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Nous ne prétendons nullement que l’institution

d’un système financier selon les grandes propositions

du Crédit Social réglerait de lui-même tous les cas de

production, d’exploitation des richesses naturelles,

de relations commerciales ou sociales entre les hom-

mes. Non, mais il faciliterait singulièrement leur solu-

tion par ceux qui en font leur spécialité.

Nous croyons que, comme l’exprimait le Pape

Benoît XV, la question sociale se résume à une juste

distribution de la richesse. Nous croyons, de plus, que

cette juste distribution pourrait être réalisée par un

système financier reflétant les réalités et comportant,

dans ses règlements, la garantie d’un certain revenu à

tous et à chacun des membres de la société.

C’est ce que ferait l’application des principes du

Crédit Social, tels qu’énoncés par l’ingénieur écono-

miste C. H. Douglas.

D’où l’importance considérable que nous y atta-

chons.

Mais pour bien comprendre le Crédit Social et les

possibilités de son application, il ne faut pas en juger

sous l’éclairage du système actuel.

Du premier coup, le système actuel et le Crédit

Social prennent vis-à-vis de la finance deux attitudes

opposées:

Le système actuel soumet les possibilités phy-

siques de production à la présence des moyens de

paiement (à l’argent, au crédit financier).

Le Crédit Social, au contraire, soumet le système

financier aux possibilités physiques de répondre aux

besoins humains.

Comment le Crédit Social peut-il obtenir ce ren-

versement ? — Parce qu’il considère qu’un système

financier doit être assez souple pour s’adapter en tout

temps aux réalités économiques, qui sont elles-mê-

mes le résultat d’actes posés par des producteurs

libres répondant à des besoins humains exprimés

librement par des consommateurs libres. D’où le titre

de «Démocratie économique», que Douglas donna à

son premier livre sur ce sujet.

C’est d’autant plus facile à réaliser que le système

d’argent est déjà, actuellement, un système de comp-

tabilité. Il n’est que d’en faire une comptabilité exacte,

au lieu de cette comptabilité fausse qui exprime un

enrichissement réel, effectué par la population du

pays, par une dette publique à payer par la population

du pays. Et ses autres mauvais fruits sont multiples.

(...)

Un autre principe du Crédit Social, qui doit être

admis, parce qu’il correspond au réel, mais dont on

ne trouve aucune application dans le système actuel,

c’est que:

L’abondante production moderne est bien plus le

fruit d’inventions, de perfectionnements successifs,

d’applications scientifiques, de découvertes de puis-

santes sources d’énergie — en un mot, du progrès,

— que du travail des hommes employés dans la pro-

duction. C’est là un héritage, un immense capital réel.

Capital bien plus important que le capital-argent, qui

n’est après tout qu’un capital-chiffres qu’un organis-

me financier social pourrait créer avec autant d’effi-

cacité que la plume du banquier, alors que le capital

progrès a pris des siècles à se former.

Cet héritage communautaire, grand facteur de

production, n’est la propriété exclusive d’aucun être

vivant. C’est un bien commun dont l’usufruit doit va-

loir un revenu social, un dividende périodique à tous

les cohéritiers, à tous les membres de la société au

même degré. Sans pour cela supprimer la rémunéra-

tion à ceux qui participent à mettre ce capital en ren-

dement.

Comme on voit, le Crédit Social envisage une

conception du système financier, et du mode de dis-

tribution de la richesse, bien différent de celle du sys-

tème rapace et antisocial d’aujourd’hui. Une écono-

mie créditiste pourrait fort bien se servir des mêmes

canaux pour la mise en circulation et de retour du

crédit financier, mais avec un mode s’inspirant d’une

tout autre philosophie. Philosophie parfaitement en

rapport avec le service de tout homme et de tout

l’homme, réclamé par les Papes pour un organisme

économique sain et authentiquement social.

Tout cela dit bien sommairement, on retrouvera

ces principes du Crédit Social plus résumés encore,

dans les trois propositions suivantes, formulées par le

maître Douglas, pour leur mise en application:

1. Les moyens de paiement entre les mains de

la population d’un pays doivent, en tout temps, être

globalement égaux aux prix globaux à payer pour les

biens consommables mis en vente dans ce pays; et

ces moyens de paiement doivent être annulés lors de

l’achat des biens de consommation.

2. Les crédits nécessaires pour financer la produc-

tion doivent provenir non pas d’épargnes, mais de

nouveaux crédits se rapportant à une nouvelle pro-

duction. Et ces crédits ne seront rappelés que selon le

rapport de la dépréciation générale à «l’appréciation»,

à l’enrichissement général.

