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«Si tu veux construire la paix, protège la création»

Écrit par Benoît XVI le lundi, 01 mars 2010. Publié dans Benoît XVI

L’équilibre écologique de la planète qui est menacé par la pollution et le gaspillage des ressources — problèmes qui, comme le savent les étudiants assidus du Crédit Social, sont directement causés par le système financier actuel qui entraîne, entre autres, la création de besoins inutiles, pour créer des emplois qui ne sont pas vraiment nécessaires. Douglas a fait remarquer avec justesse qu’une fois leurs besoins essentiels assurés, la plupart des gens se contenteraient d’un style de vie beaucoup plus simple, ce qui réduirait de beaucoup la destruction de l’environnement.

Le Pape Benoît XVI a fait plusieurs déclarations récentes sur la question de l’environnement et du respect de la création, qui démontrent qu’il prend ce problème au sérieux. Il a choisi, pour la 43e journée mondiale de la paix, le 1er janvier 2010, le thème : «Si tu veux construire la paix, protège la création». Voici des extraits de ce message, ainsi que des autres déclarations récentes du Saint-Père à ce sujet :

Journée mondiale de la Paix

Benoît XVI«Le respect de la création revêt une grande importance, car “la création est le début et le fondement de toutes les œuvres de Dieu” et, aujourd’hui, sa sauvegarde devient essentielle pour la coexistence pacifique de l’humanité.

«Il est sage d’opérer une révision profonde et perspicace du modèle de développement, et de réfléchir également sur le sens de l’économie et de ses objectifs, pour en corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres. L’état de santé écologique de la planète l’exige; la crise culturelle et morale de l’homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde.

«L’humanité a besoin d’un profond renouvellement culturel; elle a besoin de redécouvrir les valeurs qui constituent le fondement solide sur lequel bâtir un avenir meilleur pour tous. Les situations de crise qu’elle traverse actuellement — de nature économique, alimentaire, environnementale ou sociale — sont, au fond, aussi des crises morales liées les unes aux autres. Elles obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d’engagement s’appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. Ainsi seulement, la crise actuelle devient-elle une occasion de discernement et de nouvelle planification.

«L’être humain s’est laissé dominer par l’égoïsme, en perdant le sens du mandat divin, et dans sa relation avec la création, il s’est comporté comme un exploiteur, voulant exercer sur elle une domination absolue. Toutefois, la véritable signification du commandement premier de Dieu (soumettre la terre), bien mis en évidence dans le Livre de la Genèse, ne consistait pas en une simple attribution d’autorité, mais plutôt en un appel à la responsabilité. Du reste, la sagesse des anciens reconnaissait que la nature est à notre disposition, non pas comme “un tas de choses répandues au hasard”, alors que la Révélation biblique nous a fait comprendre que la nature est un don du Créateur, qui en a indiqué les lois intrinsèques, afin que l’homme puisse en tirer les orientations nécessaires pour “la garder et la cultiver” (cf. Gn 2, 15). Tout ce qui existe appartient à Dieu, qui l’a confié aux hommes, mais non pour qu’ils en disposent arbitrairement. Quand, au lieu d’accomplir son rôle de collaborateur de Dieu, l’homme se substitue à Lui, il finit par provoquer la rébellion de la nature “plus tyrannisée que gouvernée par lui”. L’homme a donc le devoir d’exercer un gouvernement responsable de la création, en la protégeant et en la cultivant.

«Le Concile œcuménique Vatican II a rappelé que “Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples”. L’héritage de la création appartient donc à l’humanité tout entière. Par contre, le rythme actuel d’exploitation met sérieusement en danger la disponibilité de certaines ressources naturelles non seulement pour la génération présente, mais surtout pour les générations futures.

«Je souhaite donc l’adoption d’un modèle de développement basé sur le caractère central de l’être humain, sur la promotion et le partage du bien commun, sur la responsabilité, sur la conscience d’un changement nécessaire des styles de vie et sur la prudence, vertu qui indique les actes à accomplir aujourd’hui en prévision de ce qui peut arriver demain.»

Angélus du 1er janvier 2010

Dans sa méditation prononcée avant la prière de l’Angélus, le 1er janvier 2010, Benoît XVI a déclaré:

«Il y a un objectif que tous peuvent partager, condition indispensable pour la paix, c’est d’administrer avec justice et sagesse les ressources naturelles de la terre. “Si tu veux construire la paix, protège la création”: c’est à ce thème d’une grande actualité que j’ai consacré mon Message pour cette 43e Journée mondiale de la Paix. Au moment où ce message était publié, les chefs d’États et de gouvernements étaient réunis à Copenhague pour le sommet sur le climat d’où est ressortie encore une fois l’urgence d’orientations concertées au plan mondial.

