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qu’aujourd’hui, pour soigner ses rhumes et meubler la

tête de ses fistons aussi efficacement qu’aujourd’hui ?

On continue de raisonner comme si la terre était

encore couverte de ronces et d’épines. Voici pourtant

bientôt vingt siècles que le Verbe fait homme et toute

son Église après Lui, demandent au Père céleste le

pain quotidien. Le Père céleste donne l’abondance,

et on l’insulte en enfermant l’abondance derrière des

grilles cadenassées par les suppôts de Satan, pendant

que les enfants des hommes se désespèrent dans la

privation !

Économie sociale

C’est donc une économie d’abondance que nous

réclamons. Et c’est aussi une économie sociale, une

économie qui assure une part des biens de la terre à

tous et à chacun des membres de la société.

Une économie sociale, ce sera encore une écono-

mie nouvelle, parce que notre économie actuelle n’est

pas sociale.

Un minimum vital assuré par législation, comme

droit de naissance, à tout homme entrant aujourd’hui

dans le monde. L’abondance actuelle est surtout le

résultat de l’accumulation des acquisitions humaines

à travers les générations. La science transmise et aug-

mentée fait plus que le labeur individuel du travailleur.

Et la science transmise et augmentée est un bien com-

mun.

«Que tout homme, en entrant dans le monde,

puisse effectivement jouir, en quelque façon, de la

condition d’héritier des générations précédentes».

(Jacques Maritain).

«On ne pourra prétendre à quelque ordre social

que le jour où le droit à l’existence sera égal et ab-

solu pour tous les hommes; où l’homme, par le seul

fait de sa naissance, bénéficiera sur la société d’une

créance qu’il s’agit de déterminer, mais dont le prin-

cipe paraît juste, si l’on songe qu’elle ne fera jamais

qu’équilibrer l’immense effort de millions d’hom-

mes, nos prédécesseurs sur la terre charnelle, pour

conquérir, pour exploiter, pour dominer le monde de

la création.»

(Daniel-Rops).

«Chaque personne, par là même qu’elle appar-

tient à l’espèce humaine, doit, d’une manière ou

d’une autre, profiter des avantages de la destinée

commune de la nature matérielle au bien de l’espèce

humaine.»

(Jacques Maritain).

«L’organisme économique et social sera saine-

ment constitué et atteindra sa fin, alors seulement

qu’il procurera à tous et chacun de ses membres tous

les biens que les ressources de la nature et de l’indus-

trie, ainsi que l’organisation vraiment sociale de la vie

économique, ont le moyen de leur procurer.»

(Pie XI).

«Le point fondamental de la question sociale

est celui-ci: que les biens créés par Dieu pour tous

les hommes doivent, de quelque façon, les atteindre

tous.»

(Pie XII).

Dans tous ces textes, c’est «tous et chacun des

membres de la société» qui doivent obtenir une part.

Et cette part, précise Pie XI, doit «être suffisante pour

leur assurer une honnête subsistance.»

Les textes ne spécifient pas les moyens. «En quel-

que façon, de quelque façon, d’une manière ou d’une

autre», disent-ils.

Mais cela ne signifie pas qu’il ne faut le faire

d’aucune façon. Et les créditistes, eux, ont une techni-

que bien arrêtée pour le faire: le droit à un minimum

de biens, reconnu par la mise entre les mains de tous

et chacun d’un minimum d’argent, puisque l’argent

est le droit aux produits.

L’absorption, par tous et chacun, de ce minimum de

biens ne privera personne de ce qu’il absorbe actuelle-

ment, au moins pas au Canada. Cela ne fera qu’activer

une production engourdie faute d’écoulement.

Orienter aussi la production: la production pour

les besoins des familles, non pas pour les visées des

monopoles. Avec la machine moderne, la motorisa-

tion moderne, qu’a-t-on besoin du travail du diman-

che, du travail de nuit, pour fournir les biens nécessai-

res à une honnête subsistance?

Logique et charité

Ceux qui, à la faveur de la pauvreté artificiellement

créée par eux, concentrent entre leurs mains un pou-

voir discrétionnaire sur la vie des hommes, essaient

de bloquer le mouvement en faveur d’une économie

nouvelle.

Des hommes publics, des rhéteurs, des moralistes

à courte vue font, consciemment ou non, le jeu de ces

puissances dénoncées par le Pape. Trop de gens dits

de l’élite se retranchent dans la ligne de l’intelligence

et ignorent celle de l’amour. C’est peut-être en puni-

tion de cette lacune que leur logique elle-même pêche

tristement.

Nous croyons fermement que la logique et la cha-

rité des créditistes finiront bien par prévaloir.

Leur méthode, d’ailleurs, est bonne. Pour la réa-

lisation d’une économie nouvelle, ils savent que la

question de l’argent doit être résolue. Ils savent aussi

que cette question ne peut avoir sa solution que dans

la politique, puisqu’il s’agit, non pas de l’usage, mais

du volume de l’argent et de sa distribution à la source.

Lorsque l’éducation sera faite, les citoyens de notre

pays s’entendront sur l’objectif et se feront servir. Qu’ils

s’accordent tous, par exemple, sur ce point précis:

Décréter l’assurance d’un minimum vital, d’un revenu

garanti à chaque homme, femme et enfant de la nation.

Leur gérant, le gouvernement, n’aura qu’à exécuter ou

se retirer. Disons que le gouvernement sera très heu-

reux de le faire. C’est beaucoup plus intéressant que de

mortifier tout le monde et beaucoup plus facile que de

chercher des taxes là où il n’y a pas d’argent.

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Louis Even

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VERS DEMAIN janvier-février 2017

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