EnglishEspañolPolskie

Le Gordonnisme

le dimanche, 01 décembre 1946. Dans Débats de société

Donald Gordon tient aux contrôles. Les con­trôles sont nécessaires, Gordon dixit. Et ce n'est pas le gouvernement, ce n'est ni le premier-minis­tre, ni le ministre des approvisionnements, qui se chargent de défendre auprès du public la politi­que des contrôles. Non, c'est le contrôleur lui-mê­me, Donald Gordon, simple fonctionnaire, sur le­quel le peuple n'a aucun pouvoir d'élection ou de renvoi, c'est lui qui prend la radio, payée par le peuple, pour dire au peuple que le gordonnisme est une chose salutaire.

Gordon nous annonce que le sucre restera ra­tionné pendant une année ou deux.

Ainsi, Gordon sait d'avance s'il y aura ou s'il n'y aura pas de sucre. Serait-il celui qui rend le sucre abondant ou rare à son gré ? On se demande par­fois où diable va le sucre. Il y avait trop de sucre partout avant le régime des contrôles. On le dé­truisait. La canne à sucre a-t-elle cessé de croître ? Les raffineries sont-elles fermées ? Qui les a fer­mées ?

Quelqu'un nous disait récemment que c'est sans doute le manque de bateaux pour transporter le sucre qui empêche le Canada d'en avoir. Le sucre brut resterait empilé dans les entrepôts des pays producteurs. Non ; ce n'est pas croyable, puisque la marine marchande du Canada, qui n'avait que 37 bateaux en 1938, en compte maintenant plus de 200. Les Allemands ont eu beau en couler une cinquantaine, les chantiers maritimes dépassaient la destruction. Et aujourd'hui, on chôme dans ces chantiers, justement parce qu'on a assez ou trop, de bateaux.

Où donc va le sucre, et pourquoi manque-t-il ? Pourquoi ne reparaîtra-t-il que dans une année ou deux ?

*    *    *

Le sucre n'est d'ailleurs pas le seul produit qui manque sous le système de dirigisme introduit par des cerveaux supérieurs. Ces cerveaux ne sont-ils supérieurs qu'en incompétence ? Ou bien pour­suivent-ils délibérément une politique de rareté des produits ?

Peut-être Donald Gordon calcule-t-il qu'il fau­dra encore une année ou deux pour extraire du pu­blic l'argent mis en circulation pendant la guerre. Une fois la rareté d'argent revenue, on n'aura plus besoin de rationner les produits. Les Canadiens fe­ront pénitence sans coupons de rationnement, comme avant la guerre.

Il ne faut pas oublier que Donald Gordon est, avant tout, un banquier. Il sait parfaitement com­ment fabriquer et comment détruire l'argent. C'est un homme de piastres, plus qu'un homme de sucre, de beurre ou de viande.

Gordon est même un banquier parfait. Il ne sait pas seulement comment faire et défaire l'argent ; il sait aussi comment rendre l'argent inutile au moyen de coupons obligatoires pour s'en servir. Ce sont ces qualités de contrôleur du pouvoir d'achat du public qui l'ont désigné pour la position suprême qu'il exerce depuis quelque années.

Vous vous êtes sans doute souvent demandé pourquoi, avant la guerre, des milliers de Cana­diens manquaient d'argent et ne pouvaient ache­ter les produits tant désirés qui s'entassaient sous leurs yeux. Dans ce temps-là, Gordon ne ration­nait pas les produits. Le rationnement des piastres suffisait ; or, la main de Gordon était dans le ra­tionnement des piastres.

Sortez de votre poche un billet d'un dollar. Exa­minez le côté où se trouve la figure du roi.

En voici un, bien authentique, le numéro R/L­1074094e. Lisons :

"La Banque du Canada paiera au por­teur sur demande Un Dollar — Ottawa, 2 janvier 1937".

Ce billet, qui date de la période de crise, de la période du manque d'argent, porte deux signatu­res : G. F. Towers, du côté gauche du roi ; D. Gor­don, du côté droit.

Ce D. Gordon, c'est Donald Gordon, le même qui aujourd'hui rationne les produits et prêche les Canadiens.

Puisque l'argent, et seul l'argent, manquait à cette époque, pourquoi Donald Gordon et Graham Towers ne faisaient-ils pas mettre un 2, un 5, ou même un 10, à la place du 1, sur ce billet ? Fal­lait-il, alors aussi, continuer le rationnement des piastres pendant une couple d'années ? Fallait-il attendre que les hommes civilisés se sautent à la gorge les uns des autres, pour lever le rationne­ment des piastres ?

Vraiment, on n'a pas pendu les pires bandits à Nuremberg. Les plus néfastes portent encore cra­vate et redingote et contrôlent à leur gré le niveau de vie de l'humanité.

Gordon nous dit : Grâce aux méthodes d'achats globaux, de subventions et de rationnement, les Canadiens suivent un régime alimentaire plus équilibré et plus abondant qu'à aucun autre mo­ment de leur histoire.

Voyez-vous cela ? C'est le planisme.

Les faiseurs de plans s'imaginent savoir mieux que vous ou moi ce qui est bon pour vous et pour moi. Ils savent mieux que nous ce que nous devons manger et ce que nous ne devons pas manger, la quantité que nous devons prendre et la quantité que nous devons éviter.

C'est pour notre bien ! Nous sommes des êtres sans raison, incapables de prendre des décisions saines. Les planistes décident pour nous.

Régime de l'écurie : nous sommes de plus en plus les animaux domestiques du gouvernement ; les bureaucrates se chargent de décréter quelles mou­lées balancées servir à ces bonnes bêtes de somme.

Le pays n'est pas gouverné par Mackenzie King et son cabinet. Il est gouverné par le tsar Gordon et les planistes à la tête de commissions que nous payons de nos taxes. Quant aux ministres et aux députés, ils marchent au doigt. Leur présence ne sert qu'à faire croire que nous sommes en démocra­tie. Aussi députés et ministres, une fois élus, ont-ils soin d'avoir le moins possible de contacts avec les électeurs qu'ils trahissent.

Il est plus que temps de mettre fin à cette poli­tique de valets, en montant une Union des Électeurs qui forcera les politiciens à remplir leurs fonctions et à bannir de chez nous l'économie du rationnement perpétuel.

Poster un commentaire

Vous êtes indentifier en tant qu'invité.

Panier

Dernière parution

Infolettre & Magazine

Sujets

Faire un don

Faire un don

Aller au haut
JSN Boot template designed by JoomlaShine.com