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aussi de l’exclamation quelque peu irritée de sa mère:

“Qu’est-ce qu’elle dit, la petite folle?”... Madame Catez,

anxieuse, me demandait si je croyais sérieusement à

une vocation; et moi, je répondis une parole qui, com-

me un glaive, transperça son âme: “J’y crois !”»

Le 19 avril 1891, Éli-

sabeth fait sa première

Communion à l’église

paroissiale Saint-Michel

de Dijon. Sa rencon-

tre intime avec Jésus

vivant, présent en son

cœur, est un instant de

grâce et de joie qui pro-

duit une nouvelle trans-

formation intérieure. «À

partir de ce jour, plus ja-

mais de colère !», écrira

sa mère. L’après-midi,

Élisabeth se rend au

Carmel, et Mère Marie

de Jésus lui apprend

que son nom signifie

«Maison de Dieu».

Deux mois après, elle reçoit le sacrement de

Confirmation. «À partir de ce moment, témoigne une

amie, Marie-Louise Hallo, la piété d’Élisabeth s’accrut

davantage, elle communiait souvent et versait d’abon-

dantes larmes après.» Sa mère s’effraie d’une piété

qu’elle estime trop intense, mais Élisabeth sent gran-

dir en elle la faim de cet Ami qui la nourrit et la forti-

fie merveilleusement. Jésus est de plus en plus pour

elle «le Bien-Aimé de l’Eucharistie». Mais, pendant des

années, il ne lui sera permis de communier qu’une fois

ou deux par semaine, selon l’usage du temps. Toute-

fois, elle peut visiter et adorer ce Bien-Aimé présent

dans le tabernacle.

Elle désire entrer au Carmel, mais sa mère n’est

pas de cet avis: elle lui interdit de se rendre au parloir

du monastère tout proche, et la pousse à découvrir la

vie du monde. Élisabeth devient coquette; elle aime à

porter de belles toilettes ainsi que des bijoux, et par-

ticipe avec entrain aux soirées mondaines, tout en

s’appliquant à garder la présence de Dieu.

«Mon secret»

Dès l’âge de huit ans, Élisabeth était entrée au

Conservatoire de musique. L’orthographe restera tou-

jours un peu déficiente chez elle, mais les longues

heures passées devant son piano, en compagnie de

Chopin, Schumann, Liszt et d’autres grands compo-

siteurs, développent son sens profond de la beauté.

À treize ans, elle obtient le premier prix du Conser-

vatoire, et, l’année suivante, le prix d’excellence. Elle

livrera un jour son secret, en écrivant à une amie: «Je

prierai pour Madeleine afin que le bon Dieu l’envahis-

se jusqu’en ses petits doigts; alors, je défie qui que ce

soit de rivaliser avec elle. Qu’elle ne s’énerve pas; je

vais lui donner mon secret: il faut qu’elle oublie tous

ceux qui l’écoutent et se croie seule avec le Maître di-

vin; alors on joue pour Lui avec toute son âme, et l’on

fait sortir de son instrument des sons pleins, à la fois

puissants et doux. Oh! Que j’aimais à Lui parler ainsi!»

Quand Élisabeth joue, elle est, en effet, avec «l’Ami de

tous les instants», le Dieu tout Amour qui remplit son

coeur.

Dans le même temps, Élisabeth participe aux

activités de la paroisse: elle enseigne le catéchisme,

chante à la chorale, entraîne des jeunes à l’église pour

prier pendant le mois de Marie. Mais son désir d’être

tout à Jésus ne cesse de croître. Un matin, à la fin

de la Messe, elle reçoit une grâce spéciale: «J’allais

avoir quatorze ans, rapportera-t-elle à Mère Germaine,

quand un jour, pendant mon action de grâces, je me

sentis irrésistiblement poussée à choisir Jésus comme

unique époux, et sans délai, je me liai à Lui par le vœu

de virginité. Nous ne nous dîmes rien, mais nous nous

donnâmes l’un à l’autre en nous aimant si fort, que

la résolution d’être toute à Lui devint chez moi plus

définitive encore.» Quelques semaines plus tard, de

nouveau au terme de la Messe, une indication lui est

Elisabeth lors de sa

première Communion

Elisabeth jouant du piano

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VERS DEMAIN janvier-février 2017

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