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jeux politiques, même vous battre furieusement pour

choisir qui occupe ces rôles, le choix ne me dérange pas.

«Vous pouvez être nantis de richesses, de moyens

de production en certains lieux, moins en d'autres;

des prophètes d'une répartition plus équitable des

biens peuvent discourir, d'autres prêcher la violence:

tout cela ne change rien à ma suprématie.

«De vos laboratoires de recherches, de vos scien-

ces appliquées, des cerveaux de vos inventeurs, de

votre savoir-faire acquis, accru, transmis, vous pouvez

posséder des moyens de produire en abondance, à la

chaîne, tout ce qui suffirait à satisfaire tous les besoins

normaux des hommes de toute la planète: tout ce po-

tentiel reste soumis à mon pouvoir de permettre ou

d'interdire, d'activer ou de ralentir.

«Oui, je suis tout-puissant. Ce que les hommes,

individus, organisations ou nations, ont entre leurs

mains, peut être leur propriété, mais rien ne bou-

gera que si je le permets. J'ai déjà immobilisé pour

des périodes à peu près toute capacité de produire,

de produire abondamment, à la face de populations

criant privations et famine. Je puis permettre d'un trait

de plume des guerres dispendieuses, ruineuses et

meurtrières, et je l'ai déjà fait. Je puis faire des milliers

de producteurs valides chômer quand il y aurait une'

foule de projets utiles à réaliser.

«Je fais courir les chefs de gouvernements d'un

de mes centres à l'autre. Leur pays peut posséder tout

ce qu'il faut en fait de matériaux, de main-d'oeuvre,

de savoir-faire pour réaliser des projets utiles, même

pressants, désirés par leur population, mais tant qu'il

leur manque ma permission ils ne peuvent les entre-

prendre. Ils mendient cette permission chapeau bas à

New-York, à Cleveland, à Londres, à Paris. Quand ils

ont trouvé l'endroit où ils peuvent l'avoir avec un peu

moins de frais qu'ailleurs, ils rentrent chez eux en fai-

sant proclamer qu'ils ont réussi un bon coup.

«Ces grands élus m'ont l'air passablement idiots

de ne pouvoir faire creuser une tranchée chez eux,

avec une pelle mécanique de chez eux, par un homme

de chez eux qui demande de l'emploi, avant d'en avoir

obtenu la permission à l'un de mes bureaux qui, tous,

suivent mes directives.

«Mais, c'est ainsi que je consolide mon pouvoir.

Du bas en haut de l'échelle, petits et gros chefs poli-

tiques se pensent des personnages, alors qu'ils sont

tous mes esclaves. Ils ne peuvent rien sans ma per-

mission, et cette permission, ils taxent leurs dépen-

dants pour me la payer. Je suis de plus en plus maître

incontesté...»

Inutile de continuer ce discours, d'ailleurs tout

imaginé. Les financiers, nationaux ou internationaux,

ne parlent jamais avec cette insolence crue. Ils ne

découvrent jamais ainsi leur dictature. Ils laissent aux

politiciens la fièvre de paraître et de discourir. Eux, les

financiers, se contentent de donner des avis qui sont

des ordres, de brasser des millions et des milliards

bien autrement puissants que des bulletins de vote.

Ci-dessus n'est qu'une fable, mais les faits, plus

connus par leurs effets que, par leur description, dé-

passent de beaucoup la fable.

C'est cette dictature que, dans son encyclique

Quadragesimo Anno

, le Pape Pie XI fustigeait, l'accu-

sant de rendre «la vie économique horriblement dure,

implacable et cruelle». Cette puissance accumulée, ce

pouvoir énorme, Pie XI le localise dans les mains des

contrôleurs de l'argent et du crédit financier:

«Ce pouvoir est surtout considérable chez ceux

qui, détenteurs et maîtres absolus de l'argent, gou-

vernent le crédit et le dispensent selon leur bon plai-

sir. Par là, ils distribuent en quelque sorte le sang à

l'organisme économique dont ils tiennent la vie entre

leurs mains, si bien que, sans leur consentement, nul

ne peut plus respirer.»

Quant au pouvoir détenu par les gouvernements,

le pape dit de lui dans la même encyclique: «

…la

déchéance du pouvoir : lui qui devrait gouverner de

haut, comme souverain et suprême arbitre en toute

impartialité et dans le seul intérêt du bien commun

et de la justice, il est tombé au rang d'esclave et est

devenu le docile instrument de toutes les passions et

de toutes les ambitions de l'intérêt.»

L'encyclique de Pie XI est de 1931. La dictature

financière n'a fait que s'affermir davantage depuis. Le

crédit financier commande le crédit réel. La concen-

tration croissante du crédit financier entre quelques

mains place de plus en plus aussi entre quelques

mains le crédit réel lui-même: une poignée d'hommes

d'argent commande des firmes industrielles gigantes-

ques, avec des réseaux de succursales, dans lesquel-

les s'engouffrent chaque jour, des milliers d'ouvriers

plus compétents pour produire que les hommes d'ar-

gent, mais qui doivent faire abstraction de leur person-

nalité en franchissant le seuil d'entrée.

En août 2016, Vers Demain avait un kiosque au

Forum social mondial, à Montréal, qui réunissait des

groupes de partout à travers le monde chcerchant à

offrir une alternative au système économique actuel.

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VERS DEMAIN janvier-février 2017

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