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La griffe sur le logement

le vendredi, 01 novembre 1946. Dans Débats de société

S'il y a des matériaux à construction pour les compagnies d'État, pourquoi n'y en a-t-il pas pour les constructeurs privés ? Veut-on faire mou­rir les petits propriétaires et aller au monopole ou au socialisme d'État dans l'industrie du logement ?

Le gouvernement fédéral a fait une loi pour fa­ciliter l'entreprise du bâtiment, en endossant des avances de crédit pour une partie importante du coût. Mais, dans l'application pratique, cette loi sert à favoriser les gros beaucoup plus que les pe­tits. Avant de pouvoir bénéficier de la loi, il faut commencer par se procurer un terrain, et les prix sont prohibitifs.

Les députés s'entremettent entre le gouverne­ment et les villes pour faire opérer la loi d'aide au logement. Et dans cette entremise, ils trouvent moyen de mousser les intérêts de grosses compa­gnies.

On a un exemple de ce jeu dans ce qui vient de se passer à Québec.

La ville de Québec avait 100 lots à vendre dans le quartier du Saint-Sacrement. Elle les met en vente aux enchères, mais en y plaçant des condi­tions qui rendent l'achat inaccessible à l'humble citoyen. D'après ces conditions, les 100 lots doi­vent être achetés en bloc, et l'acheteur doit s'en­gager à y ériger pour $200,000 de logements.

Quel est le citoyen qui peut se porter acquéreur ?

Qu'est-il arrivé ? C'est la Housing Enterprise — une compagnie d'État — qui obtient l'enchère, au prix de $18,000. Cela fait seulement $180 par lot.

On aurait facilement trouvé 100 citoyens pour acheter chacun un lot à $180. Mais on élimine automatiquement les 100 citoyens par l'obligation de l'achat en bloc.

Résultat : une compagnie puissante paie $180 le lot qu'un modeste ouvrier de Québec doit payer $800 et plus.

L'autre condition : bâtir sur les lots acquis. Bien des gens feraient encore le sacrifice de débourser assez cher pour un lot et se mettraient à bâtir, s'ils étaient sûrs de trouver les matériaux de cons­truction. Mais, lorsqu'il faut courir inutilement après le clou, le ciment, la broche électrique, et cent autres choses, qu'on ne peut avoir qu'à des prix fous sur le marché noir, ou en graissant Pierre et Mathieu pour chaque commande, cela fait dou­bler le prix de la maison, si toutefois on peut arri­ver à la finir.

Pour la Housing Enterprise, comme pour la Wartime Housing Board, ces problèmes n'existent pas. Ce sont des compagnies privilégiées, et quel­ques amis des gros bonnets de la politique, qui absorbent le matériel à construction et laissent le petit entrepreneur ou le modeste aspirant-propri­étaire en face du néant.

Et ce sont des représentants du peuple qui tra­fiquent ainsi les droits de ceux qui les paient. À remarquer que les terrains mis en vente par la ville de Québec appartenaient à la ville, donc à la collectivité des citoyens de la ville. Les gardiens de ces biens communs aux citoyens les arrachent littéralement à leurs propriétaires, pour les donner contre une bagatelle à une compagnie bien munie d'argent et de protection.

Quels sont les politiciens qui ont préparé les voies à l'acquisition de ces 100 lots par la Housing Enterprise, et combien ont-ils reçu pour leurs dé­marches de coulisses ?

Tout cela, préparé en sourdine, aurait abouti sans faire de bruit, comme bien d'autres transac­tions du même calibre, sans l'intervention, à la dernière minute, du Docteur Houle et d'une Ligue des Citoyens de Québec qui ont pris une injonction contre la ville pour l'empêcher de signer le contrat. D'un autre côté, la Chambre de Commerce, dont de gros membres ont sans doute des intérêts con­nexes au projet de la Housing Enterprise, s'est inscrite du côté de la ville contre l'injonction.

À l'heure où nous écrivons ces réflexions, les choses en sont là et l'on attend le prononcé du juge.

