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L’État n’a pas le droit d’empiéter sur les droits de l’Église

Écrit par Yvette Poirier le vendredi, 01 janvier 2010. Publié dans Accomodements raisonnables

La législation doit être en harmonie avec l’Église et la loi de Dieu

À Laval, au Saguenay et à Verdun, les Conseils municipaux ont été forcés de cesser les prières avant les séances municipales à la suite des ordonnances judiciaires. Le citoyen de Verdun qui a poursuivi en cour le maire de sa municipalité, a annoncé qu’il fera enlever toutes les croix des Conseils municipaux. En plus des crucifix bannis des écoles, ce sont donc aussi les croix sur la place publique que l’on veut éliminer. Par qui sont motivés ces ennemis de l’Église ? Par le Mouvement laïc québécois et les autres Loges maçonniques du genre.

Depuis le lancement de la Révolution Tranquille au Québec, on proclame, sur tous les tons, la séparation de l’Église et de l’État. Qu’adviendra-t-il de la province de Québec si elle se détache de ses racines chrétiennes ? Toute société qui ne repose pas sur la pierre angulaire du Christ s’écroulera. Le Christ-Roi ne doit-il pas régner sur toutes les nations, puisqu’il est mort sur la croix pour racheter toute l’humanité ? Si nous voulons connaître la vérité intégralement nous devons nous référer à «l’enseignement de l’Église fondée par Jésus-Christ et pourvue par lui du don de l’infaillibilité doctrinale» qui «nous transmet ces vérités révélées, qu’elle-même puise, comme à une source pure, dans l’Écriture inspirée et dans la Tradition interprétée par elle».

Dans son livre «Cours d’Apologétique chrétienne», le Père W. Devivier, S.J., en se basant sur l’enseignement de l’Église, explique quels sont les rapports qui doivent exister entre l’Église et l’État. Vous en lirez des extraits dans l’article qui suit. Vous trouverez, intercalés dans cet enseignement lumineux du Père Devivier, des paragraphes en italique qui sont écrits par nous.

Yvette Poirier

 

Rapports entre l’Église et l’État

L’Église a reçu de Jésus-Christ tous les pouvoirs nécessaires pour atteindre sa fin, et les hommes, s’ils veulent se sauver, ne peuvent refuser ni d’en faire partie ni d’obéir à ses lois. D’autre part, l’homme, être social, fait naturellement partie de la société civile qui, elle aussi, a reçu de Dieu les pouvoirs nécessaires pour réaliser sa fin propre et exige avec raison l’obéissance à ses lois.

Il importe de savoir quels rapports doivent avoir entre elles, de par la volonté de Dieu, ces deux sociétés formées des mêmes membres; en d’autres termes, de connaître les droits et les devoirs réciproques de l’Église et de l’État.»

Léon XIII dans son admirable encyclique sur la Constitution chrétienne des Etats, les a mis dans une parfaite lumière. Citons-en quelques passages… :

Paroles de Léon XIII

“Dieu a partagé le gouvernement du genre humain entre deux puissances: la puissance ecclésiastique et la puissance civile; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine, chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées, et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite, dans laquelle chacune exerce son action, jure proprio. Toutefois, leur autorité s’exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu’une seule et même chose, bien qu’à un titre différent, mais pourtant une seule et même chose, ressortisse à la juridiction et au jugement de l’une et l’autre puissance…

“Il est donc nécessaire qu’il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui dans l’homme constitue l’union de l’âme et du corps. On ne peut se faire une juste idée de la nature et de la force de ces rapports, qu’en considérant la nature de chacune des deux puissances, et en tenant compte de l’excellence et de la noblesse de leurs buts, puisque l’une a pour fin prochaine et spéciale de s’occuper des intérêts terrestres, et l’autre, de procurer les biens célestes et éternels; ainsi tout ce qui dans les choses humaines est sacré à un titre quelconque, tout ce qui touche au salut des âmes et au culte de Dieu, soit par sa nature, soit par son rapport à son but, tout cela est du ressort de l’autorité de l’Église. Quant aux autres choses qu’embrasse l’ordre civil, et politique, il est juste qu’elles soient soumises à l’autorité civile, puisque Jésus-Christ a recommandé de rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu…” — Pape Léon XIII

Le pape Léon XIII dit bien que tout ce qui touche le salut des âmes et le culte à Dieu relève de l’autorité de l’Église. Au Québec, l’État a violé les droits de l’Église quand il a dissous le Conseil de l’Instruction Publique dirigé par les évêques qui veillaient sur les Commissions Scolaires et les écoles catholiques, et quand il a créé le Ministère de l’Éducation avec des écoles d’État qui ont formé des générations sans foi ni loi. Le domaine de l’enseignement touche le salut des âmes et concerne donc l’Église.

