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La justice est de rendre à chacun ce qui lui est dû

Par Alain Pilote le mardi, 01 mai 2018. Dans Dividende

Ce qui est dû à chacun, c’est un dividende social

Louis EvenLouis Even
 
Clifford Hugh DouglasC.H. Douglas

Dans sa Somme théologique, le grand saint Thomas d’Aquin définie la justice comme étant «rendre à chacun ce qui lui est dû». Par exemple, ce qui est dû à Dieu par l’homme, selon le Catéchisme, c’est le devoir de l’adorer comme notre Créateur et notre Sauveur, au moyen de la vertu de religion. Et ce qui est dû à chaque être humain, comme l’enseigne Vers Demain, c’est un dividende social, à titre de cohéritier des richesses naturelles et du progrès, c’est-à-dire des inventions des générations précédentes. C’est donc à juste titre que, lorsqu’on parle de pauvres, on emploie le terme «déshérités», puisqu’on leur nie l’accès à cet héritage commun. L’article suivant explique en profondeur sur quels principes repose ce dividende social à tous:

par Alain Pilote

Louis Even (1885-1974) s’est fait le propagateur, tout d’abord au Canada français, des propositions financières de l’ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas (1879-1952), énoncées pour la première fois en 1918, et connues sous le nom de Démocratie Économique (d’après le premier livre de Douglas sur le sujet), ou bien de Crédit Social. Louis Even a fondé en 1939 un périodique pour faire connaître ces idées, Vers Demain, et aussi un groupe dévoué à faire connaître cette idée du Crédit Social, les Pèlerins de saint Michel.

La mise en application des principes de la Démocratie économique ferait l’organisme économique et social atteindre efficacement sa fin, qui est la satisfaction des besoins humains: c’est-à-dire, financer non seulement la production de biens qui correspondent aux besoins, mais aussi financer la consommation, pour s’assurer que ces biens et services joignent véritablement les êtres humains de façon concrète.

Le génie de Louis Even a été de vulgariser les notions d’ingénieur de Douglas pour les mettre à la portée de monsieur et madame Tout-le-monde, et surtout de les éclairer de la lumière de la doctrine sociale de l’Église catholique, et de la philosophie de saint Thomas d’Aquin.

Le Crédit Social repose sur trois principes (comme un trépied)

  1. L’argent fait sans intérêt par la société
  2. Un dividende à chaque citoyen
  3. Un escompte sur les prix remboursé au marchand

Un des trois principes de la Démocratie Économique, qui fait l’objet de l’étude qui suit, est le dividende, ou revenu garanti à chaque citoyen, du berceau à la tombe, sans conditions, que l’on soit salarié ou non. (Il ne s’agit pas d’égalitarisme, puisque ceux qui sont employés recevraient leur salaire en plus du dividende.) On revient donc à la définition de la justice selon saint Thomas d’Aquin: suum cuique, rendre à chacun ce qui lui est dû.

Mais ce dividende n’a de sens que dans la mesure où il est appliqué avec les deux autres principes de la Démocratie Économique:

1. L’argent nouveau appartient à la société, et non pas à des compagnies privées (les banques commerciales), et doit être émis par un organisme créé par l’État, un Office national de crédit. En vérité, l’argent tire sa valeur de la capacité de production du pays, du fait qu’il existe des richesses naturelles et des travailleurs disposés à développer ces ressources. Louis Even écrit:

«L’argent doit être mis au monde à mesure que le rythme de la production et les besoins de la distribution l’exigent. Mais à qui appartient cet argent neuf en venant au monde? Aux citoyens eux-mêmes. Pas au gouvernement, qui n’est pas le propriétaire du pays, mais seulement le gardien du bien commun, ni aux comptables de l’organisme monétaire national.

«Ce n’est pas un salaire, mais une injection d’argent dans le public pour faire appel sur du travail, sur des produits qui n’attendent que cela. On ne peut une minute se représenter que l’argent nouveau appartienne à un individu ou à un groupe privé. Il n’y a pas d’autre moyen, en toute justice, de mettre cet argent nouveau en circulation qu’en en distribuant une part égale à chaque citoyen. C’est en même temps le meilleur moyen de rendre l’argent effectif, puisque cette distribution le répartit dans tout le pays.»

