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Mgr Taché, Oblat de Marie Immaculée, héros de l'Ouest canadien

Écrit par Yvette Poirier le dimanche, 01 mars 2009. Publié dans Saints & Bienheureux

Défenseur de l'école catholique et de la langue française

Mgr Taché, nommé Évêque à 28 ans
Mgr Taché, nommé Évêque à 28 ans

Mgr Alexandre Antonin Taché, Oblat de Marie Immaculée, a été un des premiers héros de l’Ouest canadien. Il a mené un combat héroïque dans la fondation et le maintien des écoles catholiques, et pour la défense de la langue française. Alors que les media d’information cherchent à ternir l’histoire de l’Église dans la province de Québec, il est bon de se rappeler les grands bienfaits accomplis par l’Église dans l’histoire de la christianisation de la terre canadienne, à une époque près de nous, au 19e siècle. Nous publions des extraits des deux volumes sur la «Vie de Mgr Taché, Archevêque de Saint-Boniface» par Dom Benoît, jadis Supérieur des Chanoines réguliers de l’Immaculée Conception du Canada. Les quelques paroles en italique sont de Vers Demain:

Alexandre Antonin Taché est né à Boucherville, près de Montréal, le 23 juillet 1823. Formé à l’école des vertus chrétiennes, à l’adolescence, il embrassa la vocation des Oblats de Marie Immaculée.

Frère Taché avait 22 ans quand sa communauté l’envoya avec un de ses confrères porter l’Évangile dans l’Ouest canadien, «régions lointaines qu’arrose la Rivière-Rouge, vaste contrée, presque égale à la moitié de l’Europe». Cet immense territoire «était alors, sous le double rapport de la civilisation et de la foi, un des plus déshérités».

Des assoiffés du vrai Dieu

Chef indienFrère Taché, ordonné prêtre, parcourait les régions où habitaient les tribus amérindiennes assoiffées d’entendre parler du vrai Dieu. Durant quatre semaines, sur les bords du Lac Arthabaska, le Père Taché baptisa 194 infidèles. La plupart pouvaient dire tout ou presque tout leur chapelet en français et quelques prières dans leur propre langue naturelle. Cette chrétienté nouvelle naissait dans le mois où l’Église célèbre la Nativité de la Mère de Dieu, en quelques sorte dans les grâces de ce mystère: c’est pourquoi l’apôtre donna à la mission le nom de la Nativité.

En été, dans ses missions auprès des autochtones, le missionnaire emportait une tente de toile; en hiver, ce serait un trop lourd fardeau: il n’a d’autre abri que la voûte du ciel. En hiver, une couverture, une hache, une chaudière, une paire de raquettes et quelques livres de viande sèche ou de pénikan (taureau). Voilà tout l’attirail de nos voyageurs.

Couchers dehors 63 nuits en un seul hiver

«Dormir sous la voûte des cieux, enseveli sous la neige, jusqu’à 63 nuits en un seul hiver, se porter d’une tribu ou d’une mission à une autre, souffrir de la faim et du froid perdu au milieu de ces immenses solitudes et exposé parfois à périr pendant les tempêtes de l’hiver, se trouver le plus souvent au contact de sauvages grossiers et superstitieux, fonder des établissements nouveaux, pourvoir aux besoins de ces missionnaires et de ces chrétientés éparses sur un si vaste territoire; tel fut l’abrégé des années de Mgr Taché... » — Paroles d’un contemporain de Mgr Taché

Nommé évêque d’Arath, à 28 ans

Le 24 juin 1850, seulement âgé de 28 ans, le Père Taché accepta avec larmes sa nomination comme évêque d’Arath (Rivière-Rouge), coadjuteur de Mgr Provencher qui était Évêque de Saint-Boniface, avec future succession. Il est allé à Marseille, en France, se faire consacrer évêque par Mgr Eugène de Mazenod, le fondateur des Oblats de Marie Immaculée.

Evêque de St-Boniface, Manitoba

Après la mort de Mgr Provencher, le 7 juin 1853, Mgr Taché devint le 2e évêque titulaire de Saint-Boniface, Manitoba. Il avait 30 ans. Plus tard il sera élevé à la dignité archiépiscopale.

Archevêché de St-Boniface
Archevêché de St-Boniface

A peine, Mgr Taché prit possession de son trône, il entreprit de visiter toutes les familles «les plus pauvres comme celles qui étaient les plus à l’aise». Saint-Boniface comptait alors plus de 1000 habitants.

