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Bérets Blancs et assistance sociale

Écrit par Louis Even le mercredi, 23 janvier 1963. Publié dans Economie

Louis Even

 Les "Bérets Blancs" et le Bien-être social

 

 

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Les Bérets Blancs pris à partie

Le gouvernement de Québec trouve que l'assistance publique coûte de plus en plus cher. Et le 6 décembre 1961, le gouvernement nomma un comité pour étudier tout le système d'assistance dépendant du Ministère provincial de la Famille et du Bien-être social.

Et le comité a fait son rapport un volume de 230 pages. A la page 58, on lit ces lignes :

"Certains journaux, de même que les Pèlerins d'un Monde Meilleur, appelés "Bérets Blancs", se sont plu à frapper l'imagination populaire en montant en épingle le cas de certains miséreux à qui les agences sociales ou le gouvernement auraient, selon eux, injustement refusé du secours."

Les Bérets Blancs, ce sont les propagandistes du journal Vers Demain. C'est donc de nos propagandistes, de nos Pèlerins, que se plaint le rapport, ainsi que du journal lui-même parce que Vers Demain mentionne de ces cas de miséreux.

C'est là prêter gratuitement aux apôtres et aux rédacteurs de Vers Demain des sentiments et des intentions qu'ils n'ont pas.

Les apôtres de Vers Demain vont aux familles pour leur présenter le journal, en disant un mot du message que porte Vers Demain. Ils demandent à ceux qu'ils visitent leur collaboration pour hâter l'avènement du monde meilleur envisagé par Vers Demain. D'un monde plus soucieux des personnes et des familles que des intérêts de l'argent.

Au cours de ces visites, les Bérets Blancs rencontrent certainement des cas de misère non secourue. Ils considèrent alors de leur devoir d'aider ces pauvres à obtenir un minimum de biens auxquels ils ont droit. Loi ou pas loi, toute personne, en effet, a droit aux nécessités de la vie. Elle y a droit à seul titre d'être humain. Ce droit de la personne n'est pas satisfait automatiquement par le seul fait de lui prêcher l'existence de ses devoirs. Devoirs dont l'accomplissement lui est souvent rendu impossible par les mêmes conditions qui créent la négation pratique de ses droits.

Les Bérets Blancs ne prennent nullement plaisir à dénicher des cas de misère. Ils souhaiteraient que ces cas n'existent pas. Ils aimeraient infiniment mieux voir toutes les familles bien pourvues du nécessaire, ou même d'un certain degré d'aisance que permet facilement la grande production moderne. Mais ce n'est point le cas, hélas ! Et devant la détresse, les hommes de cœur que sont les Pèlerins de saint Michel n'ont pas le droit de rester indifférents ni passifs. Dans la mesure du possible, ils font, ou aident à faire des démarches qui, disons-le, ont réussi à soulager bien des souffrances et à redonner un peu le goût de vivre à des désespérés.

Nos Pèlerins de saint Michel ont ainsi fait, pour les familles pauvres, mille fois plus que toutes les organisations de partis, que tous les discours électoraux ou pré-électoraux de politiciens bénéficiaires ou 'aspirants-bénéficiaires de $15,000 ou $18,000 par année.

Quant au journal Vers Demain, s'il publie de ces cas de miséreux non secourus, ce n'est point, comme prétend le Rapport, pour prendre plaisir, à frapper l'imagination populaire. C'est bien plutôt pour stigmatiser un système qui impose, et des hommes politiques qui laissent imposer, tant de privations devant tant d'abondance offerte.

Ce blâme honore les Bérets Blancs

D'ailleurs, au travers de ses blâmes, le Rapport du Comité d'étude se trouve à constater l'efficacité du travail des Bérets Blancs et du journal Vers Demain. Il remarque, en effet, que:

"Une telle publicité . . . a certainement accéléré l'accroissement des déboursés de l'assistance-chômage. Il est bien évident que la publicité n'a pas créé l'indigence, mais elle a grandement contribué à propager le recours à l'assistance-chômage."

