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Témoignage de Mgr Bernard Emmanuel Kasanda Mulenga

le samedi, 01 mai 2010. Publié dans Témoignages

Les Pèlerins de saint Michel et le Crédit Social

Mgr Bernard Emmanuel Kasanda MulengaEn mars dernier, à notre semaine d’étude à Rougemont sur la doctrine sociale de l’Église et son application (basée sur le livre d’Alain Pilote «La démocratie économique expliquée en 10 leçons»), nous avions deux évêques de la République démocratique du Congo, Mgr Bernard Emmanuel Kasanda Mulenga, évêque du Diocèse de Mbuji-Mayi. Voici son témoignage:

Je vous ai déjà exprimé ma joie et je suis très heureux de vous avoir rencontrés. Et je suis très reconnaissant à travers tout ce qui est fait et de ce travail qui a été fait par Alain Pilote. Et moi, je vous recommande vivement que le livre (La Démocratie économique expliquée en dix leçons) soit aussi distribué aux personnes que vous voulez atteindre. Des personnes ciblées que vous voulez atteindre, donnez-leur ce livre. Je crois que ça dit beaucoup et je veux pour exemple, partager avec vous mon échange de ce matin avec un évêque.

Il m’a demandé ce que j’étais venu faire. Je lui ai dit: «Je suis venu suivre une semaine de cours sur la doctrine sociale de l’Église et le Crédit Social.»

Il m’a dit: «Combien êtes-vous d’évêques?»

— Nous sommes deux évêques congolais.

Puis il me dit: «Est-ce vous avez parlé de la dernière encyclique du pape (Caritas in veritate)?»

—  Bien sûr. C’est vraiment un cours qui est fondé sur la doctrine sociale et qui parle du magistère mais en rapport avec cette intuition de comment effacer la dette et éviter des dettes, la dette publique et la dette comme telle. Et aussi comment arriver à consommer ce qu’on produit, la production et les biens. Mais je crois que de lui envoyer un livre comme ça, ça peut l’aider beaucoup à comprendre et pourquoi pas, le séduire.

Donc, je suis très content. Je rentre et je vais l’approfondir. J’espère que demain nous allons faire une bonne récapitulation de ce que nous avons appris, comme de bons élèves, ensemble avec notre maître. On va faire une certaine récapitulation, mais c’est un livre à approfondir. Et je crois que tout est dit ou que beaucoup de choses sont dites dedans.

Louis Even

M. Louis Even a dit des choses à ce moment-là, vraiment comme toujours, peu de gens comme lui, des visionnaires, comprennent et voient très loin. Et quand ils ont saisi la réalité, rien alors ne les empêche d’aller jusqu’au bout. Rien. Ils doivent continuer avec l’idée. Ils restent tenaces. Comme vous dites, les grands tenaces. Ils tiennent le coup. Ils vont jusqu’au bout. Et là, je suis admiratif de savoir que Louis Even a passé quarante ans dans l’Œuvre qu’il a commencé en 1934 – 35, comme vous l’avez dit. C’est donc des personnes merveilleuses.

Ma joie était donc celle-là. Ma joie aussi c’est de vous avoir rencontrés tous. Des visages différents avec des expériences très diversifiées. Et j’aimerais continuer la relation avec vous. Continuer la relation aussi avec vos invités que j’ai pu rencontrer qui sont aussi des grandes factures. J’ai beaucoup apprécié leur approche et leur vision du monde de la réalité économique.

Alors, je disais comment moi, j’ai rencontré les Pèlerins de Saint-Michel. C’est par M. Marcel Lefebvre qui est venu à Mbuji-Mayi, par Mgr Nestor Ngoy, par l’abbé Albert Kaumba qui est du diocèse de Kolwesi. Voilà les liens dans tout ça. De plus, Mgr Nestor est très lié à notre diocèse pour certains événements qui se sont passés là. Il y a un sanctuaire marial qu’il apprécie beaucoup, qu’il aime beaucoup, le sanctuaire de Notre Dame de Fatima, souvent il vient prier là. Alors avec l’équipe de ceux qui organisent les prières, à ce sanctuaire dont Mgr Placide est le recteur, Mgr Nestor a gardé un lien direct avec nous. C’est comme ça que par son prêtre, ayant appris qu’il existait une œuvre, qu’il existait les Pèlerins de Saint-Michel avec un message qu’ils donnaient, ça ne pouvait que passer par son diocèse et aussi passer par chez nous.

Moi, comme évêque auxiliaire, j’étais là à accueillir ces Pèlerins de Saint-Michel qui venaient nous apporter un message. J’ai dû participer. Merci donc à Marcel Lefebvre qui a dû nous ouvrir l’esprit et nous aider à comprendre qu’il existait une œuvre ici sur cette planète qui recherche le bien-être de l’humanité.

