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Conférence fédérale-provinciale

le lundi, 15 avril 1946. Dans Éditorial

Baptiste a bien travaillé et peiné toute une année. Il trouve sa consolation dans le fruit de son travail.

Mais pendant qu'il emporte péniblement son bien, deux ban­dits le guettent.

Désaccord entre les bandits. Désaccord, non pas pour savoir s'il faut épargner ou dévaliser Baptiste. Mais désaccord pour sa­voir qui aura le privilège de le mettre à sec.

—  C'est à moi qu'il appartient de faire le coup, dit le bandit provincial.

— Non, c'est à moi, dit le bandit fédéral.

— Au nom de l'autonomie, j'ai les premiers droits sur les biens de Baptiste, reprend le bandit provincial.

— Laisse-moi faire, freluquet, grogne le bandit fédéral. Je me charge de l'arranger, ton Baptiste. Après quoi, je te passerai une partie du butin. Pourquoi être deux à piller, quand l'ouvrage peut être fait par un seul ? Six années d'exercice m'ont appris à venir à bout de tous les Baptistes du pays. Ne te plains pas, mon petit pro­vincial, tu ne perdras rien ; pendant que tu croiseras tranquille­ment les bras, je ferai la rafle pour toi comme pour moi. Combien veux-tu pour m'abandonner le privilège exclusif de piller les gens ? $12, $15, $16 par victime ?

* * *

N'est-ce pas là tout le sens de la Conférence entre le fédéral et les provinces ?

Si elle doit reprendre ses séances dans la semaine de Pâques, c'est parce que, au cours des deux séries de séances précédentes, les petits bandits ne se sont pas encore entendus avec le gros bandit sur la part qui doit leur être remise.

Oh ! ils ne s'appellent pas bandits entre eux, ni dans les rap­ports transmis par les journaux. Seul dans la province de Québec, Vers Demain ose appeler voleur celui qui vole le bien des autres, même quand ce voleur est un homme élu par les victimes.

Le bandit fédéral manie un vocabulaire mielleux :

"Je vole Baptiste, c'est pour lui donner sa sécurité sociale. Pour qu'il comprenne bien que sa sécurité vient de moi, il faut que je commence par la lui enlever. C'est pourquoi je lui enlève ce que les trusts lui ont laissé. Je lui pompe ses piastres, il lève les bras vers le Ciel ; puis je lui rends des sous, et il me prend pour la Provi­dence secoureuse.

"Vous ne comprenez pas ? C'est pourtant élémentaire. Baptis­te a gagné de quoi s'acheter un pain. S'il achète et mange ce pain, il louera Dieu et son propre travail. J'interviens, je le taxe, je vide sa poche. Le voilà sans pain. Je reviens et lui apporte, de quoi ache­ter un demi-pain. Il va manger ce demi-pain en louant Dieu et le gouvernement pour son magnifique plan de sécurité sociale".

* * *

Tout cela paraît outré ? Mais pas du tout. Quand est-ce que les représentants des provinces et ceux du Dominion se sont rencon­trés pour décider d'augmenter les revenus des citoyens ?

Quand est-ce qu'un gouvernement, soit d'Ottawa, soit de Qué­bec, a distribué un dollar sans avoir commencé par le prendre dans la poche des citoyens ? Et comme il faut payer des bureaucrates pour l'extraction et la distribution, l'extraction est toujours plus grosse que la distribution ?

Quand est-ce que des gouvernements se sont réunis pour aug­menter la liberté des citoyens, pour voir au moyen de leur ficher la paix, pour conclure qu'il vaut mieux laisser les citoyens adminis­trer eux-mêmes leur revenu, tout leur revenu ?

    • * *

La taxation moderne est un vol, parce qu'elle diminue le pou­voir d'achat en face de production non utilisée.

Et puisque la taxation est un vol, les taxeux sont des voleurs.

Lorsque ces voleurs tiennent des conciliabules, ce n'est jamais pour renoncer à leurs vols, mais tout au plus pour décider de la priorité des assaillants et du partage du butin.

Quant au citoyen, qu'il soit pillé par le Fédéral ou par le Pro­vincial, il est bel et bien pillé. Les appels à l'autonomie ne signi­fient pas grand'chose quand ils ne signifient pas d'abord l'autono­mie de la personne et le respect de sa propriété et de sa liberté.

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