2. L’autre principe de la Démocratie Économique, c’est l’escompte compensé — un rabais sur les prix compensé au vendeur — pour empêcher toute hausse des prix, donc toute inflation.

Pourquoi un revenu à tous, et pourquoi l’appeler dividende?

Lorsqu’on parle de quelqu’un qui reçoit des dividendes, on pense généralement à celui qui possède des actions dans une compagnie, et qui reçoit ainsi une part des profits. Eh bien, on peut dire en toute vérité que chaque citoyen du pays, chaque membre de la société est co-capitaliste, propriétaire d’un capital réel et immensément productif.

Il a été dit précédemment que l’argent, ou crédit financier est, à sa naissance, propriété de toute la société. Il l’est, parce qu’il est basé sur le crédit réel, sur la capacité de production du pays. Cette capacité de production est faite, certes, en partie, du travail, de la compétence de ceux qui participent à la production. Mais elle est faite surtout, et de plus en plus, d’autres éléments qui sont propriété de tous.

Il y a d’abord les richesses naturelles, qui ne sont la production d’aucun homme; elles sont un don de Dieu, une gratuité qui doit être au service de tous. Il y a aussi toutes les inventions faites, développées et transmises d’une génération à l’autre. C’est le plus gros facteur de production aujourd’hui. Et nul homme ne peut prétendre, plus qu’un autre, à la propriété de ce progrès, qui est fruit de générations.

Sans doute il faut des hommes actuels pour le mettre à contribution – et ceux-là ont droit à une récompense: ils la reçoivent en rémunérations: salaires, traitements, etc. Mais un capitaliste qui ne participe pas personnellement à l’industrie où il a placé son capital a droit quand même à une part du résultat, à cause de son capital.

Eh bien! le plus gros capital réel de la production moderne, c’est bien la somme des découvertes, des inventions progressives, qui font qu’aujourd’hui, on obtient plus de produits avec moins de travail. Et puisque tous les vivants sont, à titre égal, cohéritiers de cet immense capital qui s’accroît toujours, tous ont droit à une part des fruits de la production.

On peut ajouter comme troisième facteur la division du travail, le fait que chacun n’a pas à produire lui-même toutes les choses dont il se sert: ce n’est pas chaque maisonnée qui a besoin de fabriquer des chaussures, des vêtements, des automobiles, des appareils électriques, etc. C’est ce que Douglas appelle en anglais «the increment of association», l’augmentation de la production parce que les gens s’associent, vivent en société. On peut dire que cette division du travail fait partie du progrès.

L’employé a droit à ce dividende et à son salaire. Le non-employé n’a pas de salaire, mais a droit à ce dividende, que nous appelons social, parce qu’il est le revenu d’un capital social.

Jean-Paul II
«L’homme, par son travail, hérite d’un double patrimoine: il hérite d’une part de ce qui est donné à tous les hommes, sous forme de ressources naturelles et, d’autre part, de ce que tous les autres ont déjà élaboré à partir de ces ressources...»
Jean-Paul II, Laborem exercens

Un double héritage

Karl Marx prétendait que le travail (le prolétariat) créait toute la richesse. Adam Smith disait que le capital (celui qui investit de l’argent dans une entreprise) avait aussi sa part. Mais tous deux ignorent ce que Douglas appelle «l’héritage culturel», ce fameux héritage des ressources naturelles et des inventions, responsable de plus de 90% de la production du pays. En fait, quand on parle des pauvres, il est tout à fait juste de parler de «déshérités», car ce sont des gens à qui on a refusé leur héritage.

