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V. Causes

le lundi, 01 janvier 1940. Dans Autour du drame monétaire

V — Causes

Dans la poursuite de nos réflexions sur l’appel du Christ à l’unique nécessaire, nous disons que la vie de cet appel a son ontologie et sa psychologie.

Chercher d’abord le Royaume des Cieux, c’est un état d’âme avant d’être une action operatio sequitur esse. On peut peiner à la journée pour le gain d’une maigre pitance et chercher, dans ce labeur, avant tout le Royaume. Cela dépend de ses motifs, du cœur qu’on porte, de la passion qui anime. On peut être gérant d’une grosse entreprise, ou peut être politique en vue (non pas politicien), et que sais-je ? et chercher d’abord le Royaume. Il s’agit toujours de connaître la passion de sa vie pour le savoir.

Ma passion

Et cette passion, ce n’est pas ce qui m’envoûte et me captive à certaines heures ; mais ce qui, acte ou pensée, occupe d’instinct mon temps dès que je suis libre, dès que je veux me reposer, dès que je cherche une détente.

Aussi les critères principaux d’une activité vraiment centrée sur ce qui est, sur ce qu’il faut, nous paraissent-ils être :

  1. La joie de profiter de tous les moments de répit que laisse le devoir d’état, pour pleurer, souffrir, prier, aimer partout où est le Christ ici-bas : à la messe, au pied du tabernacle, auprès du prêtre (alter Christus), auprès des faibles et des pauvres ("Ce que vous ferez à l’un de ces petits... J’avais faim… j’avais soif… j’étais nu... ) ;
  2. La douleur profonde d’un cœur broyé dans l’engrenage d’un monde social sans âme, d’un monde qui ne nous permet pas de goûter la solitude près du Maître ; qui ne nous permet pas de communier quotidiennement, pour avoir tous les jours la nourriture spirituelle nécessaire à la Vie comme nous avons la nourriture matérielle nécessaire à la vie ; qui ne nous le permet pas, dans la nécessité où nous sommes de bloquer tout notre temps dans la lutte pour la subsistance : l’homme est au service de l’économie splendide que l’on connaît.

Voir tout le réel

La charité est l’unique nécessaire comme cause impérante ; c’est-à-dire que le mobile définitif de tout acte du chrétien ne peut être que l’amour de Dieu. De telle sorte et à tel point qu’il ne peut même pas fumer en paix, s’il ne peut le faire pour l’amour de Dieu. Le pauvre ! "Il ne peut se reposer que sur la croix !"

Dans l’ordre des réalisations matérielles, les autres mobiles, infravalents, dirions-nous, à ce mobile absolument premier, à cette fin ultime, seront des causes impérées, matérielles, formelles ou finales, d’une finalité relative, fins dernières dans leur ordre.

Ainsi, la cause finale de l’économique, dans une nouvelle chrétienté, serait le bien-être commun temporel, i.e. la suffisance des biens temporels pour tous et chacun. La cause formelle serait l’organisation corporative. La cause matérielle, les activités économiques en général. La cause efficiente, les hommes compétents dans les différents domaines de l’économique, et dont les activités temporelles "seraient surélevées, dans leur ordre propre, par les énergies du ferment chrétien". (Maritain.)

Et toutes ces causes sont nécessaires, et leur exigence est formulée dans la transcendance du Premier Nécessaire : aimer Dieu et le prochain pour l’amour de Dieu.

L’argent

Et ce n’est pas tout, ce n’est pas tout le nécessaire à une vie sociale humaine normale.

En effet, l’homme n’est pas un pur esprit, mais il est substantiellement matière. Il a un corps. Cet état charnel postule une constellation de conditions nécessaires à l’efficience des causes susmentionnées.

