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L’avenir du monde est en jeu

Écrit par Benoît XVI le mardi, 01 mars 2011. Publié dans Benoît XVI

Benoît XVI compare les temps actuels au déclin de l’Empire romain

Jésus dans la tempeteChaque année, quelques jours avant Noël, le Pape Benoît XVI rencontre les membres de la curie romaine pour présenter ses vœux, ce qui lui donne l’occasion de s’entretenir sur l’état actuel de l’Église et du monde. L’année dernière, dans son discours du 20 décembre 2010, le Saint-Père a eu recours à des paroles très fortes pour décrire la gravité de la situation, et a comparé les temps actuels avec le déclin de l’Empire romain. Voici des extraits du discours du Saint-Père :

«Excita, Domine, potentiam tuam, et veni!» (Réveille ta puissance, ô Seigneur, et viens nous sauver.). Aujourd’hui aussi nous avons des motifs multiples pour nous associer à cette prière d’Avent de l’Église. Le monde, avec toutes ses nouvelles espérances et possibilités, est, en même temps, tourmenté par l’impression que le consensus moral est en train de se dissoudre, un consensus sans lequel les structures juridiques et politiques ne fonctionnent pas; en conséquence, les forces mobilisées pour la défense de ces structures semblent être destinées à l’échec.

Excita – la prière rappelle le cri adressé au Seigneur, qui dormait dans la barque des disciples battue par la tempête et près de couler. Quand sa parole puissante eut calmé la tempête, il réprimanda les disciples pour leur peu de foi (cf. Mt 8, 26 et par.). Il voulait dire: en vous-mêmes la foi a dormi. Il veut dire la même chose à nous aussi. Si souvent en nous aussi la foi dort. Prions-le donc de nous réveiller du sommeil d’une foi devenue fatiguée et de redonner à la foi le pouvoir de déplacer les montagnes – c’est-à-dire de donner l’ordre juste aux choses du monde. (…)

L’Apocalypse de saint Jean énumère parmi les grands péchés de Babylone – symbole des grandes villes irréligieuses du monde – le fait d’exercer le commerce des corps et des âmes et d’en faire une marchandise (cf. Ap 18, 13). Dans ce contexte, se pose aussi le problème de la drogue, qui avec une force croissante étend ses tentacules autour de tout le globe terrestre – expression éloquente de la dictature de Mammon qui pervertit l’homme. Tout plaisir devient insuffisant et l’excès dans la tromperie de l’ivresse devient une violence qui déchire des régions entières, et cela au nom d’un malentendu fatal de la liberté, où justement la liberté de l’homme est minée et à la fin complètement anéantie.

Pour nous opposer à ces forces nous devons jeter un regard sur leurs fondements idéologiques. Dans les années soixante-dix … on affirmait… que n’existerait ni le mal en soi, ni le bien en soi… Rien ne serait en soi-même bien ou mal. Tout dépendrait des circonstances et de la fin entendue. Selon les buts et les circonstances, tout pourrait être bien ou aussi mal. La morale est substituée par un calcul des conséquences et avec cela cesse d’exister.

Les effets de ces théories sont aujourd’hui évidentes. Contre elles le Pape Jean-Paul II, dans son Encyclique Veritatis splendor de 1993, a indiqué avec une force prophétique, dans la grande tradition rationnelle de l’ethos chrétien, les bases essentielles et permanentes de l’agir moral. Ce texte doit aujourd’hui être mis de nouveau au centre comme parcours dans la formation de la conscience. C’est notre responsabilité de rendre de nouveau audibles et compréhensibles parmi les hommes ces critères comme chemins de la véritable humanité, dans le contexte de la préoccupation pour l’homme, où nous sommes plongés. (…)

Alexis de Tocqueville, en son temps, avait observé qu’en Amérique, la démocratie était devenue possible et avait fonctionné, parce qu’il existait un consensus moral de base qui, allant au-delà des dénominations particulières, les unissait toutes. C’est seulement s’il existe un tel consensus sur l’essentiel, que les constitutions et le droit peuvent fonctionner. Ce consensus de fond provenant du patrimoine chrétien est en péril là où, à sa place, à la place de la raison morale succède la simple rationalité finaliste dont j’ai parlé il y a peu. En réalité, c’est un aveuglement de la raison pour ce qui est essentiel. Combattre cet aveuglement de la raison et lui conserver la capacité de voir l’essentiel, de voir Dieu et l’homme, ce qui est bon, et ce qui est vrai, est l’intérêt commun qui doit unir tous les hommes de bonne volonté. L’avenir du monde est en jeu.

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