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Dividende 50 $ par mois, ou prendre l’argent ?

Écrit par Gilberte Côté-Mercier le samedi, 13 novembre 1965. Publié dans Économie

Gilberte Côté-Mercier

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Mes bien chers amis,

Le sujet de notre causerie aujourd'hui, c'est un dividende de $50 par mois à chacun et je répondrai à la question Où va-t-on prendre l'argent.

Nous avons dit et prouvé et nous répétons que chaque Canadien devrait recevoir $166 par mois de dividende social étant donné que la production annuelle du Canada est de 45 milliards et que les 9/10 de ces 45 milliards, soit 40 milliards environ, sont le fruit du progrès et que par conséquent, appartiennent à tous et à chacun.

Mais pour l'instant, nous réclamons $50 par mois seulement de dividende social pour une période d'adaptation à un régime d'abondance distribué. Donc, $50 par mois de dividende social à chaque Canadien, c'est notre demande. Et n'oublions pas le point essentiel: sans augmenter les taxes.

Mais, où va-t-on prendre l'argent pour un dividende à tout le monde ?

On nous pose encore cette question. Où va-t-on prendre l'argent si on ne le prend pas dans les taxes ? C'est une question très opportune. Où prendre l'argent pour un dividende social ?

Avant de comprendre le moindre iota dans la théorie du dividende social, il faut, mes amis, savoir ce que c'est que l'argent. L'argent, qu'est-ce-que c'est ? Vous en avez dans votre poche.

Sortez-en, voulez-vous ? Voici une piastre. Qu'est-ce que c'est ? C'est un rectangle de papier avec, des deux côtés, des figures, et surtout, c'est l'important, il y a le même chiffre souvent répété un peu partout sur le rectangle de papier: le chiffre 1.

L'argent, qu'est-ce que c'est ? C'est un rectangle de papier. Ah non ! et la preuve, la voici: Quand je regarde ce rectangle de papier, la première chose que je regarde, la seule chose au fond qui m'intéresse, c'est le chiffre écrit sur le rectangle de papier. Le chiffre, c'est la chose importante, l'unique chose importante.

L'argent, qu'est-ce que c'est ? Un chiffre. Rien que ça. Un chiffre pour acheter des produits, des services. Le système d'argent, c'est une comptabilité. Rien que ça. Une comptabilité pour acheter. Où prendre l'argent ? La question ne devrait jamais se poser puisqu'on ne se demande jamais où prendre les chiffres pour faire la comptabilité. Trouver des chiffres, ce n'est pas un problème; l'arithmétique en est pleine, de chiffres. Il n'y a pas de limite aux chiffres. Il ne doit pas y avoir de limite au chiffre-argent. Je dis au chiffre-argent, je ne dis pas au pouvoir d'achat.

Mais quand on pose la question Où prendre l'argent, on a dans l'idée le problème de trouver la matière de l'argent, ce qui constitue matériellement l'argent, ce qu'on touche, n'est-ce pas ? Comme si l'argent était de l'or à tirer du sein de la terre. L'argent, ce n'est pas de l'or, vous l'avez vu. C'est un rectangle de papier, ce n'est pas de l'or. L'argent n'est pas non plus basé sur l'or. L'argent, c'est matériellement un chiffre. Or les chiffres peuvent être infinis. Il n'y a pas de limite aux chiffres. On ne peut jamais manquer de chiffres. On ne peut donc jamais manquer de chiffres-argent.

Voilà donc une bonne chose de réglée n'est-ce pas ? Pas de problème pour ce qui est de trouver le matériel pour fabriquer l'argent puisque ce matériel ce sont des chiffres. Mais, dira-t-on avec raison: tous les chiffres ne sont pas de l'argent. Très bien. L'argent, ce sont des chiffres avec lesquels on peut acheter; des chiffres spéciaux qui ont la vertu d'acheter. Très bien. Et quoi donc leur donne aux chiffres cette vertu d'acheter ? Deux choses:

Les produits et services qui sont à vendre, premièrement. Et deuxièmement, le sceau de la société qui fait du pouvoir d'achat avec ces chiffres.

Je recommence: Qu'est-ce qui donne aux chiffres la vertu d'acheter ? Deux choses. Premièrement, les produits et les services sont à vendre. S'il n'y avait pas de produits et services à vendre, les chiffres ne pourraient pas acheter. Une autre chose qui donne aux chiffres la vertu d'acheter, c'est le sceau de la société qui fait de ces chiffres-là un pouvoir d'achat.

Pour être capable d'acheter avec des chiffres, il faut donc que ces chiffres réalisent deux conditions: se trouver en présence de choses qui sont à vendre; au Pôle Nord où il n'y a rien, mes chiffres-argent n'achètent pas. Et deuxièmement, il faut que mes chiffres portent la signature du roi qui fait de ces chiffres un instrument social d'échange.

La cause formelle, comme disent les philosophes, la cause formelle qui prend la matière de chiffres et qui l'établi dans l'être de l'argent-pouvoir d'achat, la forme c'est le sceau du roi pour marquer les biens offerts par le pays.