Le nouvel évêque considérait d’une importance capitale des ouvriers évangéliques pour son immense diocèse de Saint-Boniface. Il travailla ardemment pour en trouver soit au Canada, soit en France. Sa grande préoccupation était l’éducation de la jeunesse.

Les Sœurs Grises donnaient une éducation très soignée à la plupart des filles du pays mais très peu de petits garçons les fréquentaient quoiqu’ils fussent admis. Les vives instances de l’évêque auprès de Mgr Bourget furent exaucées. Trois Frères des Écoles chrétiennes arrivèrent à Saint-Boniface.

La première école se faisait dans la salle de l’évêché. L’année suivante, Mgr Taché commença à leur bâtir une «belle et spacieuse maison» de 60 pieds sur 34, dans laquelle 58 garçons recevaient leur éducation en 1858.

Pour Mgr Taché, l’éducation était une partie de la religion. Il avait les yeux sur son collège, visitait souvent les classes, assistait à tous les examens et à toutes les séances extraordinaires, connaissait et encourageait tous les élèves.

L’Archevêque suivait dans les plus minutieux détails toutes les écoles de son diocèse. En 1872, il y avait 17 écoles primaires dans le diocèse de Saint-Boniface, 639 écoliers…

Les nouvelles écoles recevaient leurs meilleures maîtresses des écoles des Sœurs Grises. Mgr Taché voyait dans les Sœurs Grises les auxiliaires nécessaires de l’évêque et du prêtre, les institutrices intelligentes et dévouées qui formaient l’enfance à la vie chrétienne et à la vie civilisée, les infirmières et les hospitalières qui en soignant les corps, guérissaient les âmes et les portaient à la vertu et à la piété.

Menace pour les écoles catholiques

La question de l’éducation était une grande préoccupation pour Mgr Taché. En 1876, il écrivait: «Ici comme ailleurs il nous faut lutter sur cette question si vitale et si délicate. Les ennemis de l’Église nous harcèlent de toutes parts. Jusqu’ici la loi nous a été favorable, mais je dois travailler à ce qu’elle ne puisse pas nous devenir défavorable.» Il s’adressa à la province de Québec pour obtenir des professeurs. En 1876, il fit un voyage à Québec, il revint avec deux Sœurs de la Charité et deux Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie.

Depuis 1789, le lancement de la Révolution française, l’un des fléaux les plus redoutables pour les pays chrétiens est l’enseignement neutre, ce qui, en certains pays, est désigné sous le nom d’instruction laïque ou d’école sans le Christ et même d’école sans Dieu. Les partisans de l’école neutre ou de l’école laïque sont proprement les rationalistes ou les naturalistes contemporains, qui «veulent exclure de l’esprit et des mœurs des hommes, de la vie publique et privée, le règne de Dieu et de son Christ, pour établir ce qu’ils appellent le règne de la raison ou de la nature». (Concile de Trente, Constitution sur la foi Prooemium.)

Les catholiques de Saint-Boniface et de toute la province, bien aguerris par Mgr Taché, repoussaient universellement l’instruction laïque. Beaucoup de protestants y étaient aussi opposés; mais un certain nombre étaient tout disposés à la patronner, les uns parce qu’ils étaient tombés dans l’indifférence religieuse, à laquelle le protestantisme conduit logiquement; les autres, parce que, dans leur espérance, l’école proclamée neutre en théorie, aura en fait, la religion de la majorité, c’est-à-dire, dans le nouvel état du Manitoba, la religion protestante.

En 1876, le fameux journal Globe de Toronto, (ennemi de la) religion catholique et de la race française, publiait un projet de loi, élaboré, disait-il, à Winnipeg, qui allait être soumis à l’assemblée législative de la province au cours de la prochaine session. Ce projet établissait des écoles publiques, non confessionnelles, soumises à des règlements uniformes, communes de la langue anglaise.

Articles contre le laïcisme scolaire

Ces annonces, ces menées, causèrent comme une sorte de terreur au vigilant évêque. Il avait publié, dans le Métis, une suite d’articles, intitulés Éducation et Instruction, où il établissait, avec sa logique et sa clarté habituelles, que les écoles mixtes et neutres sont contraires au droit naturel, au droit évangélique, à la constitution générale du Canada et à la constitution particulière du Manitoba. Il prouvait que partout les écoles neutres enfantent les mauvaises mœurs...

Ces articles produisirent beaucoup d’impression. Le Globe avoua lui-même que l’établissement des écoles publiques au Manitoba violerait les droits de la minorité catholique, tels que les garantissait l’Acte de Manitoba. Les partisans de l’instruction neutre se turent.

