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C.H. Douglas a conçu le Crédit Social en 1917

Écrit par Louis Even le mardi, 01 août 1967. Publié dans Clifford Hugh Douglas

Même année qu'apparaissait Notre-Dame à Fatima

Clifford Hugh Douglas

C. H. Douglas a conçu le Crédit Social en 1917, même année qu'apparaissait Notre-Dame à Fatima, annonçant les ravages que le communisme athée accomplirait dans le monde, si les catholiques ne se convertissaient pas.

Il est vrai que le génie qui a découvert cette grande idée, qui en a conçu et structuré les lignes maîtresses, ne l'a livrée à la publication pour la première fois qu'en décembre 1918, dans un article paru dans The English Review, et plus longuement dans un livre, Economic Democracy, dont la première édition fut imprimée en 1920. Mais le travail d'analyse, de synthèse et de phraséologie remonte à 1917. La préface écrite par Douglas lui-même, pour son livre Economic Democracy, porte la date de novembre 1919: il y dit que la plus grande partie de son ouvrage fut rédigée sous les difficiles conditions de la première guerre mondiale.

Depuis plusieurs années déjà, Vers Demain fait remarquer que les deux plus puissantes armes contre le communisme — Fatima sur le plan spirituel et le Crédit Social sur le plan temporel — datent de la même année que la première grande conquête politique du communisme par sa prise du pouvoir en Russie: 1917.

En ce qui concerne le Crédit Social, cette date est ratifiée par le Social Credit Secretariat, organisme fondé par Douglas pour protéger l'intégrité de son enseignement. Dans un article intitulé Social Credit in 1967, l'organe officiel de ce Secrétariat, The Social Crediter, numéro du 3 juin 1967, commence ainsi:

En 1917 — il y a cinquante ans — une idée vit le jour, idée qui, si nous survivons à la présente crise mondiale, devra sûrement être à la base de toute poursuite d'une civilisation fondée sur la liberté ultime de l'homme.

Clifford Hugh Douglas, ingénieur consultant, qui avait eu la charge de travaux considérables, surtout en Angleterre et aux Indes, était alors (en 1917) engagé dans une inspection des finances de l'Avionnerie Royale de Farnborough, en Angleterre. Au cours de ce travail, il découvrit ce que tout autre comptable aurait aussi bien pu découvrir: que le total du pouvoir d'achat distribué chaque semaine à des particuliers, en salaires, traitements ou autrement, était toujours inférieur à la somme des frais entrant cette semaine-là dans le coût de revient.

Puisqu'il en était ainsi chaque semaine dans cet établissement, il devait en être de même dans toutes les autres industries. Dès lors, le pouvoir d'achat global distribué en cours de la production globale ne pouvait payer toute cette production. D'où entrave à l'écoulement de cette production, à moins que l'écart soit comblé par du pouvoir d'achat provenant par un autre canal que cette production.

Là encore, tout comptable aurait pu tirer cette conclusion. Mais Douglas n'était pas seulement un mathématicien, pas seulement un ingénieur, c'était un génie.

Conjecturant les effets prévisibles de cet écart (inhérent à la comptabilité la plus exacte des prix de revient) entre la fabrique des prix et la fabrique du pouvoir d'achat, et constatant l'existence de ces effets et leur nocivité, non seulement pour les consommateurs individuels, mais pour tout le corps social, Douglas perçut là un sujet majeur à approfondissement, et il s'y livra.

Il s'engagea dans l'étude du système économique et du système financier actuels, y apportant un esprit de philosophe et d'ingénieur. De philosophe, pour voir en quoi les moyens servaient ou trahissaient les fins, en quoi les fins elles-mêmes du système sont ou non motivées par les aspirations fondamentales des hommes en regard des possibilités d'y répondre. En ingénieur, pour découvrir les entraves et les vices du système, et suggérer les modifications les plus efficaces pour y remédier. Remédiation comportant le minimum de changements, sans révolution, sans bouleversement, sans heurts, sans accrocs à la dignité et à la liberté de l'individu, sans intrusions des gouvernements dans des fonctions relevant des personnes, des familles, des associations libres, des administrations publiques locales.