«Cependant, aujourd’hui, je voudrais souligner l’importance qu’ont aussi, pour la protection de l’environnement, les choix des particuliers, des familles, et des administrations locales. “Un changement de mentalité effectif qui conduise chacun à adopter de nouveaux styles de vie est désormais indispensable”. Nous sommes en effet tous responsables de la protection et du soin de la création. C’est pourquoi aussi dans ce domaine, l’éducation est fondamentale: pour apprendre à respecter la nature; s’orienter toujours plus “vers la construction de la paix à partir de choix de grande envergure au niveau personnel, familial, communautaire et politique.”

«Si nous devons prendre soin des créatures qui nous entourent, quelle considération ne devons-nous pas avoir pour les personnes, nos frères et sœurs! Quel respect pour la vie humaine!»

Discours au Corps diplomatique

Dans son discours aux ambassadeurs de 178 pays, le Saint-Père a dit, le 11 janvier 2010:

«Si l’on veut construire une vraie paix, comment serait-il possible de séparer, ou même d’opposer, la protection de l’environnement et celle de la vie humaine, y compris la vie avant la naissance? C’est dans le respect que la personne humaine a d’elle-même que se manifeste son sens de la responsabilité pour la création. Car, comme saint Thomas d’Aquin l’enseigne, l’homme représente ce qu’il y a de plus noble dans l’univers. En outre, et je l’ai rappelé lors du récent Sommet mondial de la FAO sur la Sécurité alimentaire, “la terre est en mesure de nourrir tous ses habitants” (Discours du 16 novembre 2009), pourvu que l’égoïsme ne conduise pas à l’accaparement par quelques-uns des biens destinés à tous!»

Encyclique Caritas in veritate

Bien entendu, le Pape Benoît XVI n’a pas oublié cette question de l’environnement dans sa dernière encyclique Caritas in veritate (n. 48), rendue publique en juillet 2009:

«Le thème du développement est aussi aujourd’hui fortement lié aux devoirs qu’engendre le rapport de l’homme avec l’environnement naturel. Celui-ci a été donné à tous par Dieu et son usage représente pour nous une responsabilité à l’égard des pauvres, des générations à venir et de l’humanité tout entière. Si la nature, et en premier lieu l’être humain, sont considérés comme le fruit du hasard ou du déterminisme de l’évolution, la conscience de la responsabilité s’atténue dans les esprits. Dans la nature, le croyant reconnaît le merveilleux résultat de l’intervention créatrice de Dieu, dont l’homme peut user pour satisfaire ses besoins légitimes — matériels et immatériels — dans le respect des équilibres propres à la réalité créée. Si cette vision se perd, l’homme finit soit par considérer la nature comme une réalité intouchable, soit, au contraire, par en abuser. Ces deux attitudes ne sont pas conformes à la vision chrétienne de la nature, fruit de la création de Dieu… La nature est à notre disposition non pas comme “un tas de choses répandues au hasard”, mais au contraire comme un don du Créateur qui en a indiqué les lois intrinsèques afin que l’homme en tire les orientations nécessaires pour «la garder et la cultiver» (Gn 2, 15)…

«Il y a de la place pour tous sur la terre: la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour vivre correctement grâce à la nature elle-même, don de Dieu à ses enfants, et par l’effort de son travail et de sa créativité. Nous devons cependant avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel qu’elles puissent elles aussi l’habiter décemment et continuer à la cultiver… L’une des plus importantes tâches de l’économie est précisément l’utilisation la plus efficace des ressources, et non leur abus.»

Sauver la nature, les animaux, les bébés phoques, c’est bien, mais sauver les êtres humains, c’est encore plus important. Benoît XVI explique: «Considérer la nature comme plus importante que la personne humaine elle-même est contraire au véritable développement. Cette position conduit à des attitudes néo-païennes (faire de la terre une déesse)… Par ailleurs, la position inverse… est également à rejeter car le milieu naturel n’est pas seulement un matériau dont nous pouvons disposer à notre guise, mais c’est l’œuvre admirable du Créateur, portant en soi une “grammaire” qui indique une finalité et des critères pour qu’il soit utilisé avec sagesse et non pas exploité de manière arbitraire.»

A ce sujet, Jean-Paul II écrivait dans son encyclique Centesimus annus (n. 38): «En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d’accorder l’attention voulue. Alors que l’on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d’extinction, parce qu’on se rend compte que chacune d’elles apporte sa contribution particulière à l’équilibre général de la terre, on s’engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d’une «écologie humaine» authentique.»

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