Le Crédit Social et le Royaume de Dieu 2e partie

le samedi, 01 septembre 2018. Dans Crédit Social

«L’avenir de la civilisation chrétienne dépend de ceux qui ont compris l’idée de Douglas»

Eric D. ButlerVoici la deuxième partie d’extraits du livre d’Eric Butler intitulé «Releasing Reality» (Faire connaître la réalité), ayant comme sous-titre «Le Crédit Social et le Royaume de Dieu», qui a été publié en 1979 pour commémorer le centenaire de la naissance de Clifford Hugh Douglas — l’ingénieur écossais qui a conçu les propositions financières du Crédit Social. Butler montre comment le Crédit Social apporte une nouvelle pertinence à tous les aspects de la vie humaine:

par Eric D. Butler

Politiques et philosophies

 

Douglas faisait remarquer qu’un problème énoncé correctement est déjà résolu à moitié. Le point de départ pour résoudre les problèmes des êtres humains doit donc être de poser la question suivante: «Quel est le but de l’homme lui-même, et de ses activités?» Le problème fondamental est donc philosophique.
Douglas a accepté implicitement la philosophie chrétienne quand il écrivait: «Le groupe existe pour le bénéfice de l’individu, dans le même sens que le champ existe pour le bénéfice de la fleur, ou l’arbre pour le fruit... La célèbre réplique du Christ aux Pharisiens, que «le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat» (Marc 2, 27), a clairement révélé l’importance que le Christ donne à la valeur suprême de l’individu. Le message du Christ a ouvert la voie pour libérer l’individu de la domination du groupe ou du système.

Examinant cette question de plus près dans sa série d’articles sur La position réaliste de l’Église d’Angleterre, Douglas a souligné qu’une société véritablement chrétienne est celle dans laquelle le pouvoir est effectivement entre les mains de chacun des membres de cette société, qui sont alors en mesure de faire des choix libres, en acceptant évidemment la responsabilité personnelle des choix ainsi faits. Le but de l’antéchrist, avertit Douglas, était de forcer l’homme à faire partie de groupes de plus en plus fortement centralisés, dans lequel l’attribut le plus divin de l’homme, son initiative créatrice, est détruite.

L’une des déclarations les plus éclairantes faites par Douglas, qui révèle son humilité dans la recherche de la vérité, c’est que les règles de l’univers transcendent la pensée humaine, et que si la personne humaine veut vivre dans un monde d’harmonie, elle devrait faire tout en œuvre pour découvrir ces règles et les respecter. Douglas n’a pas dit comment les choses doivent fonctionner, mais tout simplement: «Nous essayons de faire connaître la réalité, afin que les choses puissent fonctionner conformément à leur propre nature.» Douglas a averti que l’adoption de lois sans fin, dans une tentative de faire fonctionner les systèmes dans un sens contraire à la réalité, ne pouvait qu’empirer les défauts de ces systèmes.

Pas un monopole d’État

Il était donc naturel, pour ceux qui croit que le Crédit Social n’est rien d’autre qu’une simple émission supplémentaire d’argent pour vaincre la crise économique, de croire qu’il suffisait que les gouvernements nationalisent les banques, et ainsi mettre fin au «monopole privé du crédit».

Douglas ne se préoccupait pas surtout à savoir si le monopole de la création du crédit était privé, mais il se préoccupait du monopole lui-même. Nationaliser les banques ne changeait absolument rien à ce monopole, puisqu’il ne faisait que changer le nom sur les portes sans changer les politiques. De plus, un monopole d’État peut être bien pire qu’un monopole privé, se cachant derrière la façade que le gouvernement (qui opère ce monopole d’État) a été «démocratiquement élu».

Le crédit d’une société appartient à chacun des membres de cette société, et les gouvernements devraient s’adresser aux individus pour obtenir des crédits de la même façon qu’une entreprise dépend de ses actionnaires pour son capital. Un monopole d’État sur la création de crédit est justement l’une des dix étapes proposées par Karl Marx pour communiser un État. Cette politique est l’expression d’une philosophie diamétralement opposée à la philosophie du Crédit Social.

Des dividendes aux individus

Douglas a dit que le véritable rôle de l’État consiste à distribuer des dividendes aux individus. L’individu doit être libre de décider comment il fera usage de son propre crédit.

Durant la crise économique des années trente, où le marxisme attirait un grand nombre de personnes désespérées, un collègue de Staline, Molotov, faisait savoir à l’archevêque anglican de Canterbury, le Dr. Hewlett Johnson, que les dirigeants soviétiques connaissaient le Crédit Social, et que c’était le seul mouvement qu’ils craignaient. Racontant une expérience révélatrice qu’il avait eue avec le célèbre chef fabien et marxiste Sidney Webb, Douglas a dit que, après qu’il avait effectivement réfuté tous les arguments contre la praticabilité de ses propositions du Crédit Social, il a été confronté à la véritable objection à ces propositions: Webb lui a répondu qu’il n’aimait pas le but des propositions créditistes, qui était de libérer l’individu de la domination de ceux qui exercent le pouvoir sur lui.

