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la production; ils essaient même d'y pourvoir par des

mesures dites de sécurité sociale, par des allocations

diverses à divers cas. Mais c'est toujours en restant

soumis à des règlements financiers établis. La produc-

tion pourra être limitée par des restrictions financières.

Puis le moyen pour les consommateurs d'obtenir

des produits ou des services nécessite de l'argent, du

pouvoir d'achat. Or l'argent n'est normalement obtenu

en premier lieu que par la contribution à la produc-

tion, par des salaires aux employés ou des profits aux

employeurs ou aux bailleurs de fonds. Cela veut dire

seulement une partie de la population: au Canada,

selon le dernier recensement de 2011, un peu plus de

16 millions de personnes avaient un emploi (60% de

la population âgée entre 15 et 65 ans), sur une popu-

lation de 33 millions. Il faut pourtant que les 33 mil-

lions obtiennent de quoi vivre. Pour cela, les gouver-

nements taxent ceux qui ont obtenu de l'argent pour

en passer un peu à ceux qui n'ont rien.

Cette opération est un après-coup qui nécessite

des classements, des enquêtes, des surveillances,

etc., et qui fait des taxés peu satisfaits d'une part, des

secourus humiliés d'autre part. Sans compter les re-

tards et les oubliés.

Pourquoi cela? Parce que le système d'argent est

établi de telle sorte que le droit à la production doit

d'abord être gagné; donc que le pouvoir d'achat doit

d'abord être entièrement réparti entre les fournis-

seurs de capital et les fournisseurs de travail. Comme

si toute la production était le fruit de ces seuls élé-

ments: l'argent investi et le travail.

Il y a là une grosse déficience que relève Douglas

et après lui ses disciples, l'école créditiste.

Si l'on tient compte des facteurs de crédit réel,

autrement dit des facteurs de production, énumérés

plus haut, on peut voir que la production moderne dé-

pend de plus en plus d'autre chose, qu'elle augmente

alors que le personnel requis diminue de plus en plus,

alors que les jours et semaines de travail raccourcis-

sent. La production dépend donc d'autre chose que

les heures et les efforts fournis.

Mais oui. Il y a d'abord l'existence de richesses na-

turelles, qui sont un don gratuit de Dieu, et le Créateur

les a destinées à la satisfaction des besoins de tous les

hommes, comme l'a rappelé Pie XII. Sans cette matiè-

re première, tous les capitaux-argent et tous les efforts

des hommes ne produiraient rien.

C'est dire que personne n'a une propriété vraiment

complète et absolue sur les fruits de la production. A

seul titre d'être humain, tout homme a déjà au moins

un certain titre sur la production ayant utilisé ces gra-

tuités. Ce n'est pas là du socialisme ni la condamna-

tion de la propriété privée des moyens de production,

mais c'est reconnaître que cette propriété a une fonc-

tion sociale à accomplir, non pas tant au nom de la

charité qu'au nom de la simple justice.

Un autre grand facteur de l'abondante production

moderne, c'est le progrès réalisé dans les moyens, les

procédés et les techniques de production, fruit des

inventions, des découvertes, des sciences appliquées,

du savoir-faire — progrès acquis, conservé, accru et

transmis au cours des générations dans des pays civi-

lisés, là où l'ordre et le respect de la propriété ont rem-

placé l'anarchie et le pillage.

Ce progrès est un héritage commun, dont person-

ne ne peut se déclarer héritier exclusif. A mesure qu'il

s'est produit et qu'il se produit encore, ceux qui y ont

contribué et qui y contribuent encore ont reçu ou re-

çoivent leur récompense, soit en rémunération immé-

diate, soit en royautés sur un terme d'années, soit en

promotion ou autrement. Mais toutes ces acquisitions

progressives ont formé un bien de grande valeur que

chaque génération reçoit des générations précédentes.

Cet héritage commun est un bien plus grand fac-

teur de production que les efforts apportés par les

employés actuels de la production. Ce n'est pas un

bien gagné plus par l'un que par l'autre des vivants qui

l'héritent du passé, c'est donc tous les citoyens qui ont

un égal titre à ce qu'il apporte aux activités actuelles

de production. C'est un capital réel, et tous les vivants,

à titre de cohéritiers doivent bien en retirer un usufruit.

Ceux qui participent personnellement aux acti-

vités de production, ont certainement le droit à une

rémunération, mais cela n'empêche que tous, eux-mê-

mes et les non-employés, ont droit à une partie de la

production nationale, leur héritage commun étant un

capital productif d'importance considérable dans cette

production.

On connaît le cas du capital-argent. Celui qui l'a

placé dans l'entreprise en exige un revenu, appelé di-

vidende. Il y est reconnu attitré, même s'il ne contribue

personnellement d'aucune façon à sa mise en valeur.

S'il y contribue, comme employé, ou ingénieur-conseil

ou autrement, il obtient à la fois un salaire ou des émo-

luments et son dividende de capitaliste.

De même devrait-il en être pour tous les citoyens:

un dividende périodique sur leur héritage progrès, et

en plus, pour les employés dans la production une

rémunération en rapport avec leur contribution.

Il est tout à fait juste d'appeler le progrès un capi-

tal réel. Ce facteur de production est bien plus effectif

que le capital-argent qui, en lui-même, ne produit rien

et n'est qu'une permission de produire, comme nous

avons vu plus haut.

Le fait que ce capital réel est un héritage commu-

nautaire, fait de tous les cohéritiers, donc de tous les

citoyens, des capitalistes attitrés à un dividende pério-

dique sur la production qui en résulte.

L'application des principes financiers du Crédit

Social aurait, ajouté à d'autres bons effets, celui de

faire la propriété privée accomplir automatiquement'

sa fonction sociale, sans en souffrir elle-même, mais

à l'avantage de tous les membres de la communauté

nationale.

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VERS DEMAIN janvier-février 2017

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