3. La distribution de pouvoir d’achat aux indivi-

dus doit progressivement dépendre de moins en

moins de l’emploi. C’est-à-dire que le dividende doit

graduellement remplacer salaires et émoluments,

à mesure que la capacité productive augmente par

homme-heure.

Les deux premières propositions voient au finan-

cement automatique de la production, et à l’applica-

tion de l’ajustement scientifique des prix dans le re-

tour des crédits financiers.

La troisième proposition a trait à la garantie d’un

dividende social à tous, croissant et déplaçant les

salaires comme pouvoir d’achat, à mesure que le pro-

grès déplace le travail salarié comme facteur de pro-

duction.

Voilà de quoi occuper l’esprit du lecteur. Mais que

le nouvel étudiant ne se décourage pas. Personne n’a

jamais maîtrisé un cours d’économie, même élémen-

taire, en une heure ou deux.

Puis, pour le Crédit Social, il faut se transporter

dans une optique créditiste, pour envisager cette nou-

velle conception du financement de la production et

de la distribution des produits.

Surtout, qu’on n’oublie pas qu’il s’agit d’une finan-

ce qui se plie aux réalités, et non plus de réalités qui

doivent se plier à la finance.

La méditation doit entrer dans cette étude, pour

en saisir de mieux en mieux la lumière et sa puissance

d’efficacité. Mais, le résultat vaut l’effort.

v

Louis Even

Non à la mondialisation de l’indifférence

Oui à l’entraide et la solidarité

P. S. – Dans l’article précédent, on expose le cas de

l’économie des pays évolués. Leur état économique

montre à l’évidence le désaccord entre le réel et le fi-

nancier et l’injustifiable soumission du réel au financier.

Mais cela ne veut pas dire que les principes du Cré-

dit Social soient inapplicables aux pays sous-dévelop-

pés. Dans ces pays aussi, un organisme économique

sain doit faire de la finance le reflet des réalités. Chez

eux, les problèmes de production existent encore à un

degré pressant. Leur capacité actuelle de production

étant encore faible, leur finance doit en être le reflet: il

ne sert à rien, nulle part, d’émettre du pouvoir d’achat

quand il n’y a pas de produits pour y répondre.

Ces pays peuvent posséder des richesses matériel-

les, mais n’avoir pas de moyens suffisants, en outils,

machines ou compétences, pour les mettre en ren-

dement. Ils pourraient y arriver moyennant de l’aide

étrangère. Il leur faudrait, par exemple, des moyens

financiers étrangers pour se procurer de l’outillage

qu’ils n’ont pas encore le moyen de manufacturer eux-

mêmes. Mais cette aide, pour être vraiment bienfai-

sante, ne doit pas devenir un poids de dettes sur leur

économie et faire de ces pays des colonies économi-

ques de consortiums financiers ou industriels des pays

plus riches.

Les méthodes actuelles des contrôleurs du crédit

ne se prêtent point à cette aide gratuite. Ni non plus

les grands exportateurs, qui accuseraient des concur-

rents désintéressés de nuire au marché international.

Mais un pays évolué à finance créditiste pourrait se

soustraire à ces considérations égoïstes. Ou, si le gou-

vernement du pays créditiste demeurait indifférent, les

citoyens de ce pays, libérés totalement ou en partie

de soucis matériels, pour peu qu’ils aient l’esprit de

fraternité évangélique, se feraient sans doute un doux

devoir de faire servir leur libération à en étendre les

bienfaits à leurs frères moins favorisés. De manières

qui peuvent être diverses, soit en leur faisant obtenir

des biens consommables pour des besoins immédiats

urgents, soit en leur aidant à s’outiller pour mettre

eux-mêmes en rendement leurs ressources locales, ou

d’autres manières encore.

v

Attention ! Grands rendez-

vous à Rougemont

Session d’étude

en français

du 27 avril au 5 mai

7 mai: assemblée

et consécration

au Christ-Roi

Siège de Jéricho:

du 8 au 13 mai

Le Pape Jean-Paul II, lors de sa deuxiè-

me visite en Afrique, disait au Président du

Nigéria, le 12 février 1982:

«

Toute l'Afrique, lorsqu'on la laissera

gérer ses propres affaires sans qu'il y ait

quelque pression ou intervention que ce

soit de la part des puissances ou des grou-

pes étrangers, non seulement étonnera le

reste du monde par ses réalisations, mais

sera capable de faire partager aux autres

continents et nations sa propre sagesse,

son sens de la vie, son respect de Dieu.»

Louis Even

u

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VERS DEMAIN mars-avril 2017

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