Pour avoir de l'argent, il faut des chiffres. C'est facile à trouver. Il n'en manque jamais, de chiffres. Pour avoir de l'argent il faut des produits et des services offerts sur le marché par la société. C'est facile à trouver de nos jours; la surabondance de richesses réelles est le lot de notre temps. Pour avoir de l'argent, il faut aussi le sceau du roi sur les chiffres devant les richesses. Et voilà ce qui manque: le sceau du roi, maintenant. Voilà pourquoi l'argent manque. Malgré les richesses débordantes, malgré les chiffres infinis, l'argent manque, le pouvoir d'achat manque parce que le roi refuse de frapper monnaie, de graver sa signature, le sceau de sa royauté sur des chiffres.

Alors, c'est donc la faute de la Reine d'Angleterre si l'argent est rare ? Oh non, pauvre Reine d'Angleterre, elle n'y est pour rien, ni en Angleterre ni au Canada.

Mais qui donc est ce roi qui refuse d'apposer sa signature pour que l'argent réponde aux richesses offertes ? Ce roi, c'est notre système financier omnipotent et usurpateur qui tient sous sa dictature tous les gouvernements.

Dans l'encyclique Quadragesimo Ano, le pape Pie XI, en 1931, parlant de la déchéance du pouvoir, s'exprimait ainsi:

'' Le pouvoir, lui qui devrait gouverner de haut, comme Souverain et suprême arbitre, est tombé au rang d'esclave. Le roi, dans tous les pays du monde, c'est le système financier. Tous les parlements et les gouvernements sont soumis au système financier qu'on appelle la finance internationale. C'est la finance internationale qui décide la quantité d'argent à mettre en circulation. Et les gouvernements n'ont rien à dire là-dedans. La finance internationale qui déclenche les crises financières, c'est elle qui finance les guerres. Si la finance internationale refusait de financer les guerres, il n'y aurait pas de guerres.

Le système financier, c'est lui le grand coupable de la misère des peuples au milieu de l'abondance donnée par Dieu, par le travail des hommes et par la science. Toutes ces richesses sont tenues en pénitence par le système financier. Le système financier, c'est lui l'assassin de million d'hommes dans des guerres apocalyptiques et les gouvernements sont les valets du système financier. Ils lui sont soumis . Ils ne le commandent pas en Souverain. C'est le système financier qui met sa signature sur les chiffres qui doivent servir d'argent. Ce devrait être le gouvernement le maître, le roi qui marquerait du sceau royal l'instrument des échanges, l'argent.

C'est de l'usurpation de pouvoir; c'est de l'anarchie que des particuliers comme les financiers, comme les banquiers contrôlent l'argent. L'argent est un outil de relation commerciale, un outil purement social. C'est la société seule qui a le droit de commander l'argent à sa naissance. La société représentée légitimement par son roi, par son gouvernement.

Les faits d'aujourd'hui sont tout autres, puisque ce sont des individus sans responsabilités sociales qui ne rendent aucun compte ni au roi ni au peuple, qui ne détiennent aucun mandat, ni de Dieu ni du peuple. Ce sont des particuliers qui contrôlent l'argent et le crédit et qui sont devenus les maîtres de nos vies sans la permission de qui nul ne peut respirer. Voici les paroles même de Pie XI:

'' Le pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détendeurs absolus et maîtres de l'argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à l'organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains si bien que sans leur consentement, nul ne peut plus respirer. '' Fin des paroles de Pie XI

Et ces individus, les banquiers, contrôlent l'argent, le crédit sans aucun soucis du bien commun. Ce sont leurs intérêts personnels qui orientent et décrètent toute la marche économique des pays. Voilà pourquoi l'argent est rare, bien que les richesses réelles soient abondantes. L'argent n'est pas le reflet des réalités. Les familles ont de la peine à se procurer le nécessaire quand le Canada pourrait faire vivre dix fois plus d'habitants par ses richesses naturelles et sa production annuelle.

Nous réclamons de l'argent conforme aux richesses. Et cet argent doit être social, distribué à tous et à chacun en dividende mensuel de $50, dividende social.

Où prendre l'argent pour distribuer un dividende de $50 par mois à chaque Canadien ? Prendre l'argent dans les chiffres, dans la comptabilité. Ce ne sont pas les chiffres qui manquent ni les produits, c'est la bonne volonté du système financier. Que nos gouvernements donnent l'ordre à notre système financier, aux banquiers, de distribuer un dividende de $50 par mois à chaque Canadien, de déposer $50 par mois dans le livre de banque de chacun . Il n'y aura pas de problème où prendre l'argent.

Le Canada produit actuellement chaque année pour 45 milliards les salaires les autres revenus en achètent une partie, à peu près le dixième, le reste est invendu, gaspillé. Des dettes, des faillites pour acheter ce qu'on appelle la sur-production. Les dividendes à chacun seraient très pratiques. Les producteurs vendraient leurs produits, les consommateurs auraient de quoi manger, se loger convenablement, non pas dans des taudis.

Un dividende social et personnel à chacun normalement sur les produits offerts et non vendus actuellement serait une finance saine et humaine. Où prendre l'argent ? Dans les chiffres d'une comptabilité financière conforme aux richesses du Canada et dans la volonté d'un système financier purifié qui, sur l'ordre du roi, du gouvernement, deviendrait le serviteur du bien commun.

C'est Vers Demain qui vous a parlé. Vers Demain, Rougemont, conté Rouville.

Merci à tous ceux qui nous écrivent, qui nous envoient de l'aide financière. Nous en avons besoin.

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