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Le Crédit Social est une idée vivante; elle vit dans

l'esprit qui l'accueille, qui s'en fait l'apôtre. En faire une

simple question de vote en faveur d'un homme ou

d'un parti, c'est réduire les mots «Crédit Social» à ne

signifier qu'une chose sans lumière et sans flamme,

n'entraînant aucune responsabilité individuelle.

Impuissance humaine

Question — Dans l'hypothèse où un gouverne-

ment en place voudrait le bien du peuple, pourrait-il

adopter et appliquer le Crédit Social, ou faudrait-il un

référendum?

Cette question suppose que jusqu'ici aucun gou-

vernement n'a voulu ou ne veut le bien du peuple,

mais qu'il pourrait en surgir un d'une prochaine urne

électorale. C'est bien sévère pour les gouvernements

actuels et passés; et il faut être bien optimiste pour

supposer que du même arbre on puisse cueillir un

fruit complètement différent. Mais admettons votre

hypothèse. Voici un gouvernement parfait. Va-t-il pou-

voir adopter et établir un organisme économique de

Crédit Social ?

La réponse est NON. Référendum ou pas de réfé-

rendum: NON. C'est humainement impossible en face

de la puissance actuelle du monstre financier (

Notez le

mot «humainement»

).

Le monstre financier, le superpouvoir des contrô-

leurs mondiaux de l'argent et du crédit, est plus fort

que tous les gouvernements du monde. Il les domine

tous.

Cette subordination des gouvernements aux sei-

gneurs de la finance n'est pas un secret. Il y a plus d'un

siècle, Disraéli, qui fut plusieurs fois ministre des finan-

ces et même premier ministre de la puissante Angle-

terre d'alors, s'en est plaint publiquement, sans pour

cela pouvoir s'en défaire. D'autres chefs d'État aussi. Il

suffit d'ailleurs de constater les situations qui se succè-

dent de notre temps; crise d'argent de dix années; fi-

nance à déborder de six années de guerre; restrictions

cycliques de crédit; dettes publiques perpétuelles et

croissantes; décrets concertés de mesures d'austérité,

alors que rien n'a diminué dans la capacité de produc-

tion des pays concernés. Ces faits qui crèvent les yeux

démontrent à l'évidence que les contrôleurs de l'argent

et du crédit «tiennent nos vies entre leurs mains» (Pie

XI); que par les banques à leur service, ils «dirigent les

décisions des gouvernements et tiennent dans le creux

de leurs mains les destinées des peuples» (McKenna,

ministre anglais des finances, puis président de la plus

grosse banque commerciale d'Angleterre).

Les gouvernements, réduits à l'état de valets de

cette superpuissance, sont incapables de se défaire de

ce vasselage — même s'ils en avaient le désir...

Est-ce à dire que tout espoir soit vain, et inutile

tout effort apporté à promouvoir la cause créditiste

— Oh! non, pas du tout. Mais cela veut dire qu'il ne

faut pas compter sur des gouvernements, sur des

changements de partis au pouvoir, pour venir à bout

d'une puissance supérieure à tous les gouvernements

du monde. C'est gaspiller ses énergies en pure perte;

c'est vouloir abattre une forteresse avec des boules

de coton.

L'oint du Seigneur

Oh ! Il advint bien un jour qu'un jeune homme,

simple berger, sans entraînement militaire, sans autre

armure qu'un bâton, une fronde et cinq pierres dans sa

gibecière, affronta et abattit d'une seule pierre un co-

losse mesurant 9 pieds (3 mètres), homme de guerre

depuis sa jeunesse, bardé d'airain de la tête aux pieds,

sa tunique d'airain atteignant aux chevilles et pesant

150 livres (75 Kilos), armé d'un javelot et d'une lance

terminée par une pointe de fer pesant 18 livres (9 kilos).

Mais c'est une toute autre force que celle de sa fronde

qui donna à David la victoire contre le géant Goliath.

Pas encore roi, mais déjà oint du Seigneur, David avait

mis toute sa confiance en Dieu, sachant bien que «de la

force de son bras, Dieu disperse les superbes».

Toute une leçon nous est donnée là. Les créditis-

tes de Vers Demain se la font souvent rappeler et tâ-

chent d'en tenir compte. Seule, une puissance céleste

peut triompher des plus puissantes forces terrestres.

Le Ciel veut quand même que nous fassions notre

part, de notre mieux, mais sans nous fier uniquement

à notre action. Le jeune David ne dit pas: «Je ne ferai

rien, à quoi bon en face d'une force qui se rit de ma

faiblesse?» Non, il fit sa petite part. Il prit les armes à

sa portée — bâton, fronde, pierres — sans doute ridi-

culisé et traité de fou. Et Dieu fit le reste, la grosse part.

Le créditiste de Vers Demain ne s'arrête ni devant

sa propre faiblesse en face d'une force ennemie humai-

nement invincible, ni devant des années qui se succè-

dent sans succès apparents, ni devant des moqueries,

des critiques et des trahisons. Il sait que chaque pas

fait pour une cause juste, chaque témoignage rendu à

une vérité, chaque rayon d'espoir communiqué à des

abattus, chaque élévation d'âme ou chaque conver-

sion suscitée par son exemple et par le message qu'il

porte, est un gain. Et seuls les anges savent ce que ce

message, ces prières et ces exemples ont fait de bien.