Il nous fait plaisir de souligner, en passant, que l'injonction fur plaidée par l'avocat Frédéric Do­njon, député fédéral de Charlevoix-Saguenay. Ro­land Corbeil, président provincial de l'Union des

Électeurs, présent à la cour, tint à féliciter M. Do­njon.

L'Union des Électeurs se déclare contre la tran­saction de la ville, peut-être pas pour les mêmes raisons qui ont motivé l'injonction, mais pour sauvegarder les droits de la propriété privée. Ces droits ne sont niés par personne ; mais on trouve moyen, dans la pratique, d'entraver leur exercice.

Il y a, en effet, dans toutes ces manœuvres, un but ; et c'est le même but qui préside aux crises ar­tificielles, au rationnement de l'argent, aux guer­res, aux contrôles restrictifs, au rationnement de la production. On veut tout simplement mettre les individus dans des situations telles qu'ils devront se jeter clans les carcans de l'État pour pouvoir vivre.

C'est au socialisme d'État, à la société-troupeau, qu'on veut conduire. Pour briser les résistances, on crée des circonstances qui amènent les citoyens à réclamer eux-mêmes la régie d'État.

L'Union des Électeurs dénonce ces manœuvres et préconise, au contraire, un ordre économique dans lequel, les personnes et les groupements libres pourront facilement poursuivre leurs fins propres, sans que l'État ait besoin de s'en mêler.

Pour étendre leurs griffes sur la vie économique, les cerveaux des monopoles ont déjà profité de dix années de crise causées par la compression dé­libérée du crédit ; puis de six années d'une guerre habilement amenée par la même clique qui cherche à contrôler l'humanité et qui sait bien que l'État de guerre est le climat idéal pour l'institution des régimes de contrôles. Ils veulent maintenant ex­ploiter la rareté des produits, rareté aussi créée délibérément pour justifier le maintien des contrô­les.

*    *

Des critiques diront peut-être que nous cher­chons à dessein des mauvaises intentions. Nous croyons qu'il faut plutôt être naïf pour penser que toutes ces choses, contraires aux aspirations de tout le monde, arrivent par hasard et que c'est par hasard qu'elles concourent au même résultat.

À qui fera-t-on croire que la crise de dix années fut causée par l'absence de soleil ou de pluie ? Ou que l'argent fondit tout d'un coup, par acte divin, dans tous les pays civilisés, au même mois de la même année 1929 ?

À qui fera-t-on croire que la guerre était voulue par les hommes et les femmes de tel ou tel pays ? On pend bien de ce temps-ci des gens qu'on accu­se d'avoir conspiré pour lancer le monde en guer­re : on pend les instruments, mais les véritables auteurs de la cabale continuent de cabaler, de pro­fiter et de recevoir des hommages.

À qui fera-t-on croire que le manque actuel de produits, dans les pays où l'on n'en manquait point pendant la guerre, est dû à des causes natu­relles ? Pourquoi est-ce quand il y a le plus de mon­de pour produire qu'il y a moins de production ? Comment expliquer que la production canadienne ne peut fournir aux besoins, lorsqu'il y a 12,000 chômeurs dans la ville de Québec et d'autres mil­liers dans d'autres villes à travers tout le pays ?

L'Union des Électeurs élève sa voix contre ce gâchis, causé délibérément par des malfaiteurs pu­blics devant la volonté desquels s'inclinent nos gouvernements.

L'Union des Électeurs réclame à hauts cris la suppression des contrôles et des commissions de contrôle qui sont les instruments de ce gâchis. Au lieu de chercher à les maintenir, en prétextant qu'ils sont nécessaires dans les circonstances, le gouvernement doit bien plutôt s'appliquer à sup­primer les causes qui, à son sens, nécessitent les contrôles.

On n'a jamais manqué de produits avant que le gouvernement et ses commissions de contrôle se mêlent de vouloir tout régenter. Les dizaines de mille bureaucrates qui empestent la vie économi­que du pays seraient bien mieux à travailler sur les fermes, dans les usines, ou simplement à se balader au soleil, où au moins ils cesseraient de mettre des bois dans les roues. Tout le monde s'en porterait mieux, et l'on aurait moins de taxes à payer, car cette vermine coûte cher aux citoyens qu'elle ronge.

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