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Dividende de 50 $ par mois

Écrit par Louis Even le mercredi, 23 janvier 1963. Publié dans Economie

Louis Even

Pour un dividende mensuel de $50.00 à chaque citoyen

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Demande bien fondée

A leur Congrès annuel, tenu cette année à Mont-Joli, lès créditistes du journal Vers Demain ont voté une résolution réclamant pour chaque citoyen un dividende de $50.00 par mois. Et sans augmentation de taxes, dit la résolution.

A première vue, ainsi résumée, la demande peut paraître extravagante. Comment un organisme, fédéral ou provincial, pourrait-il distribuer de l'argent sans en avoir d'abord obtenu par les taxes ?

C'est, en effet, impossible sans des modifications préalables au système financier actuel. La résolution en tient d'ailleurs compte dans son texte intégral. Elle presse les gouvernements de faire immédiatement les changements et ajustements nécessaires au système bancaire et financier, pour permettre cette distribution d'un dividende périodique.

Quels changements, quels 'ajustements apporter au système financier ? Simplement, faire de la finance le miroir exact des réalités économiques. Que la finance reflète fidèlement les faits et possibilités physiques, au lieu de les contredire, comme -c'est le cas actuellement.

Plus concrètement :

Quand la production abonde devant les consommateurs, l'argent pour la payer doit abonder au même degré entre les mains des consommateurs.

Quand la production est facile à faire, l'argent doit être facile à obtenir.

Quand la production est due de plus en plus au progrès et de moins en moins au labeur humain, le pouvoir d'achat pour se procurer cette production doit provenir de plus en plus d'argent gratuit et de moins en moins des salaires à l'emploi. A tel point que, si toute la production était entièrement automatique, sans besoin d'un seul employé, il n'y aurait plus aucun salaire, et les produits devraient nécessairement être distribués entièrement par de l'argent entièrement gratuit. On n'en sera jamais à ce point extrême; mais dans la mesure où l'on s'en va dans cette direction, dans cette mesure il doit y avoir de l'argent gratuit entre les mains des consommateurs. Sinon, la finance ne représente pas les faits.

Cela veut dire, assouplir le système d'argent, pour qu'il se conforme continuellement au mouvement, au volume et au mode de la production de richesse répondant à des besoins.

Le système d'argent n'est point intangible. Il n'est point d'institution divine, mais d'institution humaine.

Magnifique invention des hommes pour faciliter le choix des produits par les consommateurs et l'écoulement des produits par les producteurs, le système d'argent a été vicié au cours des siècles. Il est devenu un instrument de gouvernement, de domination sur toute la vie économique, par ceux qui contrôlent l'argent et le crédit. Par les maîtres du système bancaire, qui se sont arrogé graduellement le privilège d'émettre les moyens de paiement, d'en régler le rythme, de conditionner leur mise en circulation, d'en fixer la durée et d'en exiger le retour au système bancaire.

Mais cela peut et doit être changé. Les lecteurs habituels de Vers Demain ont une bonne idée de la solution proposée. Nous n'y insisterons pas ici.

Le dividende une chose due

Or, une fois le changement effectué, la distribution -d'un dividende à tous devient une chose possible. Et comme c'est aussi une chose due, due depuis longtemps, sa distribution doit commencer sans plus de délai.

Qu'est-ce, en effet, qu'un dividende ? Un dividende est le revenu d'un capital productif. Personne ne songe à refuser au capitaliste le droit à un dividende sur son, capital investi, le droit à une part de la production qui est due en partie à son capital.

L'ouvrier a droit à une récompense pour son travail fourni : cette récompense s'appelle salaire. Le capitaliste a droit à une récompense pour son capital fourni : cette récompense s'appelle dividende.

Mais pourquoi demander un dividende pour tous les citoyens ? Est-ce que tous ont un capital dans la production ?

Oui, certainement. Et même, le plus grand facteur de production moderne est justement ce capital qui appartient collectivement à tous les membres de la société, et non pas seulement à quelques-uns comme le capitale piastres.

Tout le monde comprend que la production moderne n'est pas due seulement au travail de l'ouvrier. Elle serait beaucoup moins grande s'il n'y avait l'apport du capitaliste, qui permet de bâtir des usines, de les améliorer, de les équiper de machinerie toujours plus perfectionnée, d'y amener un flot de force motrice des dizaines et des centaines de fois supérieure à la simple force musculaire des bras des employés.

Mais, cette force motrice, et ces machines, seraient-elles disponibles s'il n'y avait pas d'abord eu une succession de découvertes, d'inventions, d'applications de la science, les unes bénéficiant des précédentes et servant à leur tour d'échelon aux suivantes. Tout cela, accru et transmis d'une génération à l'autre, grâce à l'existence d'une société ordonnée, avec des organismes veillant à la protection des, valeurs acquises en progrès continuel.

Grâce aussi à l'existence d'une vie en société, la division du travail est rendue possible, les uns s'adonnant à la culture du sol, d'autres à la production de vêtements, d'autres à la construction de maisons ou de moyens de transport et de communication, etc. Cela permet une production beaucoup plus considérable que ne pourrait être la production totale d'individus dont chacun devrait voir lui-même à produire pour ses divers besoins.

