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Au cours de l’histoire,

de grands saints ont écrit

des choses sublimes sur la

Vierge Marie: saint Bernard

de Clairvaux, saint Domini-

que, saint François de Sa-

les, saint Jean Eudes, saint

Louis-Marie Grignon de

Montfort, saint Maximilien

Kolbe, pour n’en nommer

que quelques-uns. Mais

parmi eux, un ressort particulièrement pour le 18e siè-

cle: saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évê-

que, Docteur de l’Église, et fondateur des Rédemptoris-

tes. En 1750, il écrivit «Les Gloires de Marie», livre qui

réunit de nombreuses citations concernant la dévotion

envers la Bienheureuse Vierge Marie de la part des Pè-

res et Docteurs de l'Église. Voici des extraits du chapi-

tre V, où saint Alphonse explique que l'intercession de

Marie nous est nécessaire pour nous sauver:

Marie, notre médiatrice

La foi nous enseigne qu'il est, non seulement per-

mis, mais encore utile et conforme à la piété, d'invo-

quer et de prier les saints, et principalement leur Rei-

ne, la très sainte Vierge Marie, afin d'obtenir la grâce

divine par leur intercession. Cette vérité, l'Église l'a

définie en divers conciles, et elle a condamné com-

me hérétiques ceux qui réprouvaient l'invocation des

saints comme injurieuse à Jésus-Christ, notre unique

Médiateur. Si, après sa mort, Jérémie prie Jérusalem;

si les vieillards de l'Apocalypse présentent à Dieu les

prières des justes; si saint Pierre promet à ses dis-

ciples de se souvenir d'eux dans l'autre vie; si saint

Étienne prie pour ses persécuteurs; si saint Paul prie

pour ses compagnons et ses amis; il est clair que les

saints peuvent prier pour nous; mais alors, pourquoi

ne pourrions-nous pas supplier les saints d'intercéder

en notre faveur ? D'un autre côté, saint Paul se recom-

mande aux prières de ses disciples: «Priez pour nous»,

dit-il aux Thessaloniciens; saint Jacques exhorte les

fidèles en ces termes: «Priez les uns pour les autres,

afin que vous soyez sauvés.» Nous pouvons donc,

nous aussi, quêter les prières d'autrui, et en particulier

celles des saints.

Que Jésus-Christ soit notre unique Médiateur de

justice; que lui seