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Catéchisme du Crédit Social

Louis Even le dimanche, 01 novembre 1936. Dans Cahiers du Crédit Social

RICHESSE, MONNAIE, CRÉDIT

La richesse et la monnaie sont-elles la même chose ?

Non. On peut être riche sans avoir beaucoup de monnaie. On peut être riche propriétaire de fermes, de maisons et n'avoir guère d'argent.

Pourtant on dit de quelqu'un qui a beaucoup d'argent qu'il est riche !

Oui, parce que cet argent lui donne des titres à la richesse. Si cet homme n'a que de l'argent comme fortune, au lieu de dire : Voilà un homme riche — il serait plus juste de dire : Voilà un homme qui possède des titres à beaucoup de richesses, qui a les moyens de se faire passer beaucoup de richesses.

Qu'est-ce donc que la richesse ?

Par richesse matérielle, on peut entendre des biens qui correspondent à des besoins, à des désirs.

Tous les biens sont-ils une richesse ?

Pas précisément. Il y a des circonstances déterminatives. Les glaces polaires ne sont pas, que je sache, une richesse aussi appréciable qu'un morceau de glace de 25 livres dans votre réfrigérateur au mois de juillet.

Il peut donc y avoir des choses qui sont une richesse dans un endroit et pas dans un autre ?

Oui. Non seulement la place est à considérer, mais le temps, le voisinage d'un groupement organisé.

Par exemple ?

Par exemple, les rapides et les chutes des cours d'eau canadiens. Les rapides de Beauharnois, les chutes de Shawinigan n'étaient pas une grande richesse au temps des Peaux-Rouges.

Les richesses ne tirent donc pas leur valeur entièrement d'elles-mêmes ?

Elles la tirent plutôt de l'usage qu'elles commandent. Douglas dit que la richesse réelle est celle qui trouve consommateur.

Les consommateurs donnent donc une valeur à la richesse ?

Oui, et dans tous les domaines.

Puisque la monnaie n'est pas de la richesse, pourquoi dans vos études donnez-vous tant d'importance à la monnaie ?

Parce que c'est le moyen d'échange de la richesse. J'insiste sur la monnaie, parce que ce n'est pas la richesse qui fait défaut, mais la monnaie.

D'où vient la richesse ?

Elle vient du travail appliqué à la matière première.

D'où vient la monnaie ?

La monnaie métallique vient de l'Hôtel des Monnaies du Gouvernement. Les billets de banque viennent du banquier. La monnaie scripturale vient du banquier.

Le travail qui crée la richesse ne crée donc pas la monnaie ?

Non. Travaillez tant que vous voudrez, si vous n'êtes ni banquier ni faussaire, vous ne fabriquez pas de monnaie.

Mais si la monnaie doit servir à transférer la richesse, les produits du travail, il devrait y avoir un rapport entre les deux ?

Oui, mais il n'en est pas ainsi puisque vous constatez abondance de production et pénurie de monnaie.

Mais peut-être est-ce parce que la monnaie est dans les mains de ceux qui n'en ont pas besoin et ne la font pas circuler ?

Ce mal aussi existe, et il a sa source dans la même cause ?

Quelle cause ?

Fabrique et contrôle de la monnaie par un petit groupe — qui n'est pas le groupe des travailleurs, des véritables créateurs de la richesse.

Vous avez dit que c'est de l'Hôtel des Monnaies du gouvernement que vient la monnaie ?

La monnaie métallique, oui. Mais elle ne représente qu'une petite partie de notre monnaie.

L'autre partie ?

L'autre partie, la plus grosse, est l'œuvre des banques.

Pouvez-vous donner une idée de la proportion de chaque partie ?

Oui : Au 31 juillet 1936 :

Monnaie métallique................... $32,703,097

Billets de la Banque du Canada $100,041,073

Billets des banques à charte.... $119,071,107

Cela ne fait que...................... $251,715,277 ?

En monnaie tangible, visible, palpable, oui. Mais il y a une autre monnaie, puisque, au même 31 juillet 1936, les dépôts bancaires s'élevaient à $2,488,592,159, c'est-à-dire que les dépôts égalaient tout près de dix fois le total de la monnaie tangible ou numéraire.

Je ne comprends pas cela, qu'on puisse déposer dans les banques dix fois plus de monnaie qu'il y en a. D'où vient tout cet argent ?

C'est la monnaie scripturale qui explique cela, et elle vient du banquier. C'est la plus grande partie de la monnaie du pays.

Quand le banquier la fabrique-t-il ?

Lorsqu'il avance des crédits. C'est-à-dire lorsqu'il prête à un emprunteur, lorsqu'il avance des découverts, lorsqu'il escompte des billets.

Exemples ?