Comme Mater et Magistra

D'ailleurs, tout l'enseignement de Douglas témoigne d'un culte indéfectible à l'égard de la liberté personnelle, de l'initiative privée et de la responsabilité liée à la fonction. Ce qui ne veut nullement dire que l'individu soit laissé à ses seules ressources: au contraire, il doit jouir de sa part des bénéfices résultant de l'association, qu'il s'agisse de groupements libres ou qu'il s'agisse de la grande communauté nationale. C'est de plus en plus que la richesse produite provient des fruits du progrès, de l'héritage de découvertes, de réalisations, de savoir-faire, accru et transmis d'une génération à l'autre, grâce à la vie en société. Facteur prépondérant dans la production moderne. Grand capital réel, dont tous sont co-héritiers, et qui doit bien donner à chaque personne vivante un titre à une partie de l'accroissement de production qui en résulte.

Le système actuel de distribution ne reconnaît pas ce droit. Les gouvernements sont obligés d'intervenir, par une lourde et boiteuse fiscalité, pour atténuer maladroitement les effets de cette injustice de l'association envers tous les associés, de la communauté nationale envers tous les citoyens.

C'est donc 44 années avant Mater et Magistra de Jean XXIII, que Douglas concevait et présentait des propositions concrètes pour que, à l'échelle de la nation, la personne soit enrichie par l'association au lieu d'être étouffée par elle.

Mater et Magistra souhaite que le développement rapide des structures économiques contribue, non pas à concentrer la richesse et la propriété entre quelques mains, encore moins entre celles d'un État totalitaire, mais à diffuser le plus largement possible la propriété privée. «Propriété privée de biens durables, dit le Pape: une maison, une terre, un outillage artisanal, l'équipement d'une ferme familiale, quelques actions d'entreprises moyennes ou grandes.»

Dès 1917, Douglas offrait une formule géniale, par la reconnaissance à chaque personne d'une part à l'exploitation du crédit réel national. Chaque citoyen recevrait à sa naissance une action sociale, inaliénable, non transférable, devant lui apporter un dividende périodique capable de lui procurer de quoi subvenir au moins à ses besoins vitaux essentiels. Et à mesure que le flot de production résulterait davantage du progrès et moins de l'effort du producteur, la distribution de pouvoir d'achat se ferait davantage par les dividendes et moins par les salaires.

C'est, en somme, la conception d'une société dont tous les membres sont capitalistes. Avec un revenu de moins en moins conditionné par l'embauchage. Avec la liberté accrue pour chacun de pouvoir embrasser la carrière de son choix, tant que cela ne porte pas atteinte à la même liberté chez les autres.

Capitalisme corrigé

Un capitalisme ainsi corrigé, avec une part grandissante de revenu lié à la personne elle-même, non pas à son emploi, ne laisserait personne dans l'indigence, ni dans l'humiliation d'être assisté par l'État après enquête et aux dépens des autres. La production serait motivée par la demande efficace de consommateurs munis de pouvoir d'achat. Avec la disparition graduelle et sans doute rapide du gaspillage effroyable de richesses naturelles, de temps et d'activités humaines, gaspillage dû au règlement fou qui exige l'emploi dans une production quelconque, même inutile, même nuisible, pour avoir droit à un revenu.

Et qu'est-ce que les tenants d'un régime socialiste ou communiste pourraient reprocher à un système qui répondrait efficacement aux besoins de toute la population? Quelle prise auraient encore les théories économiques du communisme sur un peuple dont chaque citoyen serait un capitaliste né, assuré de l'être jusqu'à sa mort, avec la garantie d'un revenu conditionné seulement par les possibilités physiques de fournir les biens et services réclamés par les besoins?

