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Photo Paul Badde/CNA

Invité pour les 700 ans du diocèse de Luçon en

France, du 12 au 15 août 2017, le cardinal Robert Sarah

(natif de Guinée, et depuis 2014 préfet de la Congréga-

tion pour le culte divin et la discipline des sacrements),

a fait l’éloge de la Vendée et de ses habitants, marty-

risés sous la Révolution française de 1789, dans son

homélie de la messe célébrée le samedi soir 12 aout

au Puy-du-Fou, un parc à thématique historique fondé

il y a 40 ans pour souligner l’histoire des Vendéens,

particulièrement leur résistance aux révolutionnaires

qui voulaient interdire la religion catholique.

Dans son homélie, le cardinal fait la comparai-

son entre les révolutionnaires athées de 1789 et les

nouveaux révolutionnaires d’aujourd’hui qui veulent

détruire la famille chrétienne, «les persécuteurs mo-

dernes de l’Église», et fait appel à tous les catholiques

à se lever et défendre leur foi et la famille. Voici des

extraits de cette homélie forte et courageuse:

Par

le cardinal Robert Sarah

Mes frères, nous offrons ce soir le sacrifice de la

messe pour le repos de l’âme de tous les bénévoles

du Puy-du-Fou décédés depuis le début de cette belle

et extraordinaire œuvre, il y a quarante ans.

Par votre travail, vous tous qui êtes ici rassemblés,

vous réveillez chaque soir la mémoire de ce lieu. Le châ-

teau du Puy-du-Fou, ruine douloureuse, abandonnée des

hommes, s’élève comme un cri vers le Ciel. Entrailles

ouvertes, il rappelle au monde que, face à la haine de

la foi, un peuple s’est levé: le peuple de Vendée !

Mes chers amis, en donnant vie à cette ruine, tous

les soirs, vous rendez la vie aux morts! Vous rendez

la vie à tous ces Vendéens, morts pour leur foi, pour

leurs églises et pour leurs prêtres. Votre œuvre s’élè-

ve sur cette terre comme un chant portant le souvenir

des martyrs de la Vendée ! Vous faites vivre ces trois

cent mille hommes, femmes et enfants, victimes de la

Terreur ! Vous donnez une voix à tous ceux que l’on a

voulu faire taire, parce qu’ils refusaient le mensonge

et l’idéologie athée. Vous rendez honneur à ceux que

l’on a voulu noyer dans l’oubli, parce qu’ils refusaient

de se laisser arracher la liberté de croire et de célébrer

la messe !

Je vous le dis solennellement: votre œuvre est

juste et nécessaire. Elle est une œuvre voulue et ins-

pirée par Dieu, et soutenue par le sang des martyrs.

Par votre art, par vos chants, par vos prouesses tech-

niques, vous offrez enfin une digne sépulture à tous

ces martyrs que la haine révolutionnaire avait voulu

laisser sans tombeau, abandonnés aux chiens et aux

corbeaux !

Votre œuvre est donc bien plus qu’une œuvre

simplement humaine. Elle est comme une œuvre

d’Église, une œuvre de Dieu, une liturgie à la louange

de Dieu. Votre œuvre est nécessaire, car nos temps

semblent assoupis ! Face à la dictature du relativisme,

face au terrorisme de la pensée qui, à nouveau, veut

arracher Dieu du cœur des enfants, nous avons besoin

de retrouver la fraîcheur d’esprit, la simplicité joyeuse

et ardente de ces saints et de ces martyrs.

Quand la Révolution voulut priver les Vendéens

de leurs prêtres, tout un peuple s’est levé. Face aux

canons, ces pauvres n’avaient que leurs bâtons ! Face

aux fusils, ils n’avaient que leurs faux ! Face à la haine

des colonnes terroristes, ils n’avaient que leur chape-

let, leur prière et le Sacré-Cœur cousu sur leur poitrine !

Mes frères, les Vendéens ont simplement mis en

pratique ce que nous enseignent les lectures de ce

jour (1 Rois 19, 11-13). Dieu n’est pas dans le tonnerre

et les éclairs, il n’est pas dans la puissance et le bruit

des armes. Il se cache dans la brise légère ! Face au

déferlement planifié et méthodique de la Terreur, les

Vendéens savaient bien qu’ils seraient écrasés. Ils ont

pourtant offert leur sacrifice au Seigneur en chantant.

Ils ont été cette brise légère, brise en apparence ba-

layée par la puissante tempête des colonnes inferna-

les. Mais Dieu était là. Sa puissance s’est révélée dans

leur faiblesse!

L’histoire – la véritable histoire – sait qu’au fond,

les paysans vendéens ont triomphé. Par leur sacrifice,

ils ont empêché que le mensonge de l’idéologie ne

règne en maître. Grâce aux Vendéens, la Révolution

a dû jeter son masque et révéler son visage de haine

de Dieu et de la foi. Grâce aux Vendéens, les prêtres

ne sont pas devenus les esclaves serviles d’un État

totalitaire; ils ont pu demeurer les libres serviteurs

du Christ et de l’Église. Les Vendéens ont entendu

l’appel que le Christ nous lance dans l’Évangile de ce

jour (Matthieu 14, 22-33): «Courage ! C’est moi, n’ayez

pas peur !». Alors que grondait la tempête, alors que

la barque prenait l’eau de toute part, ils n’ont pas eu

peur, tant ils étaient certains que, par-delà la mort, le

Cœur de Jésus serait leur unique patrie !