Un industriel demande à emprunter $25,000. Le banquier y consent. Il ne lui donne pas $25,000 en billets de banque, mais lui ouvre un crédit de $25.000. Il écrit cette somme au crédit de l'emprunteur, et il appelle cela un dépôt bancaire. Par cette inscription, les dépôts bancaires du pays, ont augmenté de $25.000.

Le découvert ? Qu'est-ce ?

Un industriel fait affaire avec une banque. Cette banque peut lui accorder un certain montant de découvert (overdraft), c'est-à-dire lui permettre de payer en chèques ses ouvriers ou sa matière première, sans avoir des fonds à la banque pour le montant de ces chèques. Quand les temps sont bons, le banquier pourra lui permettre un découvert — un dépôt sans fonds — de $30,000, $40,000, ou plus. C'est une avance de crédits, une création de dépôt bancaire par le banquier.

Exemple d'un préescompte de billet ?

J'ai vendu une maison $5,000. On m'a donné $1000 comptant et quatre billets promissoires de $1000 payables respectivement dans un an, dans deux ans, dans trois ans et dans quatre ans. Six mois après, j'ai besoin d'argent. Je puis aller à la banque et vendre mes quatre billets. La banque les escomptes, c'est-à-dire garde l'intérêt pour le temps qui sépare du jour de l'échéance de chaque billet et me remet la valeur actuelle, disons $3600, en m'ouvrant un crédit de $3600, sur lequel je puis tirer des chèques. C'est encore là une augmentation de $3600 aux dépôts bancaires du pays.

Mais, dans tous ces cas, ces argents doivent être remboursés à la banque par l'emprunteur, le bénéficiaire du découvert, le signataire des billets ?

Assurément. Et alors les comptes qui étaient crédités deviennent débités. Les crédits avancés retombent peu à peu dans le néant, à mesure des remboursements.

Ces crédits ne sont donc pas de la monnaie permanente ?

Non, cette monnaie scripturale est une monnaie temporaire, selon la durée des avances.

Et vous dites que cette monnaie temporaire est importante ?

Oui, cette monnaie temporaire, qu'on appelle ordinairement crédit, sert dans plus de 90 pour cent du volume des transactions commerciales. Il en naît et il en meurt continuellement. Le volume est variable.

Nous vivons ainsi sous un régime de crédit ?

Oui, de crédit bancaire.

Le banquier a donc beaucoup de puissance ?

Une puissance énorme, car il contrôle ainsi la création et la destruction de la presque totalité de l'intermédiaire d'échange. Il contrôle par le fait même la quantité de monnaie et, par suite, sa valeur.

Comment le banquier contrôle-t-il le volume de la monnaie ?

Par le régime d'émission et de rappel des crédits. Supposons que, pendant un certain laps de temps, les avances totales des banques en prêts, découverts, billets escomptés, se chiffrent à 25 millions et que, pendant ce même laps de temps, les remboursements aux banques pour prêts en cours se chiffrent à 22 millions, il y a eu pendant cette période 3 millions de crédits de plus en circulation. Si, au contraire les avances se sont chiffrées à 20 millions et les remboursements à 27 millions, il y a eu diminution de 7 millions dans les crédits en circulation.

Le résultat sur les affaires ?

Quand les émissions de crédits sont généreuses et les rappels patients, la circulation des crédits augmente, l'industrie et le commerce se développent, on dit que c'est de la prospérité.

Quand les émissions de crédits se compriment, que les rappels sont exigés sous peine de confiscation des biens gagés, c'est l'hésitation, la paralysie du commerce et de l'industrie, le chômage, la pauvreté, la crise.

Le système bancaire ne peut-il pas maintenir l'équilibre ?

Non, parce que les banques opèrent à profit ; elles considèrent leur intérêt immédiat, non l'ensemble des besoins. De plus les émissions bancaires constituent une dette pour la production qui naturellement sera passée au consommateur. On en parlera dans la prochaine leçon, sur le "pouvoir d'achat."

Vous avez dit plus haut que le banquier contrôle la valeur de la monnaie ?

Oui, par le fait même qu'il en contrôle le volume. S'il y a plus d'argent que de produits, l'argent perd de sa valeur. S'il y a moins d'argent que de produits, l'argent augmente de valeur pour ceux qui en ont, à plus forte raison pour ceux qui en possèdent la faculté de création et le contrôle ; ils commandent plus de richesse. Tandis que les produits, plus abondants que la monnaie, perdent de leur valeur marchande. D'où enrichissement des maîtres de l'argent et appauvrissement des fabricants de produits, des travailleurs.

Que conclure de cette leçon ?

Que les contrôleurs de la monnaie de la nation "contrôlent le sang économique de la nation."

Que proposez-vous ?

Que la création du crédit soit conforme à la production de richesse et que le contrôle soit entre les mains des fabricants de la richesse, la société. C'est-à-dire, au lieu du crédit bancaire, le crédit social.

Louis Even

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