Mains vides

N'avons-nous pas raison de dire que, sur le plan temporel, le Crédit Social, tel que conçu et défini par Douglas, offre une arme puissante contre l'envahissement du communisme? Nous en rendons gloire à Douglas. Mais nous bénissons aussi la divine Providence qui, dans ses desseins, a suscité cet homme de génie à l'heure où le monde en avait le plus besoin pour faire échec aux arguments du communisme. Et c'est parce qu'aucun gouvernement du monde libre n'a encore adopté les propositions de Douglas que le communisme continue de faire des adeptes. Sans le Crédit Social, la propagande communiste n'affronte que des hommes de droite aux mains vides.

Il est clair qu'aujourd'hui, les individus sont plus subordonnés au groupe qu'ils ne l'étaient, il y a cinquante ans. Les gouvernements dominent et dictent les citoyens, alors que leur fonction propre est de servir, d'enlever les obstacles que seuls ils peuvent enlever, afin que les personnes, les familles et les institutions libres puissent voir à leurs propres affaires. N'est-ce pas en invoquant l'insuffisance financière des familles et des commissions scolaires — au lieu de corriger cette insuffisance — que notre gouvernement de Québec s'est emparé de tout notre système scolaire par le Bill 60, avec toutes les suites lamentables de cet empiètement sur les fonctions des parents et de leurs institutions locales? C'est un exemple, il y en a une multitude d'autres.

Toute la politique se ressent du désordre économique. La dictature financière sur l'économie conduit à la dictature de l'État sur les personnes. Sous prétexte de bien commun, qui n'en est pas du tout, on centralise, on planifie, on embrigade. Nationalement d'abord, dans chaque pays. Puis, toujours sous prétexte de bien commun, international cette fois, on est dirigé vers un gouvernement mondial. Avec une police mondiale, qui ne pourra être qu'en des mains communistes, en vertu de la «démocratie» du nombre, puisque déjà la moitié de la population du globe est sous contrôle communiste, et la peste s'étend.

Un christianisme appliqué

Après les papes qui l'ont précédé, après Pie XII surtout, Jean XXIII a défini le bien commun dans Pacem in Terris, un ordre qui favorise l'épanouissement de chaque personne, non pas qui l'asservisse:

Le bien commun concerne l'homme tout entier, avec ses besoins tant spirituels que temporels ...

Le bien commun embrasse l'ensemble des conditions de vie en société qui permettent à l'homme d'atteindre sa perfection propre de façon plus complète et plus aisée ...

Le bien commun réside surtout dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine, ... à faciliter à chaque citoyen l'accomplissement de ses devoirs. Car la mission essentielle de toute autorité politique est de protéger les droits inviolables de l'être humain et  de faire en sorte que chacun s'acquitte plus aisément de sa fonction particulière.

Mais pour cela, ajoute le Pape: Il est indispensable que les Pouvoirs publics se préoccupent de favoriser l'aménagement social parallèle au progrès économique... de sorte qu'aucun être humain ne vienne à manquer des ressources indispensables pour mener une vie décente.

Ces principes, les Papes les énoncent. Mais le Crédit Social de Douglas en formule une application concrète. Et c'est pourquoi des auteurs l'ont défini «un christianisme appliqué». Appliqué dans les relations des hommes entre eux. Douglas lui-même disait, dans un discours à des créditistes, le 7 mars 1936, discours publié depuis sous le titre The Approach to Reality:

Le Crédit Social implique fondamentalement une conception des relations entre les individus et leur association en pays et en nations, entre individus et leur association en groupes.

 Pacem in Terris de Jean XXIII et Populorum progressio insistent sur le droit de tous, même des populations de pays sous-développés, à une part des biens terrestres. C'est juste. C'est certainement professé par des personnes. Mais comment s'attendre à ce que ce soit compris par l'ensemble des pays développés et bien pourvus, quand pas un de ces pays n'a encore appliqué concrètement cette philosophie dans sa politique à l'égard de sa propre population?

Tous ceux qui ont compris et apprécié la valeur et l'immense portée de cette découverte qu'est le Crédit Social se doivent de venir au Congrès pour rendre un hommage de gloire et de reconnaissance à son auteur, Douglas. Ils y renouvelleront en même temps l'ardeur de leur zèle à répandre une aussi belle doctrine et à la faire prévaloir dans les esprits et les cœurs de la population, condition préalable à sa mise en application.

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