Le dividende du Crédit Social (ou Démocratie Économique) est donc basé sur deux choses: l’héritage des richesses naturelles et des inventions des générations précédentes. C’est exactement ce que le Pape Jean-Paul II écrivait en 1981 dans son Encyclique Laborem exercens, sur le travail humain (n. 13):

L’homme, par son travail, hérite d’un double patrimoine: il hérite d’une part de ce qui est donné à tous les hommes, sous forme de ressources naturelles et, d’autre part, de ce que tous les autres ont déjà élaboré à partir de ces ressources, en réalisant un ensemble d’instruments de travail toujours plus parfaits. Tout en travaillant, l’homme hérite du travail d’autrui.

Combler le manque de pouvoir d’achat

Une autre raison de verser un dividende à chaque citoyen est de nature mathématique: c’est que le système financier actuel crée un manque chronique de pouvoir d’achat.

Aujourd’hui, les produits sont offerts à un certain prix. Les personnes qui ont de l’argent achètent ces produits en y mettant le prix. Cela permet aux personnes qui ont de l’argent de choisir les produits qui leur conviennent.

Un système de Démocratie Économique ne bouleverserait point cette méthode de distribuer les produits. La méthode est souple et bonne – à condition, évidemment, que les individus qui ont des besoins aient en même temps du pouvoir d’achat pour choisir les produits qui conviennent à leurs besoins.

Du pouvoir d’achat entre les mains de ceux qui ont des besoins: c’est justement là que le système actuel a des défauts, et que la Démocratie Économique corrigerait ces défauts.

Quand la production est financée, elle fonctionne. Quand elle fonctionne, elle distribue l’argent qui sert à la financer. L’argent ainsi distribué, sous forme de salaires, profits, dividendes industriels, constitue du pouvoir d’achat pour ceux qui le reçoivent. Mais:

  1. Premièrement, l’industrie ne distribue jamais le pouvoir d’achat au même régime qu’elle bâtit ses prix.

  2. Deuxièmement, la production ne distribue pas de pouvoir d’achat à tout le monde. Elle n’en distribue qu’à ceux qui sont employés par elle.

Même si les banques ne chargeaient aucun intérêt sur l’argent qu’elles prêtent, il existerait toujours un manque de pouvoir d’achat, car jamais l’argent distribué en salaires ne peut acheter toute la production, qui comprend d’autres éléments dans ses prix.

La plupart des économistes prétendent que la production finance automatiquement la consommation, que les salaires distribués suffisent pour acheter tous les biens mis en vente, mais les faits prouvent le contraire. L’ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas fut le premier à démontrer ce manque chronique de pouvoir d’achat, et à y apporter une solution scientifique, connue sous le nom de «Démocratie économique» ou «Crédit Social». Douglas explique ainsi ce manque de pouvoir d’achat par ce qu’il appelle le «théorème A + B»:

A ne peut acheter A + B

Le producteur doit inclure dans ses prix tous ses coûts de production s’il désire rester en affaires. Les salaires distribués à ses employés – que Douglas appelle «paiements A» – ne sont qu’une partie du coût de production du produit. Le producteur a aussi d’autres coûts de production qui ne sont pas distribués en salaires, mais qu’il doit inclure dans ses prix: les paiements pour les matériaux, les taxes, les frais bancaires, l’entretien et le remplacement des machines, etc. Douglas appelle ces paiements faits à d’autres organisations les «paiements B».

Le prix de vente du produit doit inclure tous les coûts: les salaires (A) et les autres paiements (B). Le prix de vente du produit sera donc A + B. Alors, il est évident que les salaires (A) ne peuvent acheter la somme de tous les coûts (A + B). Il y a donc un manque chronique de pouvoir d’achat dans le système.

Quand le produit fini est offert au public, il est accompagné de son prix. Mais une partie de l’argent figurant dans ce prix fut distribuée, peut-être, il y a six mois, un an, ou plus. Une autre partie le sera seulement après que le produit aura été vendu et que le marchand se sera servi de son profit. Une autre partie, dans dix ans peut-être, quand la machine, dont l’usure est inscrite en frais dans les prix, sera remplacée par une machine neuve. Etc.