Donc, grâce aux Bérets Blancs et au journal Vers Demain, plus d'argent a trouvé le chemin des maisons où régnait la misère. Elle était là, la misère, le Rapport le dit carrément : "Ce n'est pas la publicité qui a créé l'indigence". La publicité, l'intervention des Bérets Blancs, a seulement contribué à faire connaître cette misère et à lui valoir du secours. Bérets Blancs et Vers Demain vont continuer ce beau travail.

Il est vrai que tous ne considèrent pas la chose-avec la même mentalité. Il y a ceux qui ont l'œil sur la 'caisse et ses déboursés. Et il y a ceux qui ont l'œil sur les familles pauvres et leurs besoins. Les premiers se lamentent des sorties d'argent. Les autres, comme les Bérets Blancs, pressent les fonctionnaires de la caisse de secourir les indigents sans délai.

Mais si cela crée un conflit, c'est uniquement parce que l'argent commande au lieu de servir; c'est parce que la finance contredit ou déforme les réalités, au lieu de les refléter fidèlement.

Penser en termes de produits

Si l'on pensait en produits au lieu de penser en argent, si l'on raisonnait en termes de choses qui nourrissent, qui habillent, qui répondent aux besoins des personnes, des familles, il n'y aurait que de la joie aux deux bouts : au bout qui fournit comme au bout qui reçoit.

Voici, par exemple, une famille dont le père est chômeur et peut-être malade, où la mère n'a que les maigres allocations familiales pour nourrir la maisonnée; c'est la misère noire. Un béret blanc passe. La maman expose sa détresse : privations prolongées, dettes chez le marchand, maladies non soignées, immense découragement. Elle a bien entendu parler du bien-être social, mais elle s'est trouvée rebutée dès les premières démarches pour avoir de l'aide. Le béret blanc écrit une lettre, ou va peut-être directement au bureau local du Bien-être. Il insiste, avec force. Quelques jours plus tard, il apprend que la demande est accordée : la famille reçoit, disons, $140 par mois.

Tout de suite, c'est un changement dans la maison, pas seulement sur la table, mais dans les cœurs, jusque dans les âmes de ces rescapés.

Cet argent va acheter des produits chez le marchand. Croit-on que le marchand va en être contristé ? Croit-on que les fournisseurs du marchand vont se trouver à sec ? Croit-on que le flot de production va en souffrir ? C'est bien plutôt le contraire qui va arriver : ça va dérouiller bien des endroits qui ne tournaient plus.

Les Bérets Blancs sont des créditistes. Pas des adhérents du parti faussement appelé Crédit Social. Mais de vrais créditistes. Ils connaissent la doctrine du Crédit Social; et pour eux, c'est l'argent qui doit se mettre au pas des produits, non pas les produits au pas de l'argent. Aussi ne se tracassent-ils pas le moins du monde du niveau de la caisse qui met en transes le gouvernement. Pas plus qu'ils ne se laissent effleurer par les bobards des économistes : leur jargon, leurs conjonctures, leurs cycles économiques, leurs taches dans le soleil, leurs oscillations du pendule, leurs alternances de vaches grasses et de vaches maigres. On ne fera jamais admettre à un créditiste que c'est logique d'avoir des vaches grasses, de la prospérité, en temps de guerre ou de préparatifs intenses de guerre, quand on fait des canons, des bombes, des cadavres, et d'avoir des vaches maigres, des privations, quand tous les bras sont disponibles pour faire des biens demandés dans les maisons.

Cela, c'est le mensonge du diable; et le politicien, ou l'économiste patenté, ou le sociologue titré qui veut faire passer cela pour le fait de lois économiques inéluctables, ne tire du créditiste qu'un haussement d'épaules.

Raisonnement de créditiste

C'est, beaucoup plus simple. beaucoup plus droit. Le créditiste dit :

— Vous voyez ce magasin ?

— Oui, monsieur.

— Est-il plein, ou est-il vide ?

— Il est bien garni de produits.

— Mais si des clients viennent et emportent des produits, que va-t-il arriver ?

— Le marchand va en faire venir d'autres. —Il n'est pas en peine pour cela ?

— Pas le moins du monde.

