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Pour l'intégrité des petites nations ?

le vendredi, 15 février 1946. Dans Éditorial

On s'est battu pour que les gros cessent de manger les petits. C'est du moins ce qu'on nous disait pour donner du cœur à l'enrôlement. La Pologne avait été envahie par l'Allemagne : l'humanité civilisée devait se mettre debout comme un seul homme pour dé­fendre le droit contre la force.

Un jour, deux chefs de grandes nations sortent des brumes de l'Atlantique, avec l'auréole d'un Moïse sortant des feux du Sinaï. Moïse avait apporté au peuple de Dieu les Tables de la Loi. Eux apportaient au monde la Charte de l'Atlantique. De quoi galvani­ser tous les amants de la liberté.

La Charte promettait solennellement :

    1) Qu'aucune nation ne devrait plus chercher de changements de territoires qui ne seraient pas en accord avec la volonté clairement exprimée des populations intéressées ;

    2) Que les droits souverains et le gouvernement libre seraient rendus à ceux qui en avaient été dépouillés par la force.

* * *

On s'est battu pour ces principes.

Demandez à la Pologne d'aujourd'hui où est le respect de ses frontières. Demandez-lui ce qu'on a fait de son gouvernement légi­time. Mais le violateur en 1939 s'appelait Hitler. En 1945, il s'ap­pelle Staline. Contre Hitler, le monde démocratique se levait. De­vant Staline, le monde démocratique rend hommage.

Demandez à la Lithuanie, à la Lettonie, à l'Esthonie, ce qu'on a fait de leurs frontières et de leur indépendance. Mais le violateur, c'est encore le brigand de Moscou :

Vous leur fîtes, seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur.

Demandez à la Bulgarie, à la Roumanie, à la Hongrie, à la Slo­vaquie, à la Yougoslavie, qui leur impose un genre de gouverne­ment dont elles n'avaient jamais voulu goûter. Mais c'est toujours Moscou qui prend les devants et s'impose.

Les petites nations sont plus que jamais la pâture des grosses qui les convoitent. Elles n'ont rien à dire. On a bien un organisme des Nations-Unies ; mais ce sont les cinq grosses, ou plutôt les trois grosses qui mènent et s'arrogent tous les droits.

Pourvu que les grosses ne touchent qu'aux petites, on les laisse faire. C'est seulement si une grosse donne un coup de dent à une autre grosse, qu'on entend des protestations. Ainsi lorsque la Russie accuse l'Angleterre. Quelle audace ! Après que l'Angleterre a eu la complaisance d'abandonner la Pologne à Staline, Moscou ose reprocher à l'Angleterre de maintenir des troupes en Grèce et à Java.

Pour lors, le Lion britannique se révolte et Bevin déclare pu­bliquement :

"Moscou et le communisme sont les plus grands dangers pour le monde".

Pourquoi le Kremlin est-il un danger mondial lorsqu'il donne un coup d'épingle à l'Angleterre, et pas un danger du tout lorsqu'il dévore la Pologne ?

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