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Le 26 mars 1967 – Il y a exactement 50 ans ans ce

mois-ci, le bienheureux Pape Paui VI publiait sa let-

tre encyclique «Populorum Progressio», sur le déve-

loppement des peuples, déclarant que «le dévelop-

pement est le nouveau nom de la

paix», et demandant aux chrétiens

de s’ouvrir aux besolns des peuples

du monde entier. Deux autres ency-

cliques ont été écrites par la suite

sur le même thème: «Sollicitudo

rei socialis», par saint Jean-Paul II,

en 1987, et «Caritas in veritate» par

Benoît XVI, en 2009.

L’article suivant a été écrit par

Louis Even en 1969, où il explique

que la Démocratie Économique (les

principes financiers du Crédit So-

cial – à ne pas confondre avec d’an-

ciens partis politiques ayant usurpé

ce nom) serait une excellente façon

de «promouvoir tout homme et

l’homme», le développement inté-

gral de la personne humaine:

par

Louis Even

But de l’organisme économique

«Pour être authentique, le développement éco-

nomique doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir

tout homme et tout l’homme».

Ces mots sont du Pape Paul VI (

tirés de son ency-

clique Populorum progressio, n. 14

). Ses prédéces-

seurs parlèrent dans le même sens, à mesure que

des moyens de production de plus en plus efficaces

laissaient des besoins personnels et familiaux en souf-

france. Les Papes insistaient toujours sur la fin premiè-

re du système économique — le service des besoins

humains: non pas d’une collectivité abstraite, mais de

chaque personne.

Notre journal Vers Demain, dès le début et main-

tes fois depuis, a repris le «à tous et à chacun» de Q

ua-

dragesimo Anno

du Pape Pie XI:

«L’organisme économique et social sera saine-

ment constitué et atteindra sa fin, alors seulement

qu’il procurera à tous et chacun de ses membres

tous les biens que les ressources de la nature et de

l’industrie, ainsi que l’organisation sociale de la vie

économique, ont le moyen de leur procurer».

Et les termes très clairs du Pape Pie XII sur les

droits fondamentaux de chaque être humain à une

part des biens terrestres, dans son radio-message du

1er juin 1941:

«Tout homme, en tant qu’être doué de raison,

tient en fait de la nature le droit fondamental à user

des biens matériels de la terre... L’économie nationa-

le ne tend pas à autre chose qu’à assurer sans

i

nter-

ruption les conditions matérielles

dans lesquelles pourra se dévelop-

per pleinement la vie individuelle

des citoyens».

«Tous et chacun — Tout hom-

me — Droit fondamental de tout

homme — Vie individuelle des ci-

toyens». Ces expressions marquent

bien qu’il s’agit de la personne, de

chaque personne, et non pas d’une

simple satisfaction collective.

C’est de la satisfaction des be-

soins de chaque individu qu’il est

question, mais d’une satisfaction

soutenue socialement, garantie

socialement dans la mesure et au

degré où le permet la capacité pro-

ductive du pays. C’est pourquoi,

dans son radio-message de 1944

le Pape Pie XII ajoutait, après avoir affirmé le droit de

chaque personne à l’usage des biens de la terre:

«C’est laissé à la volonté humaine et aux formes

juridiques des peuples de régler plus en détail la réa-

lisation pratique de ce droit».

Les formes juridiques des peuples — donc, les

législations des pays respectifs.

Droit individuel reconnu et exercé avec l’appui

de l’ordre établi — Pie XI aussi l’avait indiqué dans la

phrase citée plus haut: «L’organisme économique et

social

sera sainement constitué...»

Aucun doute, donc, sur le droit fondamental de

chaque personne, et la possibilité de l’exercer doit

lui être facilitée par la législation de son pays. Le bien

commun ne signifie pas la suppression des biens indi-

viduels légitimes. Au contraire, le bien commun doit

consister dans un ordre social qui permette à chaque

personne de s’épanouir mieux que sans cet ordre so-

cial. Et le premier devoir des responsables de ce bien

commun, c’est de veiller à ce que chaque individu

puisse avoir accès aux biens nécessaires à la vie.

Dans quelle mesure l’organisme économique et

social doit-il faciliter à tous l’accès à des biens maté-

riels? Pie XI dit: «Tous les biens que les ressources de la

nature et de l’industrie ont le moyen de leur procurer».

Non pas que cela doive signifier le même niveau

de vie pour tous. Mais pour chacun:

«Ces biens doivent être

au moins assez abondants

pour satisfaire aux besoins

d’une honnête subsistance».

Dans nos pays industria-

lisés, on aime à évaluer la

richesse économique d’un

peuple d’après l’abondance

de sa production globale.

Mais le Pape Pie XII corrige

cette vue. Il rectifie:

La richesse économique

d’un peuple consiste bien

plutôt

«dans ce qu’une telle

abondance représente et

fournit réellement et efficacement comme base ma-

térielle pour le développement personnel convenable

de ses membres».

