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Chers frères et sœurs, le Carême est un nouveau

commencement, un chemin qui conduit à une destina-

tion sûre: la Pâques de la Résurrection, la victoire du

Christ sur la mort. Et ce temps nous adresse toujours

un appel pressant à la conversion:

le chrétien est appelé à revenir à

Dieu «de tout son cœur» (Joël 2,12)

pour ne pas se contenter d’une

vie médiocre, mais grandir dans

l’amitié avec le Seigneur. Jésus est

l’ami fidèle qui ne nous abandonne

jamais, car même lorsque nous pé-

chons, il attend patiemment notre

retour à Lui et, par cette attente, il

manifeste sa volonté de pardon.

Le Carême est le moment favo-

rable pour intensifier la vie de l’es-

prit grâce aux moyens sacrés que

l’Eglise nous offre: le jeûne, la priè-

re et l’aumône. A la base de tout

il y a la Parole de Dieu, que nous

sommes invités à écouter et à méditer avec davantage

d’assiduité en cette période. Je voudrais ici m’arrêter

en particulier sur la parabole de l’homme riche et du

pauvre Lazare (cf. Lc 16,19-31). Laissons-nous inspirer

par ce récit si important qui, en nous exhortant à une

conversion sincère, nous offre la clé pour comprendre

comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie

éternelle.

L’autre est un don

La parabole commence avec la présentation des

deux personnages principaux; cependant le pauvre y

est décrit de façon plus détaillée: il se trouve dans une

situation désespérée et n’a pas la force de se relever,

il gît devant la porte du riche et mange les miettes qui

tombent de sa table, son corps est couvert de plaies

que les chiens viennent lécher (cf. versets 20-21). C’est

donc un tableau sombre, et l’homme est avili et humilié.

La scène apparaît encore plus dramatique si l’on

considère que le pauvre s’appelle Lazare: un nom

chargé de promesses, qui signifie littéralement «Dieu

vient en aide». Ainsi ce personnage ne reste pas ano-

nyme mais il possède des traits bien précis; il se pré-

sente comme un individu avec son histoire personnel-

le. Bien qu’il soit comme invisible aux yeux du riche, il

nous apparaît connu et presque familier, il devient un

visage; et, comme tel, un don, une richesse inestima-

ble, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même

si sa condition concrète est celle d’un déchet humain.

Lazare nous apprend que l’autre est un don. La

relation juste envers les personnes consiste à recon-

naître avec gratitude leur valeur. Ainsi le pauvre de-

vant la porte du riche ne représente pas un obstacle

gênant mais un appel à nous convertir et à changer

de vie. La première invitation que nous adresse cette

parabole est celle d’ouvrir la porte de notre cœur à

l’autre car toute personne est un don, autant notre

voisin que le pauvre que nous ne

connaissons pas.

Le Carême est un temps pro-

pice pour ouvrir la porte à ceux qui

sont dans le besoin et reconnaître

en eux le visage du Christ. Chacun

de nous en croise sur son propre

chemin. Toute vie qui vient à notre

rencontre est un don et mérite ac-

cueil, respect, amour. La Parole de

Dieu nous aide à ouvrir les yeux

pour accueillir la vie et l’aimer, sur-

tout lorsqu’elle est faible. Mais pour

pouvoir le faire il est nécessaire de

prendre au sérieux également ce

que nous révèle l’Évangile au sujet

de l’homme riche.

Le péché nous rend aveugles

La parabole met cruellement en évidence les

contradictions où se trouve le riche (cf. v. 19). Ce per-

sonnage, contrairement au pauvre Lazare, ne possède

pas de nom, il est seulement qualifié de «riche». Son

opulence se manifeste dans son habillement qui est

exagérément luxueux... On aperçoit en lui, de manière

dramatique, la corruption du péché qui se manifeste

en trois moments successifs: l’amour de l’argent, la

vanité et l’orgueil.

Selon l’apôtre Paul, «la racine de tous les maux

c’est l’amour de l’argent» (1 Tm 6,10). Il est la cause

principale de la corruption et la source de jalousies,

litiges et soupçons. L’argent peut réussir à nous do-

miner et devenir ainsi une idole tyrannique (cf. Exhor-

tation apostolique

Evangelii Gaudium

, n. 55). Au lieu

d’être un instrument à notre service pour réaliser le

bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent

peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier,

d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à

l’amour et fait obstacle à la paix.

La parabole nous montre ensuite que la cupidité

rend le riche vaniteux. Sa personnalité se réalise dans

les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce

que lui peut se permettre. Mais l’apparence masque le

vide intérieur. Sa vie reste prisonnière de l’extériorité,

de la dimension la plus superficielle et éphémère de

l’existence (cf. ibid., n. 62).

