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Lesquels Sont à la Remorque de Moscou ?

Louis Even le mardi, 01 juin 1937. Dans Cahiers du Crédit Social

L'auteur de l'article suivant  un prêtre — nous a demandé de le publier dans les Cahiers. Bien qu'il ne traite pas du Crédit Social proprement dit, nous nous rendons volontiers à ce désir, à cause de la note qu'il touche. Si l'Église n'a pas à se prononcer sur des questions purement économiques tant que la doctrine catholique ou la morale n'est pas attaquée, on s'attend tout de même à ce que les prêtres, vu leur instruction, leur esprit de désintéressement personnel et leur charité pour ceux qui souffrent, appuient les mouvements sains orientés vers l'amélioration du sort même matériel de l'humanité.

Avez-vous lu dans "Les Idées" l'article intitulé “Nos catholiques à la remorque de Moscou” ? Le titre fait peur, mais ne craignez rien, c'est une tragédie qui tourne à la comédie...

L'auteur, qui s'apprête à faire leur procès aux soutanes, aux blanches et aux noires, aux brunes et aux violettes, dès les premières lignes commence par chercher refuge sous le froc de "l'un de nos moines les plus intelligents," puis sur un ton d'encycliques il peste contre les membres du clergé qui, déserteurs de leur poste, (il les aime mieux à la sacristie...) sont devenus "nos aviseurs techniques" il dénonce tous ces "prédicants résolus" qui prêchent la violation des contrats (même de l'électricité...) ; il s'insurge contre ces associations diverses (J.O.C., J.E.C., J.A.C., etc. ? ? ?) "infernales machines" (hum...) "qui désagrègent la famille et la paroisse, sous prétexte d'action catholique, et moulent leurs membres dans le communisme le plus authentique, celui de l'esprit..."

Notre bon ami est naïf, ou farceur : il est naïf s'il croit ce qu'il dit ; si, ne le croyant, il pense réussir à faire avaler la pilule à des lecteurs non avertis, il est farceur, et de très mauvais goût. Le ton d'ailleurs violent de cette harangue montre que l'auteur n'est pas très sûr de lui-même. La vérité pour s'imposer n'a besoin que d'être démontrée. Elle n'a que faire de l'injure, arme favorite de ceux qui n'ont pas raison. Étant excellent catholique (c'est lui qui le dit), ce monsieur doit pratiquer l'humilité à un très haut degré. Or l'humilité, il doit le savoir, c'est la vérité. Un homme humble est donc un homme vrai. Je l'engage donc à chercher la vérité, où qu'elle se trouve : dans les Encycliques des Papes, dans les auteurs de doctrine sociale, Belliot, Antoine, J.-B. Desrosiers, Semaines Sociales de France, etc., même de ne pas dédaigner les "Cahiers du Crédit Social"... S'il est humble, il doit être imbu de cette vérité élémentaire : à part lui, il peut s'en trouver d'autres qui ont raison à leur tour... Mais oui...

Et d'abord une question : Le clergé a-t-il le droit de s'occuper de politique et de questions sociales ?

Il a ce droit si, à cause de son sacerdoce, ce droit ne lui est pas enlevé ; or, en vertu de son sacerdoce, le droit de citoyen n'est pas enlevé au clergé. Donc, le clergé, (les prêtres, les évêques, le Pape) peut s'occuper de questions sociales, n'en déplaise à nos politiciens et à leurs amis. C'est ce droit qu'a rappelé le Cardinal Villeneuve à l'électorat québecois pendant la dernière grande campagne politique de la province de Québec. C'est ce même droit qu'a revendiqué M. l'abbé Chls E. Coughlin dans une réponse au Gén. H. Johnson restée mémorable (11 mars, 1935) ; après avoir rappelé au général que le prêtre, comme citoyen, a autant le droit de s'occuper des affaires publiques que le barbier, l'avocat, ou l'instituteur, il ajoute : "The money changers, whom the Priest of priests drove from the Temple of Jerusalem, both by word and physical force, have marshaled their forces behind the leadership of a chocolate soldier for the purpose of driving the priest of public affairs..."

Non seulement c'est un droit dont il peut user, mais cela peut être, en certains milieux et dans certaines circonstances, un devoir.

Il est du devoir de l'Église de dénoncer le vice, — mensonges, hypocrisie, vols, etc., où qu'il se trouve. C'est un devoir quand il s'agit des individus, des particuliers, à plus forte raison quand il s'agit de vices qui ont un retentissement public. Est-ce parce que celui qui s'en est rendu coupable est puissant ou haut placé qu'il faille faire le chien muet ? On va accuser le clergé de préparer les esprits à la révolution ? Jésus passa pour révolutionner le pays aussi ; il n'eut tout de même pas peur d'enlever aux scribes et aux pharisiens le manteau d'hypocrisie sous lequel ils se drapaient : "Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que, sous le semblant de vos longues prières, vous dévorez les maisons des veuves. C'est pourquoi vous subirez une plus forte condamnation." (Matt. 23 :14). Il est vrai que l'on prépara un calvaire à cet homme qui prêchait la vérité, que nos scribes et pharisiens modernes, parce qu'il défendait le pauvre, la veuve et l'orphelin, auraient rangé parmi les fauteurs du communisme.