Le système scolaire se développait: agrandissement du collège, fondation d’une école normale pour la formation de bonnes institutrices, par les Sœurs Grises.

Vers l’année 1884, une loi sur l’éducation était alors à l’étude par le gouvernement du Nord-Ouest. Mgr Taché surveillait de près le bill sur les écoles.

Mgr Alexandre-Antonin Taché
Mgr Alexandre-Antonin Taché

Mgr Taché publiait des brochures ou faisait publier des articles dans les journaux pour défendre les droits des citoyens, des Canadiens français, des métis, de l’école catholique. C’était son arme puissante de défense. Il se réjouissait que le Manitoba protégeait les écoles séparées catholiques par les lois de l’éducation dans la province. Mais il appréhendait les luttes à venir: «Hélas! Des temps approchent où le fanatisme supprimera ces lois de vraie liberté et en établira d’oppressives pour la minorité catholique.»

En 1886, Mgr Taché s’arrêta deux jours pour plaider auprès du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest les intérêts des missions catholiques, particulièrement au sujet des écoles… Maintenant que les ministres protestants ne craignaient plus d’être massacrés ou maltraités (par les tribus autochtones qui ont été civilisés par les missionnaires catholiques), ils arrivaient de toutes parts. Des vexations de toutes sortes étaient faites contre les Amérindiens catholiques, contre les écoles catholiques, contre les missionnaires catholiques; bien plus, les règlements et les lois étaient fréquemment portés contre l’influence de l’Église catholique, principalement en matière d’éducation.

Félicitations pour les écoles catholiques

En 1887, les écoles catholiques du Manitoba reçurent des félicitations et des récompenses qui apportèrent beaucoup de consolations au cœur de l’Archevêque.

Enfants catholiques de la tribu autochtone des Cris
Enfants catholiques de la tribu autochtone des Cris fréquentant les écoles catholiques de Mgr Taché.

On venait de faire à Londres une grande Exhibition coloniale. La section catholique du Bureau d’Éducation du Manitoba eut la pensée d’y envoyer une collection de devoirs journaliers des classes. L’Exposition scolaire des écoles catholiques de la province canadienne fut universellement remarquée. Les journaux de l’Angleterre en parlèrent avec les plus grands éloges.

Des diplômes et des médailles furent envoyés, par l’intermédiaire du gouvernement d’Ottawa, au Pensionnat des Sœurs Grises de Saint-Boniface, au Pensionnat des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie et à l’École des Frères Maristes de Winnipeg, aux Académies des Soeurs Grises de Saint-Norbert, Sainte-Anne, Saint-Vital, Saint-François-Xavier, à l’école de Mme Mulaire, à Sainte-Agathe.

Le fanatisme contre les écoles catholiques

En 1888, malgré son état de faiblesse, l’Archevêque fit deux voyages dans les provinces de l’Ouest. Un souffle de fanatisme se faisait sentir dans le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest, attaquant les institutions catholiques et la race française.

«Depuis 70 ans, écrivait Mgr Taché, … le pays possédait des écoles confessionnelles… Aucune volonté humaine ne les avait entravées; au contraire tous les Pouvoirs Publics avaient été unanimes à en reconnaître l’utilité et à les aider plus ou moins….»

L’existence des écoles confessionnelles et l’usage officiel de la langue française étaient les principaux articles des Droits portés à Ottawa en 1870, par les délégués de la Rivière-Rouge; ceux qu’ils avaient demandés avant tout autres dans les négociations, qui leur avaient été le plus solennellement stipulés dans la rédaction de l’Acte du Manitoba.

Plan de la franc-maçonnerie

Un grand convent de la franc-maçonnerie, tenu dans le Tessin en 1877, avait décidé de combattre la religion catholique au Canada... Depuis ce temps, les chefs de la guerre anti-chrétienne tournaient leur attention et leurs machinations contre «la foi» du Canada et son respect du prêtre, «célèbres dans le monde entier». Les plus habiles voulaient frapper les grands coups dans l’Ouest, où se trouvaient de puissants éléments gagnés d’avance à leurs entreprises. Ils obtenaient par là le triomphe général à leurs doctrines en procurant la «revanche» de la défaite des Ontariens en 1870.

Dalton McCarthy arrive dans le Manitoba au cours de 1889, ne respirant que le feu et le sang contre les catholiques. Il se rend d’abord au Portage de la Prairie et là il énonce le programme à exécuter:

«A tout prix, il faut renverser le système des écoles séparées qui favorise les catholiques. Nous commencerons par le Manitoba; puis nous irons dans l’Ontario, et enfin nous finirons au Québec. Mais surtout gardez le secret, car si Québec connaissait ce mouvement, il s’agiterait et nous empêcherait peut-être de réussir.»

