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Générosité et mesquinerie

Louis Even le lundi, 15 juillet 1946. Dans Éditorial

L'Honorable Ilsley, ministre des Finances, en présentant son budget à la Chambre des Communes, annonce les adoucissements suivants à l'impôt sur le revenu :

Exemption jusqu'à $750 (au lieu de $660) pour les célibataires ;

Exemption jusqu'à $1,500 (au lieu de $1,200) pour gens mariés.

Tout en accueillant bien ce commencement d'attention aux demandes générales des payeurs d'impôt, on ne peut s'empêcher de constater avec quelle mesquinerie le gouvernement y va lorsqu'­il s'agit d'atténuer le vol légalisé qui écrase le public. Avec l'aug­mentation du coût de la vie, on se demande si ce que le gouverne­ment laisse au consommateur cette année vaut réellement mieux que ce qu'il lui laissait l'année dernière.

Le niveau établi par Ilsley revient à dire au consommateur : "Le gouvernement reconnaît que le célibataire a besoin de $750 par an, et le couple marié de $1,500 par année, pour vivre convenable­ment. Le reste est du surplus qu'il faudra partager avec le gouver­nement."

Nous serions curieux de savoir lequel de nos députés trouve­rait que, pour lui-même, $750 couvrent le nécessaire, et qu'avec une femme il vit convenablement avec $1,500 par année. Nous n'en­trons pas dans les détails des allocations consenties pour les en­fants : la mesquinerie y est encore plus frappante.

À la dernière session fédérale, le gouvernement eut un geste de générosité, mais ce ne fut point pour le grand public, ce fut pour les députés, rien que pour les députés. Il porta leur indemnité de $4,000 à $6,000 par année, et l'augmentation fut complètement exempte d'impôt.

Les députés n'hésitèrent pas une minute à se voter cette aug­mentation et cette exemption d'impôt. Ils ne crurent point que cela causerait de l'inflation. Ils ne crurent point, non plus, que cela pri­verait le gouvernement des revenus dont il a besoin pour adminis­trer le pays.

Pas du tout. Le député pose volontiers à terre le sac d'impôts, lorsque c'est lui qui le porte. L'électeur, lui, doit garder le sien et en plus, pour entretenir le Trésor, doit ajouter à sa charge celle dont le député ne veut plus.

Après la session de l'an dernier, un petit groupe de citoyens canadiens, un tout petit groupe, pouvait dire : "Le session qui vient de finir a été bonne, elle a amélioré notre sort." Ce petit groupe, c'était celui des 245 qui siègent à la Chambre des Communes et font les lois pour le pays — ou plutôt pour eux-mêmes sur le dos du pays.

La session de 1946 va finir dans quelques semaines. En quoi aura-t-elle amélioré le sort de l'ouvrier, du cultivateur, du colon, du pêcheur, du collet-blanc, du professionnel ? À quoi auront servi les discours faits à Ottawa et les dépenses de la nation pour payer tout ce verbiage ? Serons-nous mieux après cette session qu'aupa­ravant ?

L'Union des Électeurs, qui constate la grande générosité des députés pour eux-mêmes et l'extrême parcimonie du gouverne­ment pour la masse des citoyens, va continuer ses pressions, et va continuer de grossir ses effectifs, pour faire comprendre au gou­vernement et au parlement qu'il y a d'autres personnes que les élus du peuple qui ont besoin de vivre convenablement dans un pays si riche qu'il entreprend de nourrir toute l'Europe, même avec des centaines de mille chômeurs chez lui.

Le député est-il élu pour servir ses électeurs ou pour se servir lui-même ?

Louis Even

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