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devenu premier ministre de son pays avait perdu ses

ailes: il était lié !

Puis, si la finance moderne est affaire de comp-

tabilité, rien n'excuse une comptabilité fausse, une

comptabilité contraire aux faits qu'elle doit traduire.

Rien ne peut empêcher d'exprimer la valeur de la pro-

duction par du crédit, à mesure qu'elle naît, et sa dis-

parition par un débit équivalent, qui rappelle et annule

les chiffres que le crédit a libérés.

Si la finance était ce qu'elle doit être, une représen-

tation exacte des réalités, suivant en tout le mouve-

ment de la richesse, jamais un pays qui s'enrichit plus

qu'il ne s'appauvrit n'exprimerait sa situation financière

par une dette nationale.

Et s'il suffit de chiffres pour représenter des créan-

ces sur les produits, rien de plus facile que d'établir un

mode équitable de répartition et de distribution de la

richesse. C'est ce que le Crédit Social propose par la

distribution périodique, à chaque personne, d'un cer-

tain nombre de ces chiffres, qui sont de l'argent, et qui

garantiraient à chaque personne au moins l'indispen-

sable à l'existence.

C'est bien le moins, qu'un membre de la société,

un sociétaire, ait le droit d'attendre de sa société dans

un pays qui a des surplus sur les bras.

Si l'argent moderne consiste en chiffres représen-

tant des possibilités réelles, il est inconcevable que

des corps publics soient obligés de renoncer à des

projets parfaitement exécutables, pour la seule raison

qu'ils manquent de ces chiffres.

Pourquoi pas maîtres chez nous !

Il est inconcevable, aussi, que des bras de chez

nous doivent rester croisés devant des richesses na-

turelles de chez nous, jusqu'à ce que des faiseurs de

chiffres étrangers veuillent bien venir enrôler ces bras

à leur propre service, recevoir de notre gouvernement

un tribut de reconnaissance, et emporter chez eux ces

richesses de chez nous, extraites et transformées par

des bras de chez nous.

Voilà un point qui touche pertinemment à la ques-

tion posée par le Front Universitaire: «Comment le

Crédit Social contribuerait-il à notre libération écono-

mique?»

Sous un régime de Crédit Social, le problème pu-

rement financier n'existerait pas, du moins pas pour

une collectivité. Tout ce qui est physiquement pos-

sible deviendrait, automatiquement, financièrement

possible aussi vite que serait prise la décision de l'exé-

cuter. Toute production nouvelle, en effet, serait finan-

cée par des émissions correspondantes de crédit; et le

crédit ainsi mis en circulation serait rappelé et cancellé

seulement au rythme de la disparition (par usure, des-

truction, consommation) de la richesse produite.

Aucunement besoin, donc, de ce qu'on appelle

«capital étranger», ni même de «capital» tout court,

dans le sens courant du mot, pour produire au pays

ce qu'on est capable d'exécuter au pays. Quelles pers-

pectives cela n'ouvre-t-il pas à des patriotes indignés

de voir leur riche pays traité comme une colonie éco-

nomique de maîtres étrangers!

Sur cette question du «capital», comme sur celle

de l'argent, Mackenzie King était parfaitement rensei-

gné. Il écrivait, dans son même ouvrage (page 130):

«La monnaie et le crédit ne sont pas en eux-mê-

mes du capital. Ils ne le sont qu'en vertu du droit que

comporte leur possession; ils comportent un pouvoir

de main-mise, parce qu'ils sont échangeables pour

des denrées et des services.»

Faire exploiter nos richesses par du «capital étran-

ger», c'est littéralement inviter la main-mise étrangère

sur nos richesses.

Des chiffres émis par notre pays lui-même, basés

sur l'enrichissement résultant de l'application du tra-

vail de nos gens sur nos propres richesses naturelles,

feraient aussi bien l'affaire. Ils récompenseraient aussi

bien le travail fourni et ils obtiendraient aussi bien,

pour les travailleurs, les produits provenant d'autres

producteurs du pays.

Le véritable capital, ce sont les richesses naturel-

les, données par le bon Dieu, et la capacité de les ex-

ploiter, réside dans les cerveaux, les bras et les tech-

niques acquises. Le reste n'est que chiffre. Ce sont les

chiffres qu'il faut rendre conformes aux possibilités

réelles, et non vice versa.

C'est pourquoi le Major Dou-

glas écrivait, la même année que

Mackenzie King, en 1918:

«Toute production nouvelle

doit être financée, non pas par

l'épargne provenant de paie-

ments pour la production an-

cienne, mais par des crédits nou-

veaux. Et ces crédits ne doivent

être retirés que dans la mesure

où il y a consommation ou dépré-

ciation de la richesse.»

Douglas ne se contente pas

de disserter, de donner des défi-

nitions: il passe aux conséquen-

ces. C'est pourquoi sa doctrine

est si riche de dynamisme. Mise en application, elle

changerait vite la face de l'économie, sans d'ailleurs

léser personne, sauf les exploiteurs qui paralysent ou

endettent l'humanité par leur contrôle dictatorial de

l'argent et du crédit.

Avec une économie de revenu intégral au lieu

d'embauchage intégral, avec l'écoulement non entra-

vé de la production répondant aux besoins, avec le

nécessaire garanti aussi longtemps que le système

producteur peut y répondre, le Crédit Social introdui-

rait dans le monde un élément inconnu jusqu'ici: la

sécurité économique pour tous.