Par ailleurs, s'il se glisse des erreurs de jugement parmi ceux qui s'occupent d'exposer ou de défendre la doctrine sociale de l'Église, s'il arrive que certains veulent aller trop vite dans leur réforme, il y a une hiérarchie dans l'Église de Dieu, et les mises-au-point, quand il y en aura à faire, arriveront à temps. C'est dans l'ordre que ces mises-au-point arrivent d'en haut, et non d'en bas. Il faudrait avoir une bonne dose d'orgueil pour s'imaginer que l'autorité ecclésiastique constituée, prêtres, évêques, le Souverain Pontife lui-même, a perdu le sens de ses responsabilités. Pour ma part je crois davantage à l'orthodoxie de la doctrine et à la sagesse du jugement d'hommes dont le temps est consacré à la prière, à l'étude et à la méditation qu'à ces parvenus politiques, à ces nouveaux riches, dont l'esprit, hanté sans répit par le souci égoïste de leurs intérêts, n'a pas la liberté de se livrer à l'étude difficile des problèmes économiques, ou dont la volonté, toujours motivée de bas intérêts, refuse de se conformer au vrai et au bien.

Et quand l'on sait que ce sont ceux qui sont chargés de faire nos lois, de voir à la chose publique qui souvent agissent avec le plus de mauvaise foi, et rompent, en pays démocratique, les espoirs de l'électorat, que ces gens soient bleus ou rouges ou "cailles," l'on se dit qu'il faut réagir contre un état de chose qui ne peut mener qu'à la révolution. L'ouvrier est patient, mais à force de souffrir, à force de voir l'injustice se commettre sous ses yeux, à force de se sentir rouler par nos politiciens de toutes les couleurs, il se révolte, surtout s'il a peu de foi, comme c'est le cas très souvent en ce vingtième siècle. “Ventre affamé n'a pas d'oreilles," et n'est-ce pas le souverain Pontife qui déclare que pour pratiquer la religion une certaine aisance est nécessaire ? Or cette "certaine aisance," c'est elle que réclame le peuple, la masse des travailleurs. Et puisqu'il y a très peu de laïques instruits à faire valoir leur cause, le clergé, l'Église, que l'on accuse de pactiser avec l'erreur et de faire cause commune avec les financiers et les mauvais riches, l'Église élève la voix et réclame des réformes. Elle veut des réformes dans la paix. Allez-vous attendre, politiciens et banquiers, que le peuple, comme dans d'autres pays, en fasse dans le sang ? Personne ne veut du communisme. Mais il y a une relation nécessaire de cause à effet. Qui veut la cause, veut l'effet. La grande cause du communisme, c'est la situation impossible du prolétariat, de la classe travaillante, ou ouvrière.

“Ce qui à notre époque frappe tout d'abord le regard, ce n'est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l'accumulation d'une énorme puissance, d'un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d'un petit nombre d'hommes qui d'ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu'ils administrent à leur gré. Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux qui, détenteurs et maîtres absolus de l'argent, gouvernent le crédit et le dispensent selon leur bon plaisir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à tout l'organisme économique dont ils tiennent la vie entre leurs mains, si bien que sans leur consentement nul ne peut plus respirer..." (Pie XI, dans Quadragesimo Anno.)

Voilà donc quels sont ceux qui véritablement sont "à LA REMORQUE DE MOSCOU." Ce sont tous ceux qui, imbus des doctrines libérales de Voltaire et de Rousseau, auteurs de la Révolution Française, ferment les yeux sur les abus d'un capitalisme vicié, et sont décidés à ne faire aucune réforme pour améliorer le sort de l'ouvrier. Comme au chien importun, on lui jettera bien quelques miettes, (travaux mal rémunérés, chômage, promesses, etc.) mais aller à la racine pour attaquer le mal, enlever aux trusts, aux puissances d'argent leur emprise sur les affaires, mâter les banques, voilà une chose que ceux qui le pourraient ne peuvent se décider à faire. Et pour cause...

Que faire ? Éclairer le peuple, pour qu'il se choisisse à la première occasion des représentants qui auront à cœur les intérêts de la masse et non d'un petit nombre, et qui n'auront pas peur de réformer un système économique, qui autrefois a pu rendre service, mais qui actuellement, à cause de ses abus, est condamnable au moins dans ce qu'il a de mauvais : PAUVRETÉ AU SEIN DE L'ABONDANCE, causée par une distribution inadéquate du crédit (l'argent), et un système de production non suffisamment contrôlé..

Le remède en notre pays : Le contrôle du crédit par le fédéral, et cela pour la distribution ; le système corporatif, et cela pour la production... J'invite tous ceux qui ne veulent pas du communisme à étudier ces idées. Elles en valent bien d'autres...

Louis Even

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