Et c’est ici que surgit un des points les plus névralgiques d’une doctrine sociale complète, sans aucune fuite de la base au sommet. Nous avons nommé le problème monétaire, le problème de l’argent, de l’argent qui est à la fois tout et rien, qui ne peut rien et qui peut tout ; l’argent dont Léon Bloy osait présenter la toute-puissance et la souveraineté concrètes comme une image renversée, à rebours, une singerie du Sang du Christ.

Quelle est l’importance exacte de ce facteur argent, dans la question sociale ? Quelle est sa place précise dans la hiérarchie des causes ?

Si nos faibles moyens ne nous permettent pas de les déterminer de façon définitive sans doute, nous espérons tout de même qu’ils auront jeté quelque lumière sur la question.

Nous avons distingué les quatres causes de l’économique dans un ordre social de climat chrétien, possible sous notre ciel historique. La monnaie n’y entre pas : elle est simplement une condition nécessaire au fonctionnement de ces causes.

Si c’est là, en toute justice, ramener le rôle de la monnaie à ses justes proportions métaphysiques, ce n’est pas minimiser son rôle pratique. Il y a bien, en effet, un primat pratique de l’argent.

N’entendons-nous pas la même plainte dans toutes les bouches, dans celle du père qui ne peut faire instruire ses enfants ou même les nourrir convenablement, comme dans celle du missionnaire qui nous entretient de ses missions, ou dans celle de l’apôtre social qui caresse de magnifiques projets de servir : "Pas d’argent ! Pas d’argent !"

Ouvrez les journaux, c’est le même refrain : dettes, déficits, emprunts, impôts, taxes. On n’a pas d’argent. Et sur le plan international : on espère en fin de compte tenir l’Allemagne, en tombant ses devises, ses titres aux marchandises. De plus, si le bolchevisme était d’abord une idée, un système, Lénine peut le réaliser grâce à l’argent de banquiers new-yorkais.

Il serait trop simple de poursuivre l’énumération de tous les faits analogues qui jonchent le champ de l’histoire contemporaine. C’est clair : l’argent, de soi, en langage strict, ne réalise pas, mais il est le pont qui relie l’abstrait au concret ; il est la jetée qui permet de passer de l’ordre d’intention à l’ordre d’exécution, le viaduc entre la terre des conceptions et la terre des réalisations. Il est ainsi un catalyseur singulièrement efficace.

Un primat de la monnaie ?

Le matérialisme historique présente l’économique comme cause principale de l’évolution des sociétés. C’est assurément faux ; mais n’est-ce pas une réaction excessive contre l’idéalisme patent de beaucoup de nos conceptions sociales ? Et le racisme aryen ne pourrait-il être la réaction de la nature contre le racisme de l’argent ? Ne serait-il pas la reprise du sang humain, charnel, sur le sang bâtard rothschildien ?

Pour notre part, l’argent étant le sang de l’organisme économique, nous croyons que les événements actuels corroborent la justesse de cette réflexion d’un banquier international :

"Qu’on me donne le contrôle de la monnaie d’une nation, et je me fiche de ceux qui font les lois de cette nation." (Mayer A. Rothschild.)

Quelle n’est pas alors la puissance de ceux qui contrôlent, par le crédit, la monnaie du monde ? Il est très juste de le dire :

"Sans leur permission, nul ne peut plus respirer." (Quadragesimo Anno, E. S. P. III, 1.)

C’est bien, à défaut d’un terme plus adéquat, le primat pratique de l’argent. Peut-être pourrions-nous dire le primat fonctionnel de l’argent, puisqu’il est devenu habituel de comparer le corps social au corps humain. Il faudrait, dans tous les cas, un terme qui ne minimise pas l’importance capitale d’une monnaie saine et qui ne prête à aucune équivoque matérialiste. Nous croyons que, en langage strict, l’expression primat pratique doit être réservée à la volonté.

Et, pour la plupart d’entre nous, nous sommes encore à nous demander si la question monétaire n’est pas, après tout, secondaire ! C’est à désespérer des "enfants de lumière".

Théophile Bertrand

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