Mes frères et soeurs, nous chrétiens, nous avons

besoin de cet esprit des Vendéens ! Nous avons be-

soin de cet exemple ! Comme eux, il nous faut quitter

nos semailles et nos moissons, laisser là nos sillons,

pour combattre, non pour des intérêts humains, mais

pour Dieu!

Qui donc se lèvera aujourd’hui pour Dieu? Qui

donc se tiendra debout, le livre de la Révélation à la

main, pour dénoncer et détruire les nouvelles idéo-

logies post-modernes qui polluent l’anthropologie

chrétienne, démolissent la vraie nature de la famille

et du mariage, et promeuvent la culture de la mort

et de la barbarie? Qui donc osera affronter les persé-

cuteurs modernes de l’Église aujourd’hui ? Qui aura

le courage de se lever sans autres armes que le cha-

pelet et le Sacré-Cœur, pour affronter les colonnes

de la mort de notre temps que sont le relativisme,

l’indifférentisme et le mépris de Dieu? Qui dira à ce

monde que la seule liberté qui vaille la peine qu’on

meurt pour elle est la liberté de croire?

Mes frères, comme nos frères Vendéens d’autre-

fois, nous sommes aujourd’hui appelés au témoigna-

ge, jusqu’au martyre ! Aujourd’hui en Orient, au Pakis-

tan, en Afrique, nos frères chrétiens meurent pour

leur foi, écrasés par les colonnes de l’Islamisme per-

sécuteur. Et nous, nous voulons un Évangile liquide,

sans exigence… Et toi, Peuple de France, toi, Peuple

de Vendée, quand donc te lèveras-tu avec les armes

pacifiques de la prière et de la charité pour défendre

ta foi ? Chers amis, le sang des martyrs coule dans

vos veines, soyez-y fidèles ! Nous sommes tous spiri-

tuellement des fils de la Vendée martyre ! Même nous,

Africains, qui avons reçu de tant de missionnaires

vendéens venus mourir chez nous pour annoncer le

Christ. Nous nous devons d’être fidèles à leur héritage !

L’âme de ces martyrs nous entoure en ce lieu. Que

nous disent-ils? Que veulent-ils nous transmettre?

D’abord le courage! Quand il s’agit de Dieu, aucune

compromission n’est possible ! L’honneur de Dieu ne

se discute pas! Et cela doit commencer par notre vie

personnelle, de prière et d’adoration. Il est temps,

mes frères, de nous révolter contre l’athéisme prati-

que qui asphyxie nos vies ! Prions en famille, laissons

à Dieu la première place ! Une famille qui prie est une

famille qui vit ! Le chrétien qui ne prie pas, qui ne sait

pas laisser de place à Dieu par le silence et l’adora-

tion, finit par mourir !

De l’exemple des Vendéens, nous devons aussi

apprendre l’amour du sacerdoce. C’est parce que

leurs «bons prêtres» étaient menacés qu’ils se sont

révoltés. Vous, les plus jeunes, si vous voulez être

fidèles à l’exemple de vos aînés, aimez vos prêtres,

aimez le sacerdoce ! Aidez vos prêtres à être dignes

de Jésus, fidèles à la grâce de leur sacerdoce; aidez-

les à vivre et à mourir uniquement pour Jésus et pour

l’Église. Vous, jeunes, vous devez aussi vous poser la

question: «Et moi, suis-je également appelé à être prê-

tre à la suite de tous ces bons prêtres martyrisés par la

Révolution? Aurai-je moi aussi le courage de donner

toute ma vie pour le Christ et pour mes frères?»

Les martyrs de Vendée nous apprennent encore le

sens du pardon et de la miséricorde. Face à la persé-

cution, face à la haine, ils ont gardé au cœur le souci

de la paix et du pardon. Souvenez-vous comment le

chef Bonchamp fit relâcher cinq mille prisonniers quel-

ques minutes avant de mourir. Sachons affronter la

haine sans ressentiment et sans aigreur.

Nous sommes l’armée du Cœur de Jésus, comme

Lui nous voulons être plein de cœur, plein de dou-

ceur, plein d’humilité! Jamais le cœur d’un chrétien

n’acceptera d’abriter la haine, la rancœur et le mépris.

Le chrétien n’a pas d’ennemi ni d’opposant à abattre.

«Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs»,

nous exhorte Jésus.

Enfin, des martyrs de Vendée, il nous faut appren-

dre le sens de la générosité et du don gratuit. Vos

ancêtres ne se sont pas battus pour leurs intérêts

personnels, ils n’avaient rien à gagner. Ils nous don-

nent aujourd’hui une leçon d’humanité. Nous vivons

dans un monde marqué par la dictature de l’argent,

de l’intérêt, de la richesse. La joie du don gratuit est

partout méprisée et bafouée.

Or, seul l’amour généreux, le don désintéressé de

sa vie peut vaincre la haine de Dieu et des hommes,

qui est la matrice de toute révolution. Les Vendéens

nous ont appris à résister à toutes ces révolutions. Ils

nous ont montré que face aux colonnes infernales,

comme face aux camps d’extermination nazis, face

aux goulags communistes, comme face à la barba-

Les nouveaux révolutionnaires

veulent détruire la famille

Homélie du cardinal Robert Sarah

en mémoire des martyrs de la Vendée

Plus tôt dans la journée, le cardinal Sarah s’est re-

cueilli sur la tombe de saint Louis-Marie Grignion de

Montfort, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée.

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VERS DEMAIN août-septembre 2017

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