Il y a là un devoir incombant aux législateurs. La

part nécessaire de chaque personne aux biens essen-

tiels à la vie ne doit pas être laissée aux aléas des cir-

constances, aux accès de fièvre ou de dépression du

mécanisme de crédit, aux maladies périodiques ou

chroniques des unités monétaires, aux décisions des

créateurs de vaches grasses et de vaches maigres, aux

appétits ou aux indigestions des fauves de la finance

et de la grande industrie; ni à l’humeur, accueillante

ou repoussante, des prêteurs internationaux auxquels

des gouvernants sots ou déchus vont, chapeau bas,

demander la permission de mettre en oeuvre les pos-

sibilités productives de leurs pays.

Nos pays évolués n’ont plus de réels problèmes

de production pour répondre aux besoins normaux de

toute leur population. Mais ils souffrent honteusement

de problèmes de distribution — la chose pourtant la

plus simple et la plus agréable à accomplir. Non pas

qu’ils manquent de moyens de transport ou de livrai-

son, mais parce que l’accès d’un individu aux produits

offerts est conditionné par le pouvoir d’achat dont il

dispose. Or ce pouvoir d’achat n’est point lié à la per-

sonne ni à ses besoins; il résulte de divers facteurs qui

laissent des personnes, des familles privées ou insuffi-

samment pourvues de moyens de paiements.

Tout l’homme

Pour tout homme — on vient de le dire. Mais aus-

si,

«pour tout l’homme»

, ajoute Paul VI.

Pour l’homme tout entier. Ce qui doit bien vouloir

dire pour un être qui possède plus que la vie végé-

tative, plus que la vie animale. Pour un être doué de

raison. Pour un être créé libre et responsable. Pour

un être qui normalement aspire au développement, à

l’épanouissement de sa personne.

Il y a plus encore. Cet être, dont la vie naturelle est

déjà marquée d’une haute dignité, est appelé à une vie

incomparablement plus élevée, dépassant infiniment

sa vie naturelle d’être raisonnable, libre et responsa-

ble. A une vie surnaturelle, participation, par la grâce,

de la vie divine même, et cela pour toute l’éternité.

On sort là, il est vrai, de la compétence d’un orga-

nisme économique et social. Il faut ici des moyens sur-

naturels pour une fin surnaturelle. Et l’Église y pourvoit

magnifiquement, par les moyens que son Fondateur a

mis à sa disposition.

Mais il reste, puisque nous parlons de vie écono-

mique et sociale, il reste que l’organisme économique

et social doit traiter l’homme avec tout le respect que

méritent sa dignité naturelle et sa vocation surnaturel-

le. Donc, que les systèmes, méthodes et moyens éta-

blis pour procurer à tous une part suffisante de biens

terrestres n’abaissent personne, n’avilissent personne,

n’inculquent à aucun membre de la société une men-

talité de mendiant vivant aux crochets et aux dépens

des autres, alors qu’il est un ayant-droit.

Autrement dit, l’organisme économique, son mode

et son style de distribution des biens correspondants

aux besoins humains, doit poursuivre la sécurité éco-

nomique de tous et de chacun, sans humilier personne,

sans y mettre des conditions qui assassinent la liberté.

Bien que ce soit un bonheur temporel qui est fin

immédiate de la vie économique, toute institution s’y

rattachant doit, non seulement ne pas susciter de dif-

ficultés sur la voie de l’homme vers sa destinée éter-

nelle, mais, au contraire, la lui faciliter en le libérant le

plus possible de soucis matériels accablants.

«Tout l’homme» comprend cela: l’homme du

temps et l’homme de l’éternité. Le souci de l’un ne

doit pas être au détriment de l’autre, puisque les deux

concernent le même être. La pire catastrophe serait

d’organiser une vie temporelle qui contribuerait à

manquer une vie éternelle infiniment heureuse pour

une vie éternelle si épouvantablement malheureuse

qu’on l’appelle la mort éternelle.

Si Sa Sainteté le Pape Paul VI veut un ordre écono-

mique et social qui tienne compte de tout l’homme, il

nous semble que ce souci de «tout l’homme», même

dans les organismes temporels, était aussi à la pensée

de son prédécesseur Jean XXIII, lorsqu’il écrivait dans

son encyclique

Mater et Magistra

(n. 223):

Paul VI signant l’encyclique Popu-

lorum Progressio le 26 mars 1967

«Le système actuel soumet les

possibilités physiques de produc-

tion à la présence des moyens

de paiement (à l’argent, au cré-

dit financier). Le Crédit Social, au

contraire, soumet le système fi-

nancier aux possibilités physiques

de répondre aux besoins humains.» – Louis Even

u

«Promouvoir tout homme et tout l’homme»

Les 50 ans de Populorum Progressio

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VERS DEMAIN mars-avril 2017

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