Déjà dans son Encyclique Diuturnum illud, écrit le Père Devivier, Léon XIII dit: “L’Église reconnaît et déclare que tout ce qui est d’ordre civil est sous la puissance et la suprême autorité des princes. Dans les choses dont le jugement appartient, à des titres différents, au pouvoir religieux et au pouvoir civil, elle veut qu’il existe un accord mutuel, par le bienfait duquel de funestes dissensions soient épargnées à l’un et à l’autre.»

Il est bon d’approfondir cet enseignement de l’Église, en cette triste période contemporaine, où «l’on s’efforce d’entraver l’Église dans l’exercice de son autorité et de la subordonner aux puissances de la terre». Dans la province de Québec, le laïcisme scolaire qui a été imposé aux écoles publiques et privées, est une «dictature de l’État vis-à-vis de l’Église», a dit le Cardinal Marc Ouellet. L’État s’institue lui-même ministre du culte pour y imposer, à brève échéance, une religion unique, maçonnique, consistant à rendre un culte à Satan au lieu de rendre un culte à Dieu. Les livres d’Harry Potter qui foisonnent dans les écoles, sont une initiation au satanisme. C’est vraiment une guerre contre Dieu, contre le catholicisme, contre l’Église.

Indépendance de la puissance spirituelle

Nous lirons, dans ce qui suit, des extraits d’une thèse traitant “de la puissance ecclésiastique et de la puissance civile, l’Église et l’État qui sont indépendants et souverains, chacun dans les limites de sa propre sphère d’action”:

1er argument, tiré de la fin supérieure de l’Église. — Quel catholique, quel chrétien pourrait dénier à Jésus-Christ le droit de confier à une société autre que la société civile, la glorieuse mission de promouvoir, avec la vraie religion, le salut éternel des hommes ? Jésus-Christ n’est-il pas le Dieu souverain de toutes choses ? N’a-t-il pas affirmé que toute puissance lui a été donnée, en tant qu’homme, au ciel et sur la terre ? (Matth. 28,18.) Eh bien ! Jésus-Christ a usé de ce droit en instituant l’Église.

“C’est à elle, et non à l’État, dit Léon XIII dans l’encyclique Immortale Dei, qu’il appartient de guider les hommes vers les choses célestes, et c’est à elle que Dieu a donné le mandat de connaître et de décider de tout ce qui touche la religion, d’enseigner toutes les nations, d’étendre aussi loin que possible les frontières du nom chrétien: bref d’administrer librement, et tout à sa guise, les intérêts chrétiens”.

La société civile a pour fin directe de procurer ici-bas à l’homme le bien-être et la sécurité, d’aider à la conversion et au développement de sa nature dans l’ordre physique et intellectuel; de ce simple rapprochement, il résulte que la fin de l’Église l’emporte sur celle de l’État, autant que le ciel est au-dessus de la terre, et que l’éternité dépasse le temps… “Comme la fin de l’Église est de beaucoup la plus noble de toutes, dit Léon XIII, son pouvoir l’emporte sur tous les autres et ne peut en aucune façon être inférieur ni assujetti au pouvoir civil.”

L’Église bâtie sur Pierre

Saint Pierre2e Argument tiré de la conduite de Jésus-Christ et des apôtres. — Notre-Seigneur en s’adressant à saint Pierre, lui dit: “Aussi moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans les cieux.» (Matth. XVI, 18, 19.)

Par ces paroles, Notre-Seigneur déclare saint Pierre le fondement de l’Église, et lui promet les clefs du royaume des cieux, ainsi que le pouvoir de lier et de délier, en conséquence, tout ce que Pierre déliera sur la terre sera délié dans le ciel, et tout ce qu’il liera sur la terre, sera lié dans le ciel; en d’autres termes, toute obligation imposée par lui aux hommes sera ratifiée dans le ciel, et toute condamnation ou sentence de pardon sera également ratifiée dans le ciel.

