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Testament politique du Maréchal Pétain

le samedi, 15 juin 1946. Dans Éditorial

(Reproduit du "Devoir" du 1er juin 1946)

Prison de Portalet, 21 août 1945

Français,

Je veux vous adresser un dernier message et faire à l'Histoire une ultime confession.

Vingt-deux ans après avoir été la première nation militaire au mon­de, la France subissait, par la faute des tares de son régime politique, l'une des plus écrasantes défaites qu'elle ait connues. Les hommes de ce régime, effrayés des conséquen­ces de leurs actes, et fuyant devant leurs responsabilités, me suppliè­rent de prendre leur place.

Ayant, toute ma vie, servi la Pa­trie et répondu à tous ses appels, j'acceptai de servir encore tant qu'il me resterait un souffle de vie, et fis don de ma personne à la France pour atténuer son malheur.

La situation m'imposait deux tâ­ches : d'une part, défendre la Fran­ce contre le vainqueur ; d'autre part, réagir contre les causes pro­fondes et permanentes de décaden­ce qui faisaient que nos victoires étaient sans lendemain et qui para­lysaient les efforts des meilleurs de ses fils.

Une nation qui se laisse entraîner aux discordes civiles par l'idéologie démocratique est une nation en péril de mort ; une société où l'on compte les voix au lieu de peser les avis, où l'on additionne les individus au lieu de hiérarchiser les familles, est une société condamnée. L'héroïs­me de ses enfants ne saurait, fina­lement, l'emporter sur l'action des causes générales qui font la gran­deur ou la décadence de tout grou­pe humain.

J'ai voulu ramener progressivement la France à des conditions de vie naturelles par la sup­pression de la lutte des classes, de l'indiscipline individualiste, de l'Étatisme centralisateur et bureaucratique. J'ai indiqué dans mes messages la direction nécessaire. J'ai chargé mes minis­tres de prendre des mesures en conséquence. Mais, tout de suite, j'ai rencontré l'opposition des occupants. Ceux-ci ne se contentèrent pas de nous imposer, par la force, des humiliations et des privations contre lesquelles mon gouver­nement a toujours protesté ; ils contrecarraient tous mes efforts pour faire passer dans les faits la Révolution Nationale que j'avais proclamée et qui se définissait par les trois termes : TRA­VAIL, FAMILLE, PATRIE.

L'Histoire reconnaîtra comment, sans armes, j'ai défendu la France à Vichy comme je l'avais défendue par les armes à Verdun ; elle dira tout ce qui a été épargné aux Français.

L'ennemi a été chassé de notre sol parce que, une fois de plus, sa barbarie et son manque de mesure ont soulevé contre lui une coalition uni­verselle à laquelle il ne pouvait résister. C'est en prévision de cette délivrance que j'ai voulu, dans la mesure du possible, sauvegarder la Patrie. Aurait-on souhaité que la Victoire ne délivre qu'un cimetière ?

Aujourd'hui, les Français, libérés d'une occu­pation atroce, regardent vers l'avenir. Mais, au jour de la libération, les Allemands m'avaient emmené en captivité pour que le pays, privé de son Chef, soit livré à des ambitieux sans scru­pules. Ceux-ci se sont hâtés de jeter bas les premières fondations du redressement français que j'avais établies malgré l'occupant : CHAR­TE DU TRAVAIL, CORPORATION PAYSAN­NE, et ils répudiaient la doctrine clairement exprimée de mes messages qui fixait la voie par laquelle la France peut renaître.

Si j'ai voulu rentrer en France, ce n'était pas pour me justifier. C'était pour prendre ma place à la tête des martyrs qui, pour le seul crime d'avoir obéi à mes ordres légitimes, sont torturés dans les prisons selon des méthodes héritées de la Gesta­po et exécutées à l'aube de la révo­lution marxiste. C'était aussi pour dissiper le lourd manteau d'équivo­que et de mensonge qui pèse sur le pays. En venant à la rencontre d'une condamnation certaine pro­noncée par un jugement de fac­tieux, contre lequel je n'ai même pas protesté, j'ai voulu faire éclater à tous les yeux que les maîtres actuels du pouvoir cachent sous des mots menteurs une odieuse ty­rannie.

Tous les moyens normaux d'ex­pression m'étaient refusés comme ils sont refusés aux Français qui n'acceptent pas d'applaudir à ce retour du funeste "front populaire" dans les fourgons de l'étranger. C'était le seul et dernier moyen de servir la Patrie qui me restait. Je ne pouvais le déserter.

Je suis venu subir l'injustice pour que les consciences droites sachent que c'est l'injustice qui règne sur la France.

Français ! J'ai fait pendant qua­tre années tout ce qui était en mon pouvoir pour sauvegarder les chan­ces nationales et pour montrer la voie. Je sais, et je dois le recon­naître en ce dernier message, que l'âge m'avait ôté la force de domi­ner les circonstances. Je n'ai pu que vous indiquer de quelle manière les

dominer. L'ennemi imposa à mes côtés des hommes qui ne voulaient pas entendre ma voix, et c'est ainsi que mes directives ne furent pas suivies.

Mais qu'il ne soit plus question de ma per­sonne. J'ai confié mon honneur à l'Histoire et j'affirme que les accusations honteuses portées contre moi n'atteignent que ceux qui les pro­fèrent.

*    *    *

Vous devez maintenant surmonter votre dou­leur et votre angoisse pour que vos fils n'aient pas à rougir de la Patrie. Il serait affreux qu'au sortir de ces douloureuses années, le communis­me puisse l'emporter. Vous avez à vous grouper résolument pour éventer ses pièges et lui faire échec. C'est en prenant toujours avec énergie le contre-pied des consignes données par les hommes du bolchévisme que vous finirez par triompher de ce péril. Au milieu des ténèbres présentes, c'est la plus sûre manière de guider votre nation, qu'il s'agisse de vote ou de propa­gande.

Vous avez ensuite à vous souvenir des grands principes qui régissent les États prospères, et selon lesquels nous avions ensemble, dans l'en­thousiasme et au milieu des acclamations, posé les fondements de la France renaissante : le refus de la lutte des classes marxistes, la paix sociale par l'organisation corporative du travail, la primauté morale et politique de la famille qui ruinerait tout étatisme, et l'amour de la Patrie dont les destinées ne doivent pas être dans les mains de politiciens tarés et de factieux sanglants.

Il faut que dans l'État une ferme autorité vienne d'en haut ; mais il faut, en bas, les liber­tés réelles que peuvent seules donner une décen­tralisation effective et le respect de l'initiative privée sur tous les terrains : professionnels, sociaux, régionaux, où elle s'exerce légitime­ment. Il faut enfin que l'autorité politique respecte les libertés spirituelles et la liberté de l'enseignement que met en péril la tyrannie démocratique.

*    *    *

Français, au fond de vos tristesses, peut-être de votre découragement, entendez ma voix, méditez mes paroles.

Vous subissez l'oppression détestable des pires, vous êtes plongés dans la nuit. Mais si vous êtes fidèles au testament que je vous laisse, et si votre persévérance sait mériter de Dieu son aide toute puissante, vous verrez, je vous l'affirme, renaître une aurore.

Philippe PÉTAIN

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