L’orateur du Portage de la Prairie faisait très habilement appel au fanatisme et aux haines de race; il accomplissait le plan de la franc-maçonnerie qui allait par ce moyen tourner une fraction importante de la population contre la minorité catholique, en même temps qu’elle ferait servir les hommes publics à ses desseins par l’amour du pouvoir ou l’appât de l’argent.

On put croire d’abord que l’avènement du parti libéral à la tête de la province de Québec ne porterait pas atteinte à la liberté des catholiques. Car, au Manitoba, le parti libéral arriva au pouvoir en 1888 que par la promesse de laisser intact le régime des écoles séparées et l’usage officiel de la langue française…

Ecoles catholiques supprimées

M. Greenway, chef du nouveau cabinet, ne tint pas sa promesse. «Il se jeta dans la guerre contre la race française». Il supprima les écoles catholiques et l’usage officiel de la langue française. Il établit des écoles publiques neutres et retrancha du nombre de fêtes légales: la Circoncision, l’Épiphanie, la Toussaient et l’Immaculée Conception.

Mgr Taché fit paraître plusieurs articles dans le Manitoba Free Press pour répondre aux attaques des partisans de la neutralité scolaire. Ils se mirent à répéter de plus belle que les écoles catholiques étaient inférieures, que l’instruction qui y était donnée n’était pas pratique. Ils accusèrent la section catholique du Bureau d’insouciance, d’impéritie.

Les écoles catholiques inférieures! C’est ce que répètent dans le monde entier les ennemis de l’Église, et dans le monde entier, les écoles catholiques l’emportent sur les autres dans les concours et dans les examens pubics, même dans les jurys hostiles. C’est ainsi que nous avons vu les écoles catholiques du Manitoba attirer l’attention et recevoir les éloges les plus éclatants à l’Exposition scolaire de Londres.

L’Archevêque répondit dans le Manitoba Free Press. Personne ne se risqua dans une polémique avec l’Archevêque de Saint-Boniface, mais tous gardèrent leur haine contre les écoles catholiques et leur volonté de les supprimer à tout prix.

Mgr Taché se rendit souvent à Ottawa pour défendre les droits des écoles confessionnelles. Il publia des articles dans le Manitoba Free Press.

Monseigneur était persuadé que, du côté de la terre, le rempart le plus fort des écoles catholiques, était l’Acte du Manitoba, contrat stipulé entre la population de la Rivière-Rouge et la Confédération canadienne, loi statuée par les autorités fédérales et impériales. Il publia dans le Manitoba Free Press un mémoire pour expliquer la clause de l’Acte du Manitoba qui concernait les écoles catholiques et françaises.

Poignantes inquiétudes de Mgr Taché

Devant ce déchaînement du fanatisme, l’Archevêque éprouva les plus poignantes inquiétudes pour ses chères écoles et sa chère langue française. Toutes les lettres qu’il écrivit exhalaient les tristesses et les angoisses de son âme.

La population partageait les alarmes de son chef. Des assemblées publiques de catholiques, français et anglais, s’organisèrent en différents endroits. Des hommes d’élite firent des motions et des discours énergiques pour le maintien de la constitution et des lois d’éducation. De toutes parts «on signa des pétitions, que l’on adressa à la Législature», mais remarque Mgr Taché, e«lles ne firent aucun effet, pas même porter nos ennemis à mettre des formes moins odieuses ou un semblant de convenance dans la conduite arbitraire que l’on allait tenir».

Le Parlement du Manitoba se réunit. Les débats concernaient les écoles confessionnelles et l’usage officiel de la langue française. La Constitution du Canada comme l’Acte du Manitoba garantissaient aux catholiques leurs écoles confessionnelles et l’usage officiel de la langue française. Les fanatiques introduisirent des projets de loi pour demander la disparition des écoles catholiques et la suppression de l’usage officiel de la langue française. Malgré les arguments très forts apportés par les représentants catholiques, les libéraux protestants remportèrent le vote en faveur de ces deux infâmes lois.

Mgr Taché usa de tous les moyens pour empêcher cette loi d’être sanctionnée. Mais il échoua dans ses tentatives. Il avait fait de l’instruction de l’enfance la constante préoccupation de toute sa vie; cette cause sacrée est tout à coup compromise par des lois tyranniques: qu’on juge de sa douleur!