Puisque le pouvoir conféré par Notre-Seigneur à saint Pierre est plein et indépendant, puisque saint Pierre peut tout lier ou délier: ‘Quodcumque’, le pouvoir de l’Église, dont il est le chef, est également suprême et indépendant.

Bien plus, si saint Pierre ne jouissait pas d’une indépendance entière dans le gouvernement de l’Église, les paroles de Notre-Seigneur seraient fausses: il ne serait pas vrai que tout ce qu’il lie sur la terre serait lié dans le ciel et que tout ce qu’il délie sur la terre serait délié dans le ciel. Le jugement suprême dans le gouvernement de l’Église n’appartiendrait plus à l’Église, à la Hiérarchie, mais à la puissance civile, et il faudrait dire que Dieu confirmerait plutôt au ciel le décret civil que celui de Pierre lui-même.

D’ailleurs, la promesse faite par Jésus-Christ de conférer à saint Pierre le pouvoir souverain a été mise à exécution (St Jean XXI, 15, 16). Or, si Pierre était sous la dépendance du pouvoir civil, le pasteur suprême de l’Église ne serait point Pierre, mais le prince, ou plutôt tout prince dans son Etat; ce qui détruirait en outre l’unité de l’Église, puisqu’il y aurait autant d’Églises indépendantes entre elles qu’il y aurait d’États politiques, de souverains indépendants entre eux.

Les Actes des Apôtres nous offrent un exemple bien remarquable de cette indépendance de la puissance spirituelle. Les magistrats juifs interdisent aux apôtres de prêcher la doctrine de Jésus; la défense étant injuste, ceux-ci n’en continuent pas moins à enseigner le peuple; traduits devant le conseil et interrogés, Pierre et les Apôtres répondent simplement: «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.»… (Act. V, 18-34.)

Indépendance du pouvoir civil

Le Christ n’a pas supprimé César. S’il a investi l’Église d’une mission supérieure et spirituelle, il a laissé à la société civile la mission temporelle qu’elle tient de la nature. L’État demeure donc libre de prendre telles mesures qu’il lui plaît en fait de douanes, de budgets, d’armée, de travaux publics, etc. Aussi longtemps qu’il ne blesse pas les lois de Dieu et les droits de l’Église, et que les intérêts spirituels et la fin suprême de l’homme ne sont pas en jeu, l’Église n’a rien à voir à ces détails purement humains, qui concernent uniquement le bonheur temporel des peuples. En d’autres termes, l’Église n’a et ne revendique, en vertu de son institution, aucun pouvoir sur la société civile dans les choses purement terrestres, qui ne se rattachent qu’à une fin, à un intérêt exclusivement temporel.

[NDLR.: Dans son livre, le Père Devivier énumère «quelques-uns des droits que l’Église revendique à juste titre «pour atteindre sa fin». Il démontre aussi les grands services que l’Église apporte à l’État par ses œuvres caritatives et également «par ses prières, ses sacrements et son culte public, qui donnent aux sujets la force d’accomplir leurs obligations civiles».]

Législation en harmonie avec l’Église

Jésus de PragueLe pouvoir temporel doit aide et assistance à l’Église.

1. Indirectement, en faisant régner la justice, l’ordre et la tranquillité dans l’État, de manière à permettre à l’Église d’exercer son action salutaire. En se gardant d’attenter aux droits de l’Église et en ne permettant pas qu’elle soit gênée dans l’accomplissement de sa mission divine…

2. Directement, son devoir est, par exemple, pour éviter aux consciences des angoisses, mettre sa législation en harmonie avec les lois divines et ecclésiastiques…

Donnons quelques preuves à l’appui de ce devoir direct, que l’on conteste plus ordinairement.

1er argument: tiré des desseins mêmes de Dieu. En créant l’homme, Dieu a eu en vue, avec sa propre gloire, le salut éternel de sa créature, élevée à la dignité de son enfant. C’est pour lui procurer cette félicité, qu’il a envoyé son Fils sur la terre, qu’il a établi son Eglise, qu’il en veut l’extension et la liberté. Si donc il délègue une part de son autorité aux chefs des Etats, ce n’est pas uniquement pour que ceux-ci assurent à leurs sujets la paix et la prospérité d’ici-bas, c’est aussi pour que ces sujets soient en mesure d’atteindre le but suprême de leur existence terrestre. — Tout homme d’ailleurs ne doit désirer et rechercher les biens de ce monde, qu’autant qu’ils servent à lui obtenir la félicité éternelle. Il en résulte que les dépositaires du pouvoir civil ne peuvent exiger l’obéissance, au nom de Dieu, qu’en vue de cette même fin; ils doivent donc travailler, autant que les circonstances le permettent et dans les limites de leur sphère, au maintien et au progrès de la religion véritable, qui seul conduit les âmes au salut.

