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rons de nouveau aujourd'hui. Fruits de cette apostasie,

les germes de haine, semés de tous côtés; les jalousies

et les rivalités entre peuples, qui entretiennent les que-

relles internationales et retardent, actuellement encore,

l'avènement d'une paix de réconciliation; les ambitions

effrénées, qui se couvrent bien souvent du masque de

l'intérêt public et de l'amour de la patrie, avec leurs tris-

tes conséquences: les discordes civiles, un égoïsme

aveugle et démesuré qui, ne poursuivant que les sa-

tisfactions et les avantages personnels, apprécie toute

chose à la mesure de son propre intérêt. Fruits encore

de cette apostasie, la paix domestique bouleversée par

l'oubli des devoirs et l'insouciance de la conscience;

l'union et la stabilité des familles chancelantes; toute la

société, enfin, ébranlée et menacée de ruine.

Si tout pouvoir a été donné au Christ Seigneur dans

le ciel et sur la terre; si les hommes, rachetés par son

sang très précieux, deviennent à un nouveau titre les

sujets de son empire; si enfin cette puissance embras-

se la nature humaine tout entière, on doit évidemment

conclure qu'aucune de nos facultés ne peut se sous-

traire à cette souveraineté.

Il faut donc qu'il règne sur nos intelligences :

nous devons croire, avec une complète soumission,

d'une adhésion ferme et constante, les vérités révé-

lées et les enseignements du Christ. Il faut qu'il règne

sur nos volontés: nous devons observer les lois et les

commandements de Dieu.

Il faut qu'il règne sur nos cœurs: nous devons

sacrifier nos affections naturelles et aimer Dieu par-

dessus toutes choses et nous attacher à lui seul. Il

faut qu'il règne sur nos corps et sur nos membres :

nous devons les faire servir d'instruments ou, pour

emprunter le langage de l'Apôtre saint Paul, d'armes

de justice offertes à Dieu (Romains 6, 13) pour en-

tretenir la sainteté intérieure de nos âmes. Voilà des

pensées qui, proposées à la réflexion des fidèles et

considérées attentivement, les entraîneront aisé-

ment vers la perfection la plus élevée.

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Pie XI

Il est important de bien faire la différence entre

les deux termes. Laïcité signifie que l’état n’a pas

de religion officielle, mais qu’il n’interdise pas ou

ne combatte pas non plus les religions. L’État lais-

se les gens vivre leur foi et l’exprimer librement. Le

laïcisme, au contraire, est hostile à toute forme de

religion, et veut interdire toute forme d’expression

ou manifestation de la religion en public, dans les

écoles, etc.

Quand on parle de séparation de l’Église et de

l’État, il est question de la saine distinction entre

domaine politique et domaine religieux, ce qui n’a

pas toujours été facile à vivre au cours de l’histoire.

En France, par exemple, la Révolution de 1789 avait

interdit toute influence à la religion catholique: c’était

la terreur, on obligeait même les prêtres, sous peine

de mort, à prêter serment d’obéissance à l’État plu-

tôt qu’au pape de Rome. Quelques années plus tard,

l’empereur Bonaparte, constatant que la religion était

malgré tout nécessaire à la stabilité de l’État, rétablit

les liens avec l’Église de Rome, avec le Concordat de

1801. Malgré tout, un esprit anticlérical continuait de

régner parmi une grande partie de la classe politique

française, et le Parlement vota, en 1905, la Loi de la

séparation des Églises et de l’État.

En 2005, à l’occasion du centenaire de cette loi,

le pape saint Jean-Paul II écrivait une Lettre aux évê-

ques de France. Le cardinal Jean-Pierre Ricard, alors

président de la Conférence des évêques catholiques

de France, résumait ainsi cette lettre du Pape:

«Jean Paul II distingue laïcité et laïcisme. Ce der-

nier est une attitude hostile à toute religion, qu’il voit

comme humiliation de la raison et source de vio-

lence et d’intolérance... À l’opposé du laïcisme, il est

important de bien préciser la juste conception du

principe de laïcité “qui appartient aussi, dit le Saint-

Père, à la Doctrine sociale de l’Eglise”. Il exprime la

non-confessionnalité de l’Etat et la juste autonomie

de l’Etat et de l’Eglise. L’Etat n’intervient pas dans

la vie interne de l’Eglise et réciproquement l’Eglise

n’intervient pas habituellement dans le fonctionne-

ment de l’Etat et des pouvoirs publics, sauf quand le

respect de principes fondateurs de notre vie sociale

est en jeu. Cette autonomie ne signifie pas ignorance

mutuelle mais dialogue.»

Dans son exhortation apostolique sur l’Église au

Moyen-Orient (14 septembre 2012, n. 29), le pape

Benoît XVI écrivait: «La saine laïcité… signifie libé-

rer la croyance du poids de la politique et enrichir

la politique par les apports de la croyance, en main-

tenant la nécessaire distance, la claire distinction et

l’indispensable collaboration entre les deux. Aucune

société ne peut se développer sainement sans affir-

mer le respect réciproque entre politique et religion

en évitant la tentation constante du mélange ou de

l’opposition... Tous deux sont appelés, même dans la

nécessaire distinction, à coopérer harmonieusement

pour le bien commun. Une telle laïcité saine garantit

à la politique d’opérer sans instrumentaliser la reli-

gion, et à la religion de vivre librement sans s’alour-

dir du politique dicté par l’intérêt, et quelquefois peu

conforme, voire même contraire, à la croyance. C’est

pourquoi la saine laïcité (unité-distinction) est néces-

saire, et même indispensable aux deux.»

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Laïcité ou laïcisme ?

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VERS DEMAIN janvier-février 2017

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