Les droits des parents chrétiens

Le 15 août, fête de l’Assomption de la Sainte Vierge, une Instruction de l’Archevêque fut lue dans toutes les églises du diocèse. (Dans cette Instruction), l’Archevêque rappelle d’abord les droits des parents chrétiens à «communiquer à leurs enfants la connaissance et l’amour de Dieu, ainsi que les observances que sa sainte loi nous prescrit, à les envoyer dans des écoles où leur foi et leurs mœurs sont en sûreté, et soient convenablement développées et formées».

«Une majorité parlementaire … a décrété l’abolition de nos écoles et a décidé que les écoles protestantes seules seraient reconnues par l’État et favorisées par lui… Que devons-nous faire?» demande l’Archevêque à son peuple. Il répond: «Vous-mêmes vous avez déjà unanimement résolu ce que nous vous conseillons, ne pas envoyer les enfants aux écoles créées par les nouvelles lois.

«En fermant l’école à la prière et à la doctrine chrétienne, on la ferme à nos enfants qui, comme nous, veulent prier, croire et aimer. Jésus, l’ami des enfants, étant banni de l’école, nous ne pouvons y envoyer les nôtres, puisque ce Dieu ami de leur âge nous dit à nous, leurs parents et leurs gardiens: "Qui n’est pas pour moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe." Nous voulons que ces enfants demeurent avec leur Sauveur; nous ne voulons pas les confier à ceux qui font foi de ne pas le reconnaître au point de défendre que l’on parle de lui dans l’école.» — Mgr Taché

Cette décision était grave et importante: elle a mis l’Archevêque et son peuple dans la nécessité de créer des écoles privées ou libres, demeurant sous le contrôle exclusif des familles et de l’Église, mais aussi ne recevant aucune subvention de l’État. Les enfants catholiques continuèrent de fréquenter les écoles mais les parents devaient y payer entièrement les frais.

Au seuil de la mort, encore au combat

Au seuil de la mort, Mgr Taché était toujours au combat pour l’école catholique. Lors de sa dernière instruction, le 3 juin 1894, alors qu’il a administré le sacrement de confirmation, il a fait placer son fauteuil à l’entrée du sanctuaire. Il parla de ce texte: «Laissez venir à moi les petits enfants» et s’étendit longuement et avec émotion sur la nécessité de soutenir nos écoles catholiques et sur les moyens à prendre pour cela.

Ces conseils de l’époux à l’épouse, du père aux enfants ont été les derniers. Sa dernière instruction a été pour la cause sacrée de l’éducation qu’il a eue tant à cœur toute sa vie.

Mgr Taché pouvait dire comme saint Paul: «J’ai combattu le bon combat, j’ai gardé la foi, il me reste à recevoir la couronne de justice que le Seigneur, juste juge, me rendra en ce jour».

Au terme de sa vie, le Prélat dit aux prêtres, aux religieuses qui l’assistaient dans ses derniers jours d’agonie et d’une voix très forte et intelligible:

«Que la sainte volonté de Dieu soit faite! Je demande pardon à Dieu, à mon clergé et à mes diocésains des scandales que j’ai pu leur donner et des peines que j’ai pu leur faire et me recommande aux prières de tous.» Il y eut alors bien des larmes de versées, lui seul ne pleurait pas.

Le 22 juin 1894, Mgr Alexandre Taché rendit l’âme à Dieu à l’âge de 71 ans. Il a été inhumé au sous-sol de la cathédrale de Saint-Boniface. A trois reprises, en 1909, en 1946 et en 1970, sa tombe a été ouverte et son corps était encore intact. Mgr Raymond Roy, évêque de Saint-Paul, Alberta, en 1970, a été un des témoins. «Il avait l’air aussi naturel, a-t-il dit, que le jour de sa mort.»

Sous le patronage de saint Jean Baptiste

Saint Jean Baptiste, patron des Canadiens-Français, a présidé à la mission de Mgr Taché dans l’Ouest canadien. Le 24 juin 1845, le grand prélat, alors le petit frère Taché, (âgé de 22 ans) quittait Montréal, en route pour les missions lointaines de la Rivière-Rouge. Le 24 juin 1850, il était préconisé Evêque d’Arath in partibus, avec future succession au siège de Saint-Boniface. Le 24 juin 1872, il recevait le Pallium sacré.

Prions Mgr Taché d’intercéder auprès de saint Jean Baptiste, notre saint Patron, de nous délivrer du fléau du laïcisme scolaire et de susciter de grands missionnaires comme lui.

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