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L'ordre social temporel chrétien (Art 10 L' ordre social temporel et le christianisme)

le lundi, 01 avril 1940. Dans L'ordre social temporel chrétien

La structure organique de l’ordre social temporel nous est désormais connue. Lorsque des personnes humaines s’unissent dans la poursuite d’un bien commun que l’on appelle la culture ou la civilisation, il naît et doit naître un ordre social de vie humaine sans lequel elles ne peuvent pas arriver à la vraie félicité terrestre. Or, selon l’Église, l’ordre social temporel ne peut pas être parfaitement humain s’il n’est pas chrétien, et cet ordre social des choses humaines du temps doit être christianisé non pas pour qu’il devienne surnaturel ou spirituel, mais bien, parfaitement naturel ; ni divin, mais parfaitement humain. L’ordre social spirituel chrétien est le seul qui conduise les hommes au salut éternel ; l’ordre social temporel chrétien est également le seul qui puisse leur assurer les bienfaits d’une civilisation vraiment humaine sur la terre.

1. L’ordre social temporel, pour être parfaitement humain, doit être soumis aux énergies curatives de la grâce surnaturelle.

a) La grâce sanctifiante, qui est une participation de la nature intime de Dieu, a sans doute pour mission la plus élevée de surélever la nature de l’homme et de la rendre capable de jouir du bonheur propre de Dieu. C’est elle qui, par le prolongement des vertus théologales, confère à toutes les activités humaines un mérite, une valeur que, sur le plan naturel, elles n’auraient jamais pu avoir.

b) Cependant, depuis que la nature humaine est tombée, par suite du péché originel, dans un tel état de faiblesse et de langueur morales, qu’elle ne peut plus, laissée à elle-même, aller jusqu’au parfait développement de ses énergies actives, la grâce n’a plus pour première fonction dans l’ordre des réalisations, de surélever et d’anoblir l’homme, mais bien tout d’abord de le guérir, de le relever de sa misère naturelle. Il n’y a donc pas un champ de l’activité humaine où l’influence curative des réalités spirituelles ne doive se faire sentir et toutes les actions temporelles elles-mêmes de l’homme doivent être touchées par la grâce si l’on veut qu’elles soient parfaitement "naturelles" et humaines.

c) Dès lors, l’ordre social temporel, comme tous les autres ordres de choses humaines, doit subir effectivement l’influence de la grâce et dans ses éléments et en lui-même. Il ne sera jamais tout à fait humain sans que les réalités de l’ordre spirituel soient venues l’assainir et le tonifier. Bien plus, si la grâce fait défaut, non seulement on ne réussit pas à créer un ordre social temporel qui assure la félicité terrestre des hommes, mais l’activité collective se développe dans la ligne de l’incomplet, du désordonné et se retourne de plus en plus contre l’homme qu’elle brise et déshumanise. C’est le cas de toutes les cultures, de toutes les civilisations qui depuis quatre siècles ont tourné le dos à la grâce, et de tous les régimes temporels contemporains qui, malgré d’étonnantes réussites partielles, retombent ou retomberont sur l’homme pour le rendre plus misérable que jamais, à cause de cette faiblesse et de cette langueur congénitables à l’homme et dont la grâce seule en ses prolongements aurait pu les délivrer.

Mais précisément, ces influences surnaturelles nécessaires pour rendre parfaitement humain l’ordre social temporel lui-même, ne viennent et ne peuvent venir que par le Christ et par le Christ continué jusqu’à nous, c’est-à-dire, l’Église. Ainsi s’explique en fin de compte que pour être tout à fait valable et parfait en son ordre, le social-temporel doive être chrétien.

a) Toutes les réalités spirituelles viennent à l’homme par le Christ et son Église. Elles sont foncièrement "chrétiennes", la grâce surtout. Or, nous savons que l’ordre social temporel, comme toutes les autres créations de l’activité naturelle de l’homme, a besoin, pour être parfaitement humain, de subir l’influence spiritualisante de la grâce. S’il n’y a pas une réalité de l’ordre spirituel qui ne nous vienne par le Christ et que la grâce plus que tout autre soit nécessairement "chrétienne", on comprend facilement que l’ordre social nécessaire à la félicité temporelle des hommes, doit, pour être parfaitement humain, devenir ou être chrétien.

b) Ainsi ce sera chercher "midi à quatorze heures" pour les individus, les familles, les nations, les états et la communauté internationale que de vouloir assurer le plein développement d’une vie terrestre personnelle, familiale, politique ou internationale en dehors des voies tracées par le Christianisme authentique tel qu’il se révèle dans l’Église Catholique, et sans les appuis et les remèdes nécessaires à la nature déchue que lui seul est capable d’apporter avec la grâce. Sont donc vouées à un lamentable échec, malgré les succès apparents et très retentissants, toutes les formes d’humanisme politique ou social que le monde moderne en particulier a mises à l’essai, car la grâce du Christ, dont elles ont délibérément fait fi, leur manquera toujours, à moins d’une conversion radicale, pour les maintenir dans l’ordre du temporel, et pour les y guérir de leurs déficiences natives, conséquentes au péché originel et qui se font sentir jusque dans le domaine des activités sociales temporelles elles-mêmes.

c) Comme l’Église catholique est la seule dépositaire de la grâce chrétienne et que les catholiques sont les seuls à pouvoir exercer une influence définitivement christianisante sur le plan du social-temporel, il devient facile à comprendre, qu’en ces conjectures, l’Église se sent obligée de travailler à sa christianisation et qu’elle appelle tous ses fidèles, clercs et laïques, à lui prêter un concours spécial pour l’accomplissement de cette grande œuvre. C’est à l’instauration d’une nouvelle chrétienté que le monde catholique doit s’employer aujourd’hui, car la civilisation moderne est un vêtement très usé : on n’y peut coudre des pièces neuves. "C’est d’une refonte totale et comme substantielle qu’il s’agit d’arriver, à une primauté vitale de la qualité sur la quantité, du travail sur l’argent, de l’humain sur le technique, de la sagesse sur la science, du service commun des personnes humaines sur la convoitise individuelle d’enrichissement indéfini ou la convoitise étatiste de puissance illimitée" (Jacques Maritain).

Thomas-Marie LANDRY, o.p

VERS DEMAIN 1 av. 1940 p2 ; 1940_04_No11_P_002.doc

 

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