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L'industrie a pour fin de fournir des produits,

et non pas de fournir de l'emploi, du travail. Elle est

même d'autant plus parfaite qu'elle fournit plus de pro-

duits avec moins de labeur humain.

L'industrie n'a pas non plus pour fin de financer

l'achat des produits. L'industrie n'existe pas plus pour

les salaires que pour les profits. Profits et salaires n'en-

trent que comme moyens, comme stimulants pour

mobiliser les producteurs.

3. Il y a d'ailleurs une juridiction des fonctions. La

fonction de produire relève de l'industrie (manufac-

turière, agricole ou autre). La fonction de répartir et

distribuer les produits relève de la société elle-même.

C'est à la société d'établir un mode de répartition qui

atteigne le mieux la fin de la vie économique, qui ac-

tualise le droit imprescriptible de chaque personne à

une part des biens terrestres.

4. La production moderne est bien plus le fait de

procédés, de techniques, résultant d'inventions, d'ap-

plications de la science, transmises, perfectionnées de

génération en génération, que des efforts individuels

de ceux que la production occupe. Ce facteur de pro-

duction est un héritage commun, un capital social, de

plus en plus productif, qui doit par conséquent profi-

ter à tout le monde, tous en étant co-propriétaires. Le

salaire, récompense de l'effort individuel, ne doit donc

pas être le seul titre aux fruits de la production.

5. L'argent étant un titre aux produits, à n'importe

quel produit ou service offert, son volume ne peut être

régi que socialement. Comment admettre qu'un indi-

vidu ou une institution privée (comme les banques)

puisse avoir le droit de dicter à son gré ce que vau-

dront les créances sur la production de toute la socié-

té? Puis le pouvoir d'achat global doit être en rapport

avec la production globale offerte répondant aux be-

soins, puisque cette production existe justement pour

satisfaire les besoins.

6. La finance ne doit être ni un système de gouver-

nement, ni un système de récompense ou de châti-

ment, ni un substitut à la morale, ni une dictature sur la

production ou sur les besoins. Elle doit, au contraire,

servir la production et non lui poser des limites.

7. Le but d'un système financier bien compris doit

être:

a) De financer fidèlement la production répon-

dant aux besoins;

b) De distribuer efficacement les fruits de la pro-

duction.

Il est difficile de nier l'un ou l'autre de ces postu-

lats, même si le quatrième sonne nouveau et soulève

de la controverse. Mais le système financier actuel ne

tient compte d'aucun d'eux.

Le problème du jour: la distribution

En 1918, William Lyon Macken-

zie King, qui n'était pas encore chef

du parti libéral canadien (et premier

ministre), écrivait un livre intitulé

Industry and Humanity

(

L'Industrie

et l'Humanité

). On y lit:

«L'homme et non plus la na-

ture, est maintenant maître de la

situation. Le problème relatif à la

possibilité de tout produire, sauf

en volume illimité, est déjà réso-

lu. Les progrès de l'intelligence

humaine ont résolu cette réalisa-

tion. On peut certes s'en remettre

à l'intelligence humaine du soin de

trouver également une solution

équitable au problème de la distribution!»

(Page 103.)

Cette même année-là, l'ingénieur écossais, le Ma-

jor Clifford Hugh Douglas, présentait au monde la for-

mule du Crédit Social, justement pour résoudre d'une

façon équitable le problème de la distribution. Dou-

glas constatait, lui aussi, que la production, comme

telle, ne présentait plus de problème. Il écrivait:

«Le système économique peut être assimilé à

une machine ayant pour but de satisfaire les besoins

de l'humanité. La partie productrice de cette machine

est très efficace, mais la partie distributrice est terri-

blement inadéquate.»

Mais le Major Douglas ne se contentait pas d'espé-

rer que l'intelligence humaine trouverait une solution

au problème de la distribution: il offrait la solution.

Ni Mackenzie King, pendant son long terme de

chef du gouvernement canadien, ni jusqu'ici aucun

autre gouvernement doué d'un pouvoir souverain in-

contesté, n'a jugé à propos d'adopter cette solution.

On a préféré subir des dépressions, se reposer sur les

guerres pour redonner du sang à la vie économique,

compter sur des plans d'État, ou jouer avec la fiscalité,

par des allocations parcimonieuses, conditionnées,

accompagnées d'enquêtes et de froide bureaucratie,

et dont le financement tend à stériliser les sources de

la production.