Ce que Douglas a fait fut d’apporter une nouvelle stratégie et tactique à un problème vieux comme le monde: la lutte de l’individu pour se défendre contre toutes les manifestations de la soif du pouvoir, du désir d’imposer sa volonté aux autres. Avec la précision d’un ingénieur de formation, il a analysé les défauts fondamentaux dans le système financier et économique.

Certains de ses commentaires les plus brillants concernent le but véritable de l’homme et menace contre ce but par les partisans du pouvoir centralisé, qui se servent des institutions financières, économiques et politiques pour asservir la personne humaine. Une des plus brillantes découvertes de Douglas, c’est que le vrai but de la production est la consommation, et que la politique du «plein emploi» allait à l’encontre du progrès des arts industriels, qui ont fait en sorte que les besoins réels de l’individu soient comblés avec de moins en moins de labeur humain.

Rien n’a amené d’opposition plus féroce à Douglas que son observation selon laquelle ce n’était pas le labeur humain qui créait toute la richesse du travail, le principal facteur de production moderne étant plutôt l’utilisation de l’énergie solaire sous différentes formes pour faire fonctionner des machines automatiques et semi-automatiques, et que puisque l’individu était l’héritier d’un patrimoine culturel, il avait moralement droit à une sorte de dividende. Une telle politique est contraire à l’opinion soigneusement entretenue selon laquelle on ne peut pas accorder à l’individu ce genre de liberté, que Douglas avait démontré à la fois possible et souhaitable. Cette opposition au principe d’un dividende basé sur un héritage était la manifestation de la philosophie de la soif de pouvoir, d’imposer sa volonté aux autres.

Le règne de Dieu ne peut venir sur la terre que si les individus cherchent à connaître Dieu, servir Dieu, pour faire avancer son projet pour l’homme. Le Christ nous a dit:  «Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait.» (Matthieu 5, 48) Viser la perfection n’est possible que lorsque l’individu possède la liberté de le faire. Le but de la perfection signifie que le Christ est venu restaurer, rendre l’expiation avec Dieu possible. Ce n’est qu’avec le Christ que l’individu peut venir à connaître le Père, d’entrer en contact avec le Père.

Ainsi, loin d’ignorer le monde matériel, le Christ a dit qu’il l’avait vaincu. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais avoir suffisamment de pain est essentiel. «Donnez-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.» Dieu le Père a mis sur terre une abondance de biens matériels nécessaires à la «vie en abondance» dont le Christ a parlé.

Le «plein emploi» nie l’accès au Royaume

Clifford Hugh DouglasLa politique prépondérante utilisée pour refuser à l’être humain l’accès à la sécurité réelle et de plus en plus de liberté, ce qui lui est dû dès sa naissance, est celle du «plein emploi». Bien que cette politique soit en flagrante contradiction avec toutes les avancées en matière de technologie, elle est promue de façon persistante comme l’objectif le plus important vers lequel l’homme doit tendre.

La philosophie sous-jacente à cette politique est matérialiste, puisqu’elle traite l’être humain comme matière première pouvant être introduite dans un système de production de masse de plus en plus croissant, et  aussi antichrétienne, parce qu’elle nie que le principal facteur dans la production moderne soit l’héritage.
Quand Douglas a d’abord mis de l’avant la politique d’un dividende national pour l’individu comme étant un droit qui reflète la réalité de l’héritage, cela a été dénoncé de façon cinglante comme étant «donner quelque chose en échange de rien».

La vie elle-même est un cadeau, tout comme les facteurs les plus importants qui soutiennent la vie: l’eau, l’air et l’énergie solaire illimitée. Le refus d’accepter les dons de Dieu avec le respect qui leur est dû est une manifestation de l’orgueil de l’homme, le refus d’accepter la vérité que l’homme n’est pas auto-suffisant, qu’il dépend de Dieu et de Son univers qui abonde en matériaux, et qu’il dépend des lois qui, si elles sont découvertes et appliquées, fournissent à la fois la sécurité et la liberté.

La tendance à adorer la science comme une sorte de Dieu n’est qu’une autre preuve de l’orgueil de l’homme. La science ne peut rien créer, elle n’est qu’une méthode pour découvrir et utiliser ce qui existe déjà...

Chaque nouvelle génération hérite du savoir accumulé par les générations précédentes. On hérite même des idées. Comme l’a souligné le grand savant Isaac Newton: «Si j’ai vu plus loin que les autres hommes, c’est parce que je me suis tenu sur les épaules de géants»...

