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Le soleil et le fanal

le vendredi, 01 novembre 1946. Dans Éditorial

Orthodoxus, expert économiste, nous passe son message :

"N'ayez rien à faire avec le Crédit Social : ce soleil est cou­vert de taches. Si vous voulez voir clair, ralliez-vous à mon fanal. Voici des siècles que ce fanal éclaire le monde, et c'est pour cela que le monde va si bien."

En effet, le monde va bien ! En effet, le fanal d'Orthodoxus tient les esprits dans la voie droite ! La logique d'Orthodoxus illu­mine toute la vie économique. Voyez plutôt :

Les pays s'endettent à mesure qu'ils se développent ;

Les hommes perdent leur sécurité et leur liberté, à mesure qu'ils inventent des machines et des procédés nouveaux pour se libérer du labeur et augmenter leur production ; Orthodoxus veut régler le pain sur la table d'après l'or extrait de la terre, et non d'après le blé sorti des champs ;

La production doit aller d'après l'argent, et non l'argent d'après la production ;

L'argent pour acheter fait défaut quand les magasins sont pleins à déborder ;

L'argent pour acheter vient en abondance lorsqu'on détruit au lieu de produire ;

Un pays est riche, dit Orthodoxus, lorsqu'il passe ses biens aux voisins ; il s'appauvrit lorsqu'il a le malheur d'accep­ter les biens de ses voisins ;

Pour ne pas avoir à souffrir du chômage, mettez de l'argent de côté, n'achetez pas et laissez les produits s'accumuler ;

Si les produits s'accumulent — et ils doivent bien s'accumu­ler si l'on se prive d'acheter — il faut quand même tra­vailler : l'embauchage intégral est la seule planche de salut ;

Il reste toujours une ressource pour maintenir l'embauchage intégral quand il y a abondance de produits : une bonne guerre pour détruire en masse ;

Plus les hommes inventent de machines et de moyens massifs de production, plus ils doivent faire des guerres fréquen­tes et destructives : l'embauchage intégral l'exige.

* * *

Et dire que le Crédit Social ose défier les règlements sacrés d'Orthodoxus !

Le Crédit Social ose demander que l'argent soit le serviteur de la production, au lieu d'en être le contrôleur.

Le Crédit Social ose demander que les hommes jouissent de loisirs lorsque les machines travaillent pour eux.

Le Crédit Social pousse l'effronterie jusqu'à demander un di­vidende périodique pour tous et chacun, ce qui aurait le tort im­pardonnable de faire des hommes libres au lieu d'hommes esclaves.

Le Crédit Social dépasse toutes les bornes du bon sens, lors­qu'il essaie de faire comprendre à un peuple sans diplômes des no­tions qui ne sont claires que quand elles sont bien compliquées.

* * *

Orthodoxus en appelle au ciel, à l'enfer, à la religion, à la mo­rale.

Si les hommes ne sont pas attelés du matin au soir pour ga­gner leur vie matérielle, comment vont-ils faire pénitence ?

Si les hommes ont de l'argent, comment vont-ils s'empêcher de mal faire ? Ne doit-on pas reconnaître que les régisseurs de l'ar­gent sont bien plus utiles au salut que tous les sacrements, toutes les grâces, tous les ministres de Dieu ?

Le Crédit Social est dangereux, parce qu'il profane le saint des saints de la finance, et parce qu'il se permet d'envahir le fief sacré d'Orthodoxus.

Pour l'amour de votre âme, supplie Orthodoxus, voilez donc ce soleil et ne reconnaissez que la seule lumière de mon illustre fanal.

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