Conférences publiques

Des conférences publiques avaient été organisées par Mgr Placide Mukendi (vicaire général du diocèse de Mbuji-Mayi, qui est venu à Rougemont en 2009) et l’équipe. Et les deux pèlerins nous ont donné ces conférences.

Après on s’est ouvert. Mgr Placide est venu ici, en ce milieu, et vous l’avez vous aussi apprécié parce que c’est un homme droit, un homme juste et un homme vrai. Je fonde aussi ma confiance sur lui pour continuer cet élan dans mon diocèse.

Lui-même, Mgr Placide, tout dernièrement au mois de février a, dans le cadre de la formation permanente des prêtres, donné une conférence avec comme titre le Crédit Social, un moyen efficace de combattre la pauvreté. Et c’est lui qui a apporté encore beaucoup de lumière à tous ceux qui ne connaissaient pas le Crédit Social, chez nous, ni les Pèlerins de Saint-Michel ni monsieur Louis Even. Et il a apporté encore un nouvel éclairage. Cela s’est passé au mois de février dernier. Donc c’est tout frais dans nos mémoires.

Personnellement, en me fondant sur vous, j’ai beaucoup d’espoir de voir notre diocèse sortir de la pauvreté, grâce à l’application du Crédit Social que vous avez bien appelé ici, la démocratie économique. Nous allons chercher ensemble, ce n’est pas facile, comment nous pouvons nous organiser pour que cette idée d’abord passe. L’essentiel pour nous ce n’est pas de passer vite d’abord à l’action, mais c’est d’abord de comprendre très bien ce que c’est. Avec le génie local nous risquons aussi d’aller plus loin. On reçoit l’intuition et puis on l’inculture.

Votre admirable apostolat

Vous, le travail que vous faites, c’est un travail d’apôtre. J’ai beaucoup apprécié votre témoignage d’hier. Ces demoiselles qui sont passées ici et qui nous ont parlé simplement de ce qu’elles faisaient comme travail. J’ai trouvé ça très admirable. Surtout que vous portez en vous, je peux dire deux casquettes. Sous votre béret blanc, vous avez deux casquettes cachées. Vous avez là une théorie sociale qui est vraie, qui doit transformer la société, mais vous avez aussi de l’autre côté, la foi. Et la foi qui vous donne la force de continuer à travailler.

En vous rejoignant dans la foi, beaucoup de choses peuvent se faire. Vous avez eu à subir parfois des moments d’incertitude dans le travail que vous aviez à mener. Vous êtes partis parfois à l’aventure, ne sachant pas trop bien ce qui serait de l’autre côté. Vous avez vécu des moments, des situations incertaines. Il fallait le faire, c’est-à-dire être armés de cette foi, la foi en Dieu.

La foi en la Providence

Et là, vous me rejoignez et je vous rejoins dans ma foi d’apôtre de Jésus. Je le crois et je l’ai dit à qui voulait m’entendre durant mon voyage ici: Dans ce que je suis en train de mettre en place, comme organisation de mon diocèse, je me fonde sur trois réalités importantes qui sont des piliers d’une seule dimension, d’une seule réalité. C’est quoi la foi ? La foi en Dieu qui est pour moi ici exprimée par la Providence; j’ai ça. Je dis: je ferai des choses parce que je crois en la Providence. La foi en moi-même. Quand je parle, quand je me mets à travailler, je n’hésite pas. Je crois d’abord en moi-même. Je dis: je vais poser des actes mais c’est au nom de Dieu que je dois poser ces actes. Et en troisième lieu, la foi en les autres. Les autres ici, c’est les autres que je rencontre, vers qui je vais. Mais les autres aussi, il y a l’autre qui est la Vierge Marie, Elle-même. La foi en la Vierge qui est celle qui tient par la main, qui porte et qui protège. La foi dans les autres qui sont là comme des collaborateurs avec qui on peut aller plus loin. Qu’est-ce que je peux désirer d’autre de plus important, de plus précieux, que cela pour mener à bien la tâche que le Seigneur me donne dans ma vocation ?

Et vous, comme apôtres et apôtres de Jésus-Christ, je voulais vous dire que les travaux que vous avez à mener sont des travaux qui exigent beaucoup de foi. Mais ne baissez pas les bras parce que, qui parle de la foi dit en même temps qu’il y a Satan à côté qui fait aussi son travail. Il est là, il vous combat. Il est là, il vous déstructure. Il est là, il vous donne un dégoût de la manière de travailler.

Mais tenez bon. Le Seigneur Jésus-Christ a dit: N’ayez pas peur, courage. J’ai vaincu le monde. Et le Seigneur vaincra le monde. Et vous, vous n’êtes que Ses instruments. Vous n’êtes que l’outil qu’Il utilise.

Mgr Bernard Emmanuel Kasanda
Evêque de Mbuji Mayi, RDC, Congo