L'apôtre, s'il s'en rend compte, s'en réjouit mais en

rend grâce à Dieu. S'il l'ignore, s'il ne voit pas pousser

le grain semé, il continue quand même de semer, de

labourer, de peiner, dans la joie intérieure du désinté-

ressement personnel, d'unique recherche de la gloire

et du bien pour ses frères.

L'heure de la conversion

Quant au Crédit Social, l'apôtre le propage par

le journal Vers Demain qui en est le véhicule. Il est

convaincu qu'un organisme économique l'adoptant

favoriserait la justice distributive, pour le bien de tou-

tes les personnes, de toutes les familles. Mais, sans

diminuer ses propres efforts, il compte surtout sur

Dieu, comme David. Son rosaire quotidien, son heure

hebdomadaire d'adoration du Saint Sacrement, men-

tionnant toujours dans leurs grandes intentions: «Pour

l'avènement d'une cité chrétienne et créditiste.» Chré-

tienne d'abord, parce que sans cela elle ne peut être

créditiste. De ce côté, l'aspect actuel du monde n'est

certainement pas propice à l'avènement d'une écono-

mie si conforme à l'esprit du christianisme. L'heure de

la conversion devra précéder l'heure du Crédit Social

tel que nous le concevons.

Cependant, si la dictature financière n'a encore

rien perdu de son pouvoir de contrôle, le créditiste

constate tout de même bien que la revendication

constante du droit de tout homme à des moyens de

vivre a gagné les esprits. A tel point que, même dans

le contexte du présent système financier, les législa-

teurs doivent en tenir compte, et les contrôleurs de la

finance consentent en partie pour une certaine sécuri-

té sociale ce qu'ils ont consenti sur une grande échelle

pour la guerre. Comme pour la guerre, d'ailleurs, ils le

font sans perdre rien de leur suprématie. La sécurité

sociale, comme la guerre, est financée à coups d'aug-

mentations de dettes et de taxes. Mais au moins, c'est

un soulagement pour les nécessiteux. C'est un peu la

philosophie sous-jacente au Crédit Social qui fait son

chemin, sans avoir encore la technique efficace et libé-

ratrice de Douglas à son service.

Douglas n'avait pas tardé à constater la réaction

du monopole bancaire contre ses propositions si logi-

ques, si géniales et si chargées d'efficacité. Et à mesure

que la conspiration du silence ne pouvait plus tenir, le

monopole fortifiait ses propres positions, utilisant les

moyens puissants dont il dispose pour liguer contre

l'idée créditiste les politiciens de carrière, les profes-

seurs d'économie politique, les aviseurs financiers des

gouvernements, les unions ouvrières, des clercs de

tout niveau, les journaux influents et autres fabricants

d'opinion publique.

Il voyait clair: Dès 1924, il déclarait que rien n'étant

changé dans la dictature financière qui «tient entre

ses mains les destinées des peuples», une deuxième

guerre mondiale allait éclater avant l'année 1940. Ce

qui arriva.

Dans les années qui suivirent cette deuxième

guerre, Douglas ne comptait guère ou point du tout

sur quelque action gouvernementale pour opérer

la réforme nécessaire dans le système financier. Il

prévoyait plutôt que le système finirait par devenir

insoutenable et s'effondrerait de lui-même. L'action

à faire par les tenants de la lumière créditiste, écrit-

il, était de la répandre pour que, lorsque adviendrait

cette situation, les esprits étant préparés, il serait

aussi facile d'inaugurer d'un coup un système finan-

cier propre à la civilisation moderne que d'essayer d'y

arriver par des réformes parcellaires.

Les créditistes de Vers Demain sont eux-mêmes

bien fixés sur l'orientation de leurs activités. Ils tien-

nent pour perte de temps, de force, d'énergie, d'appui

financier ou autre, et pour source de frustration, toute

activité cherchant une application du Crédit Social

dans un changement de gouvernement, dans un parti

vieux ou nouveau. Ils ne se reposent pas pour cela.

Ils maintiennent, comme Douglas, qu'en matière de

Crédit Social, le travail efficace à faire est d'éclairer

la population sur le monopole du crédit financier, lui

imputant les fruits mauvais dont il est la cause dans la

vie des personnes, des familles, des institutions; et, en

regard, exposer la doctrine lumineuse, si conforme au

bon sens, du Crédit Social authentique. Ils s'efforcent

aussi de développer chez eux-mêmes et rayonner

l'esprit créditiste, si bien d'accord avec l'esprit évangé-

lique: esprit de service et non de domination, et non

de poursuite insatiable d'argent ou de biens matériels

qui est de même nature, avec des moyens moins puis-

sants, que l'esprit des seigneurs de la haute finance.

Que vienne l'écroulement du système sous le

poids de ses propres énormités, ou qu'adviennent les

événements maintes fois prédits par des âmes privi-

légiées et dont on ne peut guère douter à la vue de la

décadence des moeurs, de l'apostasie, de la «pagani-

sation» de peuples qui furent chrétiens et les mieux

nantis de biens matériels — dans l'un ou l'autre cas,

les vivants ou les survivants d'alors ne seront pas sans

lumière pour se donner un organisme économique et

social digne du nom.

Que cette heure soit proche ou distante, c'est un

élément inconnu qui, donc, ne peut entrer en ligne de

compte dans notre décision.

v

Louis Even

u

David et Goliath, lithographie d’Osmar Schindler

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VERS DEMAIN août-septembre 2017

VERS DEMAIN août-septembre 2017

www.versdemain.org www.versdemain.org

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