Toute cette richesse — acquisitions accumulées et transmises d'une génération à l'autre, savoir-faire grossi à travers les siècles, ordre social, division du travail — toute cette richesse constitue un capital immense au service des vivants actuels. Capital qui n'est certainement pas la propriété de quelques-uns plus que des autres. C'est un riche héritage commun. Les héritiers sont tous les vivants, et non pas seulement les capitalistes munis de piastres, ni seulement les ouvriers laborieux et compétents.

C'est un bien communautaire. C'est un capital communautaire. Et c'est le capital le plus productif. Sans lui, les piastres du capitaliste et le travail de l'ouvrier ne feraient certainement pas la centième, sans doute pas même la millième partie de ce qui sort de la production moderne.

Si cet immense facteur de production est un bien communautaire, que personne de nos contemporains n'a gagné plus qu'un autre, pourquoi ne doit-il pas procurer à tous et à chacun une part de l'immense production due à l'existence d'un bien qui appartient à tous au même degré ?

Voilà pourquoi nous disons qu'un dividende périodique est dû à tous, à chacun des citoyens du pays, pour lui permettre d'obtenir une part de l'immense production offerte dans le pays, grâce à ce capital réel, propriété de tous.

Sans doute que ce capital commun doit être mis en oeuvre pour produire des biens adaptés aux besoins. Et nous ne nions pas une récompense spéciale à ceux qui le mettent en œuvre : c'est leur salaire comme ouvriers, ou leur profit comme entrepreneurs. Mais les cohéritiers du grand capital ont aussi leurs droits, qu'ils soient ou non requis pour la production.

Si j'ai une ferme et de la machinerie agricole, que je n'exploite pas moi-même, mais dont je confie l'exploitation à un autre, cet autre-là a des droits sur la production de la ferme, mais je conserve quand même, à seul litre de propriétaire du capital ferme, le droit à une part du rendement. Ainsi pour tous les citoyens, tous co-capitalistes, co-propriétaires du plus gros facteur de la production moderne.

Il y a aussi une autre raison pour un revenu assuré à tous. Raison basée sur un principe maintes fois rappelé par les papes à un monde qui l'oublie trop. C'est le droit fondamental de chaque être humain à user des biens terrestres. Ce droit ne peut être réalisé aujourd'hui sans la possession, soit d'instruments, de production, soit d'argent pour obtenir des produits mis sur le marché communautaire.

Or, moins de la moitié de la population tire un revenu de la production. La grosse moitié — enfants, étudiants, mères et filles au foyer, malades, vieux, chômeurs, etc. — n'en tire aucun. Comment ces personnes-là peuvent-elles faire valoir leur droit à une part des biens terrestres sans obtenir du pouvoir d'achat d'une autre source que le salaire ?

Sans doute que les gouvernements commencent à s'en rendre compte, d'où leurs ébauches de sécurité sociale, dans lesquelles il reste bien des trous, bien des insuffisances, et qui nécessitent des classements, des enquêtes, des fonctionnaires, etc.; puis pour financer ces mesures sociales, ils ne trouvent pas mieux à faire qu'enlever de l'argent à ceux qui en ont pour en passer un peu à ceux qui n'en ont pas. Cette opération n'est nullement conforme aux faits physiques de la capacité de production. C'est prendre dans le panier de Jean, pour mettre dans le panier de Paul, alors que le pays a des excédents de produits que les pressions de vente et une publicité mastodonte ne suffisent pas à écouler.

Le dividende : une possibilité

Si l'on fait de la finance l'expression fidèle des réalités et des possibilités physiques, il n'y a plus aucun doute que la distribution d'un dividende est aussi possible que l'est la production pour y répondre.

Et quand on parle d'un dividende de $50 par mois, ce n'est point non plus sortir de la relation qui doit exister entre le mode de production des biens et le mode de distribution de pouvoir d'achat.

Un dividende de $50 par mois à chacun des 19 millions de Canadiens signifierait un montant total de 11,400 millions de dollars. Cela peut équivaloir approximativement au quart de la production actuelle réalisée, non pas de la capacité de production annuelle qui est plus considérable.

Cela signifierait un mode de distribution attribuant un quart de la production aux co-capitalistes du plus gros facteur de production, et trois quarts à ceux qui contribuent personnellement à la production. Ce n'est nullement exagéré, quand la production est redevable au grand capital réel pour au moins neuf dixièmes de son volume.

Que le pouvoir d'achat soit accordé à la Production réalisée ou immédiatement réalisable; puis, que le mode de distribution de ce pouvoir d'achat soit accordé aux facteurs entrant dans la production moderne : il n'y a aucun doute qu'un dividende de $50 par mois reste encore bien en deçà de ce que devrait être la part de production garantie à tous par le moyen de dividendes.

L'espace ne permet pas de traiter ici des objections faites au dividende à tous. L'automation croissante finira bien par forcer les plus obstinés à admettre autre chose que le seul emploi pour conférer des droits aux produits.

Les syndicats ouvriers et les groupements patronaux, souvent en conflit pour la répartition du revenu de la production entre-le travail et le capital, sans se soucier de ceux dont la production a de moins en moins besoin, sont des formules dépassées, désuètes. Ce qu'il faudrait plutôt, c'est un syndicat, une union de tous les citoyens, à titre de co-capitalistes, pour réclamer d'une grande voix, comme les congressistes de Mont-Joli, un dividende mensuel encore jamais distribué alors qu'ils y ont tous droit.

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