Les plus grandes contributions à la civilisation viennent de ceux qui ont bénéficié d’une sécurité et liberté relatives. Mais, au mépris des faits, de nombreux chrétiens soutiennent la politique du «plein emploi», en s’appuyant sur les paroles de saint Paul: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus» (2 Thessaloniciens 3, 10). Cette déclaration était généralement vraie quand saint Paul l’a faite. Il fut un temps où l’énergie humaine était le seul moyen de production. Mais saint Paul n’avait jamais entrevu ni même envisagé qu’un jour on aurait des systèmes de production automatisée contrôlés par ordinateur.

(NDLR: en commentant ce passage de saint Paul, le pape Pie XI a écrit dans son encyclique Quadragesimo Anno: «En aucune manière, l’Apôtre ne présente ici le travail comme l’unique titre à recevoir notre subsistance. Il importe donc d’attribuer à chacun ce qui lui revient et de ramener aux exigences du bien commun ou aux normes de la justice sociale la distribution des ressources de ce monde, dont le flagrant contraste entre une poignée de riches et une multitude d’indigents atteste de nos jours, aux yeux de l’homme de coeur, les graves dérèglements.»)

Argent canadienUne personne ayant une autorité beaucoup plus grande que saint Paul, le Christ, a dit quelque chose de beaucoup plus fondamental, et qui a une valeur permanente:

«Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n’amassent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu’eux?... Et pourquoi vous inquiéter du vêtement? Observez les lis des champs, comment ils poussent: ils ne travaillent ni ne filent... Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne fera-t-il bien plus pour vous, gens de peu de foi?» (Matthieu 6, 26-30).

Le Christ a dit qu’il est venu pour que l’homme ait la vie en abondance. Il n’a pas dit, comme un ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Sir Montagu Norman, que la pauvreté était bonne pour les gens.

Le grand philosophe chrétien, saint Thomas d’Aquin, a déclaré que le «danger spirituel découle de la pauvreté lorsque celle-ci n’est pas volontaire... aucun homme doit vivre dans la destitution.»

Être libéré davantage de la nécessité de prendre part à l’activité économique ne signifie pas nécessairement que les gens deviendront de plus en plus paresseux. La liberté ainsi obtenue permettrait à l’individu de choisir le type d’activité qui l’attire. Il y aurait une floraison d’activités créatrices avec des individus s’occupant à des choses qu’ils aiment faire. On peut dire avec certitude que l’intensification de la politique de «plein emploi» ne peut qu’accélérer la désintégration croissante de ce qui reste de la civilisation chrétienne. La régénération de la civilisation dépend du rejet de cette politique, et de l’acceptation que tous sont héritiers du progrès et ont droit à un dividende.

Toute action en faveur du Crédit Social doit rejeter la vieille méthode des partis politiques qui divisent, mais plutôt chercher à unir, à guérir, en conformité avec la loi chrétienne de l’amour...
La régénération de la civilisation doit commencer par la régénération de l’individu. Le développement du Royaume de Dieu peut commencer dès maintenant avec des personnes qui cherchent à faire usage de leur initiative, en association avec d’autres qui sont aussi des «chrétiens en pratique», pour résister autant que possible aux politiques du mal. Refuser d’agir, c’est refuser de travailler à entrer dans le Royaume.

Douglas a dit que «le christianisme, la démocratie, et le Crédit social ont au moins trois choses en commun: on prétend qu’ils auraient échoué, aucun d’entre eux n’a la nature d’un plan, et tous les efforts de certaines organisations les plus puissantes au monde sont faits pour que non seulement le christianisme, la démocratie et le Crédit Social ne soient jamais acceptées, mais que le moins de personnes possible comprennent leur nature.»

Douglas a consacré une attention considérable à souligner que le christianisme, la démocratie et le Crédit social authentiques ont tous le même souci de s’assurer que les individus aient le contrôle effectif de leur propre vie et acceptent la responsabilité personnelle pour la façon dont ils se servent de ce pouvoir. Le soi-disant échec du  christianisme, c’est celui des gens qui n’ont pas réussi à saisir le message de vraie liberté que le Christ a apporté, ni à suivre les conseils du Christ.

Le génie de Douglas lui a permis de présenter la vraie nature de la démocratie et du christianisme. Douglas a fourni la clé de la porte qui doit être ouverte pour permettre à l’individu d’entrer dans le Royaume ... Mais cette clé doit être activée par des personnes ayant les connaissances et la volonté de le faire. L’avenir du christianisme dépend maintenant de ceux qui ont saisi les Vérités — un aperçu de la réalité découverte et présentée par Douglas.

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