Le niveau le plus bas de cette déchéance morale

est l’orgueil. L’homme riche s’habille comme un roi,

il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement

un mortel. Pour l’homme corrompu par l’amour des ri-

chesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison

pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont

pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à

l’argent est donc une sorte de cécité: le riche ne voit

pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et pros-

tré dans son humiliation.

En regardant ce personnage, on comprend pour-

quoi l’Évangile est aussi ferme dans sa condamnation

de l’amour de l’argent:

«Nul ne peut servir deux maî-

tres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il

s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pou-

vez pas servir à la fois Dieu et l’Argent»

(Mt 6,24).

La Parole est un don

L’évangile du riche et du pauvre Lazare nous aide

à bien nous préparer à Pâques qui s’approche. La litur-

gie du Mercredi des Cendres nous invite à vivre une

expérience semblable à celle que fait le riche d’une fa-

çon extrêmement dramatique. Le prêtre, en imposant

les cendres sur la tête, répète ces paroles: «Souviens-

toi que tu es poussière et que tu retourneras en pous-

sière». Le riche et le pauvre, en effet, meurent tous les

deux et la partie la plus longue du récit de la parabole

se passe dans l’au-delà. Les deux personnages décou-

vrent subitement que «nous n’avons rien apporté dans

ce monde, et nous n’en pourrons rien emporter» (1

Timothée 6,7).

Notre regard aussi se tourne vers l’au-delà, où le

riche dialogue avec Abraham qu’il appelle «Père» (Lc

16, 24; 27) montrant qu’il fait partie du peuple de Dieu.

Ce détail rend sa vie encore plus contradictoire car,

jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à

Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour

Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu.

Ce n’est que dans les tourments de l’au-delà que

le riche reconnaît Lazare et il voudrait bien que le pau-

vre allège ses souffrances avec un peu d’eau. Les ges-

tes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le

riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés.

Abraham néanmoins lui explique que «tu as reçu tes

biens pendant ta vie et Lazare pareillement ses maux;

maintenant ici il est consolé et toi tu es tourmenté» (v.

25). L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux

de la vie sont compensés par le bien.

La parabole acquiert une dimension plus large et

délivre ainsi un message pour tous les chrétiens. En

effet le riche, qui a des frères encore en vie, demande

à Abraham d’envoyer Lazare les avertir; mais Abra-

ham répond: «ils ont Moïse et les Prophètes; qu’ils les

écoutent» (v. 29). Et devant l’objection formulée par

le riche, il ajoute: «Du moment qu’ils n’écoutent pas

Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite

d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus» (v. 31).

Ainsi se manifeste le vrai problème du riche:

la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas

écouter la Parole de Dieu; ceci l’a amené à ne plus

aimer Dieu et donc à mépriser le prochain. La Parole

de Dieu est une force vivante, capable de susciter la

conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à

nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au

don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la

fermeture de notre cœur au don du frère.

Chers frères et sœurs, le Carême est un temps

favorable pour nous renouveler dans la rencontre

avec le Christ vivant dans sa Parole, dans ses Sacre-

ments et dans le prochain. Le Seigneur qui – au cours

des quarante jours passés dans le désert a vaincu les

pièges du Tentateur – nous montre le chemin à sui-

vre. Que l’Esprit Saint nous aide à accomplir un vrai

chemin de conversion pour redécouvrir le don de la

Parole de Dieu, être purifiés du péché qui nous aveu-

gle et servir le Christ présent dans nos frères dans le

besoin. J’encourage tous les fidèles à manifester ce

renouvellement spirituel en participant également aux

campagnes de Carême promues par de nombreux

organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture

de la rencontre au sein de l’unique famille humaine.

Prions les uns pour les autres afin que participant à la

victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux

faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et

témoigner en plénitude de la joie pascale.

v

Pape François

«Le fruit de l’attache-

ment à l’argent est

une sorte de cécité: le

riche ne voit pas le

pauvre qui est affa-

mé, couvert de plaies»

Assemblées mensuelles

Maison de l’Immaculée

1101 rue Principale, Rougemont

26 mars, 7 mai, 25 juin

10 heures a.m.: Ouverture. Chapelet

4.30 hres p.m. Sainte Messe à la chapelle

de la Maison de l’Immaculée

Semaine d’étude: 27 avril au 5 mai

Siège de Jéricho: du 8 au 13 mai

La Parole est un don. L’autre est un don

Message du Pape François pour le Carême 2017

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VERS DEMAIN mars-avril 2017

VERS DEMAIN mars-avril 2017

www.versdemain.org www.versdemain.org

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