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délaissé. Puis-je l’abandonner, moi aussi?... Il faut que

je parte, malgré mon chagrin de vous laisser, de vous

plonger dans la douleur; il faut que je réponde à son

appel.»

Au début de sa vie religieuse, Élisabeth est favo-

risée de grâces sensibles: «Que le bon Dieu est bon!

écrit-elle à sa sœur. Je ne trouve pas d’expression

pour dire mon bonheur... Ici, il n’y a plus rien, plus que

Lui... On le trouve partout, à la

lessive comme à l’oraison !»

Chaque jour, elle passe plu-

sieurs heures au chœur pour

l’oraison silencieuse du matin,

l’office, la Messe et encore

l’oraison du soir. Toutefois,

elle n’oublie pas ceux qu’elle

a quittés et elle les retrouve

dans son cœur auprès de

Jésus. Pour vivre avec Dieu,

Élisabeth s’applique au silen-

ce extérieur et intérieur: «Si

mes désirs, mes craintes, mes

joies, mes douleurs, si tous

les mouvements provenant de

ces quatre puissances ne sont

pas parfaitement ordonnés à

Dieu, je ne serai pas solitaire:

il y aura du bruit en moi.»

Dans un questionnaire

récréatif, à la question: «Quel

est, selon vous, l’idéal de la

sainteté?», elle répond: «Vivre

d’amour.» Et à la question:

«Quel est le moyen le plus

rapide pour y parvenir ?», sa

réponse est: «Se faire toute

petite, se livrer entièrement.» On demande aussi:

«Quel est le trait dominant de votre caractère? — La

sensibilité.» Puis: «Le défaut qui vous inspire le plus

d’aversion? — L’égoïsme en général.»

Le 8 décembre 1901, la novice prend l’habit du

Carmel et reçoit son nom de religieuse: Élisabeth de

la Trinité. Peu de temps après, sa facilité pour l’oraison

fait place à la sécheresse. Sœur Élisabeth continue à

chercher Dieu dans la foi: «La foi me dit qu’Il est là

tout de même, et à quoi bon les douceurs, les conso-

lations? Ce n’est pas Lui. Et c’est Lui seul que nous

cherchons... Allons donc à Lui dans la foi pure.» Elle

écrit encore: «Moi aussi j’ai besoin de chercher mon

Maître qui se cache bien. Mais alors, je réveille ma foi

et je suis plus contente de ne pas jouir de sa présence

pour Le faire jouir, Lui, de mon amour.»

L’œuvre du Saint-Esprit

Sœur Élisabeth lit les écrits de saint Jean de la

Croix, de sainte Catherine de Sienne et de sœur Thé-

rèse de Lisieux, jeune carmélite morte peu auparavant

(1897) qui la marque profondément; elle recopiera

plusieurs fois son «Acte d’offrande à l’Amour miséri-

cordieux». Mais sa source spirituelle la plus profonde

reste le Nouveau Testament. Déjà avant son entrée

au Carmel, elle appréciait spécialement l’Évangile de

saint Jean; après sa profession, elle se nourrira des

Lettres de saint Paul et en particulier de la Lettre aux

Éphésiens. Mère Germaine écrira: «Les plus beaux

textes du grand Apôtre appuient les mouvements

de son âme contemplative... Élisabeth en découvre

le sens profond, s’identifie à

cette doctrine substantielle

qui la fortifie et alimente son

incessante oraison».

Ce travail spirituel se réa-

lise sous l’influence du Saint-

Esprit. Les mois qui suivent

sont marqués chez la jeune

sœur par des doutes sur sa

vocation; elle passe par des

moments de scrupule et, la

veille de sa profession per-

pétuelle, il faut appeler un

prêtre pour l’aider à dissiper

ses doutes. «En la nuit qui

précéda le grand jour, affir-

mera-t-elle, tandis que j’étais

au chœur dans l’attente de

l’Époux, j’ai compris que

mon ciel commençait sur la

terre, le ciel dans la foi, avec

la souffrance et l’immolation

pour Celui que j’aime.» Le 11

janvier 1903, soeur Élisabeth

fait sa profession, et le 21,

fête de sainte Agnès, vierge

et martyre, elle prend le voile

noir des professes.

Les seize sœurs du Carmel se réunissent pour les

repas, ainsi que pour les deux récréations où l’on par-

le simplement et joyeusement, tout en accomplissant

quelque travail manuel. Mais au cours de la journée,

chaque sœur fait son ouvrage autant que possible

dans la solitude. Sœur Élisabeth rend différents servi-

ces, notamment à la roberie. Sœur Marie de la Trinité

témoigne: «Comme sous-prieure, étant chargée, cha-

que semaine, de distribuer les offices domestiques,

j’ai pu constater qu’elle était un vrai trésor en commu-

nauté, un de ces sujets auxquels on peut demander

tous les services, avec l’assurance de lui faire plaisir.»

Élisabeth de la Trinité a toujours nourri une dévo-

tion particulière pour la Vierge Marie. Elle contemple

particulièrement le mystère de l’Annonciation: «Je n’ai

besoin d’aucun effort pour entrer dans ce mystère de

l’habitation divine en la Vierge. Il me semble y trouver

mon mouvement d’âme habituel, qui fut le sien: ado-

rer en moi le Dieu caché.» Le jour de la fête de la Pré-

sentation de Marie au Temple, 21 novembre 1904, elle

rédige une prière devenue célèbre, que l’on retrouvera

après sa mort: «Ô mon Dieu, Trinité que j’adore...» Du

Carmel, Élisabeth écrit de nombreuses lettres, no

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VERS DEMAIN janvier-février 2017

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