pas du plein-emploi des hommes mais plutôt de l’introduction de machines qui déplacent les hommes.

Considérez, par exemple d’une part, deux hommes sans autres outils que des scies à main, débitant des grumes pour en faire des planches de 8 pouces de largeur par douze pieds de longueur; d’autre part, deux autres hommes, de même force physique et aussi laborieux que les premiers, faisant le même travail dans un moulin à scie mécanisé et motorisé; après huit heures d’ouvrage, comparez la quantité de planches obtenues par chacun des deux groupes. Le deuxième n’a pas travaillé plus dur, même avec moins de fatigue sans doute, et pourtant son rendement est au moins trente fois celui du premier.

Pourquoi cette différence? À quoi l’attribuer? Uniquement à la machinerie dont dispose le deuxième. Augmentation de production due, non pas à un plus gros apport de main d’œuvre, mais à l’apport d’une machinerie plus perfectionnée.

Les machines sont des instruments de capital, du véritable capital; c’est là ce qui fait la grande productivité moderne. Les instruments de capital, les machines, produisent de plus en plus; les hommes, de moins en moins. Ce n’est donc pas du plein-emploi d’hommes, mais du plein-emploi de machines qu’il faut attendre une plus grande production, donc plus de biens à distribuer.

Une politique de non-sens

Une production complètement automatisée serait la perfection; à condition évidemment que l’on ne perde pas de vue le but de la production qui est de fournir des biens. Si on pense qu’elle existe pour fournir de l’emploi, on pervertit son but. C’est pourquoi la politique dite de travaux d’hiver dans laquelle le gouvernement apporte sa contribution aux frais de main d’œuvre seulement, ce qui fait laisser la machinerie en garage et atteler les hommes à la place des machines, c’est une politique de non-sens, une politique de politiciens qui ont perdu le nord.

«Mais, objectera-t-on, c’est pour permettre aux hommes d’obtenir des salaires, d’avoir de l’argent.» C’est justement ce règlement-là, l’obligation d’un emploi lucratif pour obtenir de l’argent. C’est ce règlement-là, règlement purement financier qui pousse à l’absurdité, à tel point que ceux-là mêmes qui l’invoquent sont obligés de le violer pour empêcher l’effondrement total.

Toutes les mesures de sécurité sociale sont de l’argent dissocié de l’emploi pour ceux qui le reçoivent. Et si l’on mettait fin à ces distributions d’argent non lié à l’emploi, prestations, pensions, allocations de toutes sortes, l’économie deviendrait plus barbare que jamais; de plus en plus barbare à mesure des inventions de la science appliquée, du progrès.

S’il n’y avait plus besoin que de 10 personnes sur 100 pour entretenir le flot de la production, faudrait-il encore refuser aux 90 autres le droit à un revenu?

Dans une économie conforme aux faits, où les instruments de capital produisent de plus en plus et le labeur humain de moins en moins, c’est de plus en plus par des dividendes, argent de capital, et de moins en moins par des salaires, argent de l’emploi, que les gens doivent pouvoir obtenir de l’argent pour se procurer des produits et services à leur choix pris dans l’abondance offerte par la capacité de production de leur pays.

C’est ce que comprennent et proposent les créditistes parce qu’ils ont le sens de la logique et de l’humain. Et c’est ce que refusent les hommes du régime arriéré qui ne s’arrêtent même pas à examiner les notions reçues passivement, alors qu’elles conduisent à des absurdités; ou bien, complices des dictateurs de l’argent et du crédit, à moins qu’ils n’en soient que les valets, valets gavés ou valets abrutis.

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