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Où mènent les grèves ?

Louis Even le lundi, 01 juillet 1946. Dans Éditorial

Tout le monde se plaint du coût de la vie. Tout le monde, ex­cepté peut-être les hauts bureaucrates, Gordon & Cie, qui s'obsti­nent à dire que, grâce à eux, le coût de la vie ne monte pas.

Et parce que la vie est chère, les ouvriers demandent des aug­mentations de salaires. Ils s'associent, puis se mettent en grève pour obtenir leur augmentation.

Après des semaines de chômage volontaire, ils gagnent, en tout ou en partie.

Les résultats sont-ils en rapport avec le moyen pris ? Voyons un peu.

Au salaire augmenté, les ouvriers devront travailler pendant trois mois, six mois, ou même davantage, avant que l'augmenta­tion ait seulement compensé pour le temps perdu.

L'augmentation obtenue entre dans les prix de revient de leurs produits, ce qui rend la vie encore plus chère pour ceux qui doivent acheter ces produits.

La grève a créé la rareté du produit. La rareté du produit con­tribue elle aussi à en hausser le prix.

Les industries modernes étant interdépendantes, une grève dans un secteur cause du chômage dans d'autres, qui ont besoin des produits du secteur en grève pour leur propre production.

Tout cela crée donc une augmentation générale du coût de la vie avec une déficience de pouvoir d'achat en maints endroits.

Ces nouvelles conditions pousseront d'autres groupes organi­sés à réclamer à leur tour des augmentations de salaires et à faire la grève, avec les mêmes résultats.

Nous passons sous silence l'atmosphère favorable que ces dé­sordres offrent au ferment communiste. Et aussi l'intervention ap­paremment nécessitée du gouvernement, les saisies d'usines, qui acheminent droit vers le socialisme d'État.

Pendant que patrons et ouvriers se chicanent ainsi, deux groupes ne figurent pas au tableau :

1. — Le groupe des consom­mateurs, qui paie les pots cassés par l'augmentation des prix et la privation des produits absents ;

2. — Le groupe des financiers qui sont la première cause de l'inégalité entre les prix et le pouvoir d'achat.

Jetez, au-dessus des salaires actuels, un dividende à tous pour établir l'équilibre entre le pouvoir d'achat déficitaire et les prix, un dividende qui n'entre point dans le prix de revient puisqu'il n'est pas payé par l'employeur : vous aurez du coup satisfait l'ouvrier et le patron — et aussi le consommateur. Le financier, le maître actuel de l'argent, y perdra peut-être son pouvoir de contrôle souverain. Ce sera tant pis pour sa puissance tyrannique, tant mieux pour son âme et surtout tant mieux pour la société.

Louis Even

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