C'est la sécurité économique — non pas l'opu-

lence — qui constitue véritablement la richesse tem-

porelle, parce que c'est alors que l'esprit, dégagé des

incessants et rongeants soucis matériels du jour au

lendemain, peut librement tendre vers des valeurs

plus spécifiquement humaines.

La liberté ne commence bien qu'avec la satisfac-

tion du nécessaire. Préférer la liberté au nécessaire

pour vivre, c'est de l'héroïsme: on ne peut le demander

ni au grand nombre, ni longtemps. D'autre part, accep-

ter des chaînes pour avoir plus lorsqu'on possède déjà

le nécessaire, c'est un matérialisme avilissant, pratiqué

par trop de créchards, mais honni par des patriotes

qui veulent libérer leur pays et leurs frères.

Pour la libération politique

Le Front Universitaire demande si le Crédit Social

apporterait avec lui, aussi, un facteur de libération

politique. C'est impliquer l'existence d'une dictature

politique: dictature de parti, dictature de patronage,

dictature des octrois conditionnés, dictature de l'aris-

tocratie des privilégiés, etc.

La première condition d'une libération politique

est d'avoir au moins une élite de citoyens avec une

mentalité d'hommes libres. Puis de faire rayonner cet-

te mentalité dans la population.

Le système économique actuel n'y contribue

guère. Peut-on attendre une prolifération d'hommes

libres, du milieu croissant de prolétaires dépersonna-

lisés, d'automates, d'individus castrés de leur faculté

de décision, que l'économie actuelle forme à pleines

villes et à coeur d'année? Où sont les libérateurs pos-

sibles, dans ces masses qui s'engouffrent chaque jour

dans des usines de plus en plus gigantesques, y font

les gestes répétés qu'on leur commande, produisent

sans savoir pour qui ni pour quoi, dénués de tout,

même des outils qu'ils manient, toujours sur la bran-

che et à la merci de conditions sur lesquelles ils n'ont

pas l'ombre d'un contrôle?

Sous un régime créditiste, on n'avilirait pas ainsi

la personne à mesure qu'on ennoblit la matière. Les

techniques de production continueraient de progres-

ser. Mais la production ne serait plus dictée ni conduite

par l'aristocratie de l'argent, par une ploutocratie insou-

ciante de l'humain. L'entreprise n'exigeant plus l'apport

de «capitaux-chiffres», c'est la compétence et la res-

ponsabilité qui prendraient les initiatives et la direction.

Le système de servage moderne, le salariat, ne

tarderait pas à entrer dans l'histoire du passé.

Le nécessaire garanti, par un dividende à tous,

ferait des hommes libres, comme on le signalait tout à

l'heure. Des hommes libres ne sont étoffe ni à esclaves

ni à serfs. L'entrepreneur se rendrait vite compte qu'il

aurait à changer sa formule et à se chercher des asso-

ciés plutôt que des embauchés. Des associés compé-

tents et intéressés, non plus des employés qui doivent

choisir entre des conditions qu'on leur offre ou les

tiraillements de la faim. Le salariat ferait rapidement

place à l'associationnisme.

Des hommes ainsi libérés économiquement se

laisseraient mal asservir politiquement. Quels appâts

les crèches de partis peuvent-elles conserver pour des

individus qui ont tant soit peu le sens de leur dignité,

lorsqu'ils ne sont plus obligés de ramper pour avoir

du pain?

D'ailleurs une partie essentielle de la technique

du Crédit Social, l'ajustement des prix — dont il serait

trop long d'aborder l'explication dans cette conférence

— tiendrait chaque citoyen, chaque ménagère qui va

au magasin, au courant de la situation économique de

son pays. La promulgation périodique du coefficient

des prix serait un véritable résumé de bilan, concrète-

ment compréhensible par quiconque achète un article

chez le détaillant. Chaque citoyen saurait le pourquoi

du prix qu'il paie, quelle proportion en est due à la pro-

duction des biens mêmes qu'il consomme et qu'elle

proportion aux services qu'il reçoit de ses administra-

tions publiques. Il n'aurait pas besoin pour cela de se

perdre dans le labyrinthe de cent canaux de fiscalité.

De cette démocratie économique à la démocratie

politique, il n'y a que la distance entre l'oeil qui voit et

la langue qui parle.

Si l'on veut juger un peu du citoyen de demain

sous un régime de Crédit Social, qu'on jette un coup

d'oeil sur les créditistes en bérets blancs qui parcou-

rent avec entrain les routes du Canada et d’autres pays.

Pas encore libérés économiquement, mais déjà allé-

gés de leurs chaînes par la vision qu'ils ont du monde

créditiste. Puis, trop éclairés, trop épris de la valeur

de leur idéal, pour accepter servilement de s'arrêter

devant les interventions paperassées ou galonnées.

A peine gagné le pain de leur famille, ils sacrifient

joyeusement la poursuite du superflu pour travailler à

conquérir la liberté pour tous.

Par sa seule philosophie, avant même d'être mis

en application, le Crédit Social forme déjà des ci-

toyens libres, des hommes repersonnalisés, avec un

sens élevé de la responsabilité individuelle dans l'édi-

fication d'une cité temporelle plus digne de civilisés et

de chrétiens.

C'est avec de tels hommes — et non pas avec des

complexes de chiens battus, ou de perpétuels apeurés,

ou des «let Georges do it» (laissons Georges le faire) —

qu'on peut espérer libérer un pays de tout ce qui, soit

d'ordre économique, soit d'ordre politique, pèse inuti-

lement sur la vie de ses familles et de ses citoyens.

v

Louis Even

u

Clifford H. Douglas

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