Certains peuvent répliquer que les entreprises payées par les paiements «B» (celles ayant fourni la matière première, la machinerie, etc.) paient des salaires à leurs propres employés, et qu’une partie des paiements «B» devient ainsi des paiements «A» (salaires). Cela ne change rien à la vérité de ce qui a été dit précédemment: c’est tout simplement un salaire distribué à une autre étape de la production, et ce salaire (A) ne se distribue pas sans entrer dans un prix, qui ne peut être moindre que A + B; l’écart existe toujours.

Même si on essaie d’augmenter les salaires pour rattraper les prix, la hausse des salaires sera incluse automatiquement dans les prix, et rien ne sera réglé. (C’est comme l’âne qui court après le navet sur la caricature ci-bas.) Pour pouvoir acheter toute la production, il faut donc un revenu supplémentaire en dehors des salaires, au moins égal à B. C’est ce que ferait le dividende du crédit social, accordé à chaque mois à chaque citoyen du pays. (Remarquez bien, ce dividende serait financé par de l’argent nouveau créé par la nation, et non pas par les taxes des contribuables, car ce serait alors de l’argent provenant des salaires.)

 

 

Sans cette autre source de revenu (le dividende), il devrait y avoir théoriquement, dans le système actuel, une montagne de produits invendus. Si les produits se vendent tant bien que mal malgré tout, c’est qu’on a à la place une montagne de dettes! En effet, puisque les gens n’ont pas assez d’argent, les marchands doivent encourager les ventes à crédit pour écouler leur marchandise. (Achetez maintenant, payez plus tard... en 36 versements!)

Le progrès remplace le besoin de labeur humain

Un autre défaut du système financier actuel est que la production ne distribue pas de pouvoir d’achat à tout le monde. Elle n’en distribue qu’à ceux qui sont employés par elle. Et plus la production provient des machines, moins elle provient du travail humain. Elle augmente alors même que l’emploi nécessaire diminue. Il y a donc conflit entre le progrès qui supprime le besoin de labeur, et le règlement qui ne distribue de pouvoir d’achat qu’à l’emploi.

Pourtant, tout le monde a le droit de vivre. Et tout le monde a droit aux nécessités de la vie. Les biens de la terre ont été créés pour tous les hommes, pas seulement pour les employables.

C’est pourquoi la Démocratie économique ferait ce que le système actuel ne fait pas. Sans supprimer la récompense au travail, il distribuerait à tous un revenu périodique, appelé dividende social – revenu lié à la personne et non pas à l’emploi.

 
 

Les biens de la terre ont créés pour tous

C’est le moyen le plus direct, le plus concret pour garantir à tout être humain l’exercice de son droit fondamental à une part des biens de la terre. Toute personne possède ce droit – non pas à titre d’embauché dans la production, mais à seul titre d’être humain.

Cette notion de la destination universelle des biens a été reprise plusieurs fois par le Magistère de l’Église, y compris dans le document conciliaire Gaudium et Spes (paragraphe 69) et les encycliques sociales de Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. Dans le Compendium de la doctrine sociale de l’Église, la destination universelle des biens de la terre fait partie du deuxième des quatre grands principes de l’enseignement social de l’Église, le bien commun (les trois autres principes étant la primauté de la personne humaine, la subsidiarité et la solidarité).

Pour ne citer qu’un pape, nous reprenons ici les paroles de Pie XII son radio-message du 1er juin 1941 (à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII):

Les biens créés par Dieu l’ont été pour tous les hommes et doivent être à la disposition de tous, selon les principes de la justice et de la charité.

Tout homme, en tant qu’être doué de raison, tient en fait de la nature le droit fondamental d’user des biens matériels de la terre, quoiqu’il soit laissé à la volonté humaine et aux formes juridiques des peuples de régler plus en détail la réalisation pratique de ce droit. Un tel droit individuel ne saurait en aucune manière être supprimé, pas même par l’exercice d’autres droits certains et reconnus sur des biens matériels.

Pie XII dit qu’il appartient aux peuples eux-mêmes, par leurs lois et leurs règlements, de choisir les méthodes capables de permettre à chaque homme d’exercer son droit à une part des biens terrestres. Le dividende à tous le ferait. Aucune autre formule proposée n’a été, de loin, aussi effective, pas même nos actuelles lois de sécurité sociale.