La religion, un appui pour l’État

2e Argument, tiré du bien et de l’État lui-même. La prospérité de l’État, et la réalisation de sa fin propre et immédiate, c’est-à-dire le bonheur temporel de ses membres, exige qu’il contribue, dans la mesure de ses forces, à la prospérité de l’Église. En effet, sans religion, point de société stable et prospère: c’est la religion qui en est la base, parce qu’elle explique l’origine de la société et de la légitimité du pouvoir spécial, qu’elle fournit un fondement solide à l’obéissance, et fait régner la justice, la charité et la concorde entre les citoyens. Évidemment il s’agit de la religion véritable, c’est-à-dire celle qui contient toutes les vérités, sans mélange d’erreur, qui rend à Dieu le culte requis, et donne aux hommes des forces surnaturelles pour accomplir leurs devoirs. Une telle religion est, par là même, le plus ferme appui de l’État, et contribue puissamment à lui faire atteindre sa fin propre.

L’État doit favoriser la religion

3e argument, tiré des déclarations formelles et explicites de l’Église. Il suffit de parcourir les Encycliques de Grégoire XVI (1832) et de Pie IX (1846), ainsi que les propositions 55, 77 et 78 du Syllabus. Léon XIII dit à ce sujet: «Les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n’existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile, ou en admettre une indifféremment, selon leur bon plaisir. En honorant la divinité, elles doivent suivre strictement les règles et le mode suivant lesquels Dieu a déclaré vouloir être honoré. Les chefs d’État doivent donc tenir pour saint le nom de Dieu, et mettre au nombre de leurs principaux devoirs celui de favoriser la religion, de la protéger de leur bienveillance, de la couvrir de l’autorité tutélaire des lois, et de ne rien statuer ou décider qui soit contraire à son intégrité.»

— «La société civile doit, en favorisant la prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens, de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l’acquisition de ce bien suprême et immuable auquel ils aspirent eux-mêmes.» (Encycl. Immortale Dei) «La puissance publique a été établie pour l’utilité de ceux qui sont gouvernés. Et quoiqu’elle n’ait pour fin prochaine que de conduire les citoyens à la prospérité de cette vie terrestre, c’est pourtant un devoir pour elle de ne point diminuer, mais d’accroître, au contraire, pour l’homme la faculté d’atteindre à ce bien suprême et souverain, dans lequel consiste l’éternelle félicité des hommes: ce qui devient impossible sans religion.» (Encyclique Libertas praestantissimum.)

À l’attention de nos législateurs !

Aux hommes d’État qui enlèvent la prière et les crucifix dans les écoles, dans les Hôtels de Ville, qui veulent enlever le crucifix dans tous les endroits publics, aux politiciens qui légifèrent contre les lois de Dieu en imposant des lois en faveur du divorce, de l’euthanasie, de l’homosexualité, de la profanation du dimanche, de la déformation du vrai sens du mariage, du laïcisme scolaire, etc., nous aimons attirer leur attention sur cet extrait de l’Encyclique «Sapientiae Christianae» de Léon XIII:

«Si la nature elle-même a institué la société tant domestique que civile, ce n’a pas été pour qu’elle fût la fin dernière de l’homme, mais pour qu’il trouvât, en elle et par elle, des secours qui le rendissent capable d’atteindre sa perfection… Dès lors, ceux qui rédigent des constitutions et font des lois doivent tenir compte de la nature morale et religieuse de l’homme et l’aider à se perfectionner, mais avec ordre et droiture, n’ordonnant ni ne prohibant rien sans avoir égard à la fin propre de chacune des sociétés civile et religieuse.

«L’Église ne saurait donc être indifférente à ce que telles ou telles lois régissent les États, non pas en tant que ces lois appartiennent à l’ordre civil et politique, mais en tant qu’elles sortiraient de la sphère de cet ordre et en empiéteraient sur ses droits. Ce n’est pas tout. L’Église a encore reçu de Dieu le mandat de s’opposer aux institutions qui nuiraient à la religion, et de faire de continuels efforts pour pénétrer de l’Évangile les lois et les institutions des peuples».

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