La solution de Douglas n'enrégimente rien, ne

confisque rien, ne centralise rien, ne dicte rien, n'en-

trave en rien l'initiative et l'entreprise privée. Elle ne

touche qu'à l'instrument social par nature: l'instrument

monétaire. Non pas pour enlever de l'argent à ceux qui

en ont; non pas pour dicter l'usage de l'argent à ceux

qui en reçoivent; mais simplement pour rendre l'émis-

sion, le volume et le rappel de l'argent (ou son syno-

nyme moderne, le crédit) conformes aux faits d'une

production libre et d'une consommation libre.

Simple système de comptabilité

L'argent moderne se prête particulièrement bien à

cette réforme d'ordre purement financier.

Si, en effet dans les siècles passés, l'argent a pu

être une marchandise intermédiaire, l'argent moder-

ne, lui, n'est que chiffres, et la finance qu'une simple

comptabilité.

Dans le même livre cité plus haut, Mackenzie King

écrivait avec beaucoup de justesse:

«L'argent, ce sont des chiffres inscrits dans des

registres, des signes et des chiffres imprimés sur du

métal ou du papier.»

Et ce sont les chiffres inscrits dans des registres,

dans les grands-livres des banquiers, au crédit des dé-

posants ou des emprunteurs, qui servent pour les 90

pour cent des transactions commerciales. Par simples

virements d'un compte à l'autre. Comptabilité écrite.

Argent scriptural.

Quant aux pièces de métal ou rectangles de papier,

avec des chiffres ou des figurines, eux aussi sont une

sorte de comptabilité, non écrite, les chiffres passant

d'une main à l'autre, au lieu d'un compte à l'autre. Je

me débite moi-même d'un billet d'un dollar que je pas-

se à mon marchand, et mon marchand se crédite lui-

même d'autant. Il en obtient la disposition, tout comme

il dispose de son crédit dans son compte en banque.

Pas une personne ne regarde à la valeur intrinsè-

que du billet de papier, ou des pièces d'argent ou de

nickel, qu'elle reçoit en échange de produit, de travail

ou de services. C'est la confiance en ce que le système

producteur peut fournir en échange de ces chiffres,

qui les a fait accepter sans hésiter. C'est la capacité de

production qui confère de la valeur à ces chiffres.

L'absurdité d'un manque de chiffres

Si l'argent moderne consiste en chiffres, il n'y a

aucune raison de manquer de chiffres, en regard d'une

capacité de production qui n'attend que des comman-

des exprimées par ces chiffres.

Dans les années de chômage d'avant-guerre, Mac-

kenzie King devait se sentir bien humilié d'avoir à dire

que le pays manquait de chiffres pour permettre aux

besoins d'obtenir des produits, et pour permettre aux

chômeurs d'entretenir un flot mouvant de produits.

Mackenzie King savait mieux, mais, hélas ! l'auteur

Mackenzie King

u

Confiance en Dieu plutôt qu’à l’argent

Le 20 septembre 2015, pendant son voyage

apostolique à Cuba, le Pape François a dit ce

qui suit aux prêtres, consacrés et séminaristes

réunis à la cathédrale de La Havane:

«Une fois, un prêtre âgé, sage, m’a dit que

quand on commence à réunir de l’argent, et

pour assurer l’avenir, alors, l’avenir n’est pas

en Jésus, il est dans une compagnie d’assuran-

ces de type spirituel, que je gère, n’est-ce pas?

Donc, quand, par exemple, une Congrégation

religieuse, pour prendre un exemple, me di-

sait-il, commence à réunir de l’argent et à épar-

gner, Dieu est si bon qu’il envoie un économe

qui est un désastre, qui la conduit à la faillite.

Ils font partie des meilleures bénédictions de

Dieu à son Eglise, les économes qui sont des

désastres, car ils la rendent libre, ils la rendent

pauvre. L’Eglise, notre Sainte Mère, est pauvre,

Dieu la veut pauvre, comme il a voulu pauvre

Marie, notre Sainte Mère.»

u

Photo: Congrès du 25e anniversaire

de Vers Demain à Granby en 1964.

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VERS DEMAIN août-septembre 2017

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