Aujourd’hui, ce n’est pas la production qui manque, mais c’est la distribution qui fait défaut. Il faut donc avoir recours à la «justice distributive», à la distribution par un dividende. Benoît XVI écrivait dans son encyclique Caritas in veritate:

La doctrine sociale de l’Église n’a jamais cessé de mettre en évidence l’importance de la justice distributive et de la justice sociale pour l’économie de marché (n. 35) ... La vie économique a sans aucun doute besoin du contrat (les salaires en échange du travail fourni) pour réglementer les relations d’échange entre valeurs équivalentes. Mais elle a tout autant besoin de lois justes et de formes de redistribution guidées par la politique, ainsi que d’œuvres qui soient marquées par l’esprit du don. (n. 37)

Dans Caritas in veritate, Benoît XVI insiste beaucoup sur l’économie de don, l’économie de gratuité, tant au niveau des personnes que des institutions. Tout ne peut être calculé en salaires, beaucoup de bien peut être fait par le bénévolat. Dans un système de Crédit Social, les citoyens ayant la sécurité économique garantie par le dividende, l’entraide et le bénévolat croîtraient tout naturellement. Dieu Lui-même nous comble de gratuités avec les ressources naturelles et la nourriture qu’Il donne en abondance: le dividende serait le reflet de cette générosité, de ces gratuités de Dieu.

Dans la mesure où la production peut se passer d’emploi humain, le pouvoir d’achat exprimé par l’argent doit atteindre les consommateurs par un autre canal que la récompense à l’emploi. Le remplacement de l’homme par la machine dans la production devrait être un enrichissement, délivrant l’homme de soucis purement matériels et lui permettant de se livrer à d’autres fonctions humaines que la seule fonction économique. Si c’est au contraire une cause de soucis et de privations, c’est simplement parce qu’on refuse d’adapter le système financier à ce progrès, qu’on veut limiter les revenus au seul emploi rémunéré.

La technologie, alliée ou ennemie de l’homme?

La technologie est-elle un mal? Doit-on se révolter et détruire toutes les machines parce qu’elles nous enlèvent nos emplois? Non, si le travail peut être accompli par la machine, tant mieux: cela permettra à l’homme de consacrer ses temps libres à d’autres activités, à des activités libres, des activités de son choix. Mais cela, à condition qu’il reçoive un revenu pour remplacer le salaire qu’il a perdu avec l’introduction de la machine, du robot; autrement, la machine, qui devrait être l’alliée de l’homme, devient son ennemi, car elle le prive de revenu, et l’empêche de vivre.

En 1850, alors que les manufactures venaient à peine d’apparaître, au tout début de la Révolution industrielle, l’homme faisait 20% du travail, l’animal 50%, et la machine 30%. En 1900, l’homme accomplissait seulement 15% du travail, l’animal 30%, et la machine 55%. En 1950, l’homme ne faisait que 6% du travail, et les machines accomplissaient le reste – 94%. (Les animaux ont été libérés!)

Et nous n’avons encore rien vu, puisque nous entrons maintenant dans l’ère de l’ordinateur. Une «troisième révolution industrielle» a commencé avec l’apparition des transistors et de la puce de silicone, ou microprocesseur (qui peut effectuer jusqu’à un million d’opérations à la seconde). «Cette puce peut être programmée de manière à retenir de nouvelles informations et s’ajuster, et ainsi remplacer les travailleurs sur les lignes d’assemblage... De telles usines entièrement automatisées existent déjà, comme l’usine de moteurs de la compagnie Fiat en Italie, qui est contrôlée par une vingtaine de robots, et l’usine d’automobiles de la compagnie Nissan à Zama, au Japon, qui produit 1,300 automobiles par jour avec l’aide de seulement 67 personnes.