— Pour qui ces produits ? Pour les curieux, ou pour les repus, ou pour la pourriture ?

— Non. Pour ceux qui en ont besoin évidemment.

— Ceux qui ont besoin de ces produits viennent-ils en chercher autant qu'ils en ont besoin ?

— Pas toujours : il faut qu'ils aient de l'argent pour payer ce qu'ils désirent prendre. —

— Avec quoi paie-t-on ?

— En voilà une question ! On paie avec de l'argent, tout le monde le sait.

— Et dites, qu'est-ce qui va se vider le premier : le magasin, les magasins et les entrepôts du pays, ou bien le porte-monnaie de la clientèle ?

— Il n'y a pas de doute : le porte-monnaie se vide souvent; l'ensemble des magasins et des entrepôts, jamais, ils se refournissent à mesure.

— Qui est-ce qui fabrique les produits ?

— Les producteurs de toutes sortes.

— Les producteurs font donc bien leur besogne ?

— Oh ! oui, très bien.

— Et qui est-ce qui fabrique l'argent ?

Cette question en embarrasse plusieurs; tout comme elle agace ceux qui connaissent la réponse, mais n'aiment point qu'on touche le sujet.

Mais les uns et les autres doivent bien concéder que, si les piastres passent d'une main à l'autre, d'un compte de banque à l'autre, elles ont tout de même commencé quelque part. Admettre aussi que les piastres ne sont fabriquées ni par le bon Dieu, ni par le gouvernement, ni par le curé ou l'évêque, ni par les travailleurs les plus compétents. L'argent sort du système financier, pas du système producteur.

Une poignée de conclusions

Il faut en conclure bien des choses :

D'abord que si le flot des produits vient à demande, il n'y a rien à reprocher au système producteur tel qu'établi. Et si le flot d'argent fait défaut, c'est le système financier qui en est responsable.

Donc, conclure encore que les politiciens, les économistes, les sociologues sont aussi détraqués que le système, quand ils s'en prennent aux producteurs, quand ils prêchent de produire davantage et de consommer moins, quand ils traitent les gens de paresseux, quand ils réclament la planification ou toutes sortes de patentes pour essayer d'arriver à l'embauchage intégral.

Ce n'est pas l'embauchage intégral dont on a besoin quand les magasins sont bien entretenus, quand on produit en plus un tas de choses dont personne ne veut chez lui, comme les bombes, les canons, ou les fusées pour quitter la terre et aller vers la lune.

Ce dont on a besoin, c'est de pouvoir d'achat intégral : du pouvoir d'achat là où sont les besoins, pour aller chercher les produits là où ils sont en abondance. Et alors sera aisée la tâche du Ministère de la Famille et du Bien-être social.

Quoi conclure encore ? — Que le gouvernement, au lieu d'instituer des comités d'étude pour chercher comment réduire les sorties d'une caisse rationnée, ferait bien mieux, s'il est encore dans les ténèbres, d'instituer un comité pour lui indiquer comment mettre partout la capacité de payer au niveau de la capacité de produire.

Quoi encore ? — Que si la production remplace l'emploi d'hommes par l'emploi de machines, le pouvoir d'achat doit provenir de dividendes à tout le monde, en plus des salaires à ceux qui restent employés. Des dividendes à tout le monde. Et tout le monde, c'est chaque personne dans chaque maison : parents et enfants ; embauchables ou non ; employés ou chômeurs ou retraités; c'est la mère et la grande fille qui restent au foyer, autant que le grand garçon qui a un emploi.

Quoi encore ? — Que, quand la finance, l'argent, sera ainsi au service de chaque personne, de chaque famille et de ses besoins, on pourra se passer d'une foule de fonctionnaires, d'enquêteurs, d'inspecteurs, de taxeux, et renvoyer chez eux, faire des plans pour eux-mêmes, les gros et petits socialistes qui se prétendent mis au monde pour planifier et mouler la vie des autres.

Bien d'autres choses encore, claires comme du cristal aux lecteurs habituels du journal Vers Demain. Qui le lit se renseigne et rayonne de la vérité autour de lui.

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