En 1964, était présenté au Président des Etats-Unis, un rapport intitulé «Le chaos social dans l’automation», signé par 32 sommités, dont M. Gunnar Myrdal, économiste né en Suède, et le Dr. Linus Pauling, détenteur d’un Prix Nobel. Ce rapport disait en résumé que «les Etats-Unis, et éventuellement le reste du monde, seraient bientôt impliqués dans une «révolution» qui promet une production illimitée… par des systèmes de machines qui nécessiteront peu de coopération des êtres humains. Par conséquent, on doit agir pour garantir un revenu à tous les hommes, qu’ils soient ou non engagés dans ce qui est communément appelé travail.»

Dans son livre intitulé La fin du travail publié en 1995, l’auteur américain Jeremy Rifkin cite une étude suisse selon laquelle «d’ici 30 ans, moins de 2% de la main-d’œuvre suffira à produire la totalité des biens dont le monde a besoin.» Rifkin affirme que trois travailleurs sur quatre — des commis jusqu’aux chirurgiens — seront éventuellement remplacés par des machines guidées par ordinateurs.

Si le règlement qui limite la distribution d’un revenu à ceux qui sont employés n’est pas changé, la société se dirige tout droit vers le chaos. Il serait tout simplement absurde et ridicule de taxer 2% des travailleurs pour faire vivre 98% de chômeurs! Il faut absolument une source de revenu non liée à l’emploi.

Implications environnementales

Si on veut persister à tenir tout le monde, hommes et femmes, employés dans la production, même si la production pour satisfaire les besoins de base est déjà toute faite, et cela, avec de moins en moins de labeur humain, alors il faut créer de nouveaux emplois complètement inutiles, et dans le but de justifier ces emplois, créer de nouveaux besoins artificiels, par une avalanche de publicité, pour que les gens achètent des produits dont ils n’ont pas réellement besoin. C’est ce qu’on appelle «la société de consommation».

De même, on fabriquera des produits dans le but qu’ils durent le moins longtemps possible, dans le but d’en vendre plus, et faire plus d’argent, ce qui entraîne un gaspillage non nécessaire des ressources naturelles, et la destruction de l’environnement. (C’est ce qu’on appelle l’obsolescence programmée.) Aussi, on persistera à maintenir des travaux qui ne nécessitent aucun effort de créativité, qui ne demandent que des efforts mécaniques, qui pourraient facilement être faits uniquement par des machines, des travaux où l’employé n’a aucune chance de développer sa personnalité. Mais pour cet employé, ce travail, si déshumanisant soit-il, est la condition d’obtenir l’argent, le permis de vivre.

Activités libres

Mais alors, si l’homme n’est pas employé dans un travail salarié, que va-t-il faire de ses temps libres? Il l’occupera à faire des activités libres, des activités de son choix. C’est justement dans ses temps libres que l’homme peut vraiment développer sa personnalité, développer les talents que Dieu lui a donnés et les utiliser à bon escient.

De plus, c’est durant leurs temps libres que l’homme et la femme peuvent s’occuper de leurs devoirs familiaux, religieux et sociaux: élever leur famille, pratiquer leur religion (connaître, aimer et servir Dieu), venir en aide à leur prochain. Élever des enfants est le travail le plus important au monde, mais parce que la femme qui reste au foyer pour élever ses enfants ne reçoit pas de salaire, on considère qu’elle ne fait rien, qu’elle ne travaille pas!

Être libéré de la nécessité de travailler pour produire les biens essentiels à la vie ne signifie aucunement paresse. Cela signifie tout simplement que l’individu est alors en position de choisir l’activité qui l’intéresse. Sous un système de Crédit Social, il y aura une floraison d’activités créatrices. Par exemple, les grandes inventions, les plus grands chefs-d’œuvre de l’art, ont été accompli dans des temps libres. Comme le disait C. H. Douglas:

«La majorité des gens préfèrent être employés – mais dans des choses qu’ils aiment plutôt que dans des choses qu’ils n’aiment pas. Les propositions du Crédit Social ne visent aucunement à produire une nation de paresseux... Le Crédit Social permettrait aux gens de s’adonner aux travaux pour lesquels ils sont qualifiés. Un travail que vous faites bien est un travail que vous aimez, et un travail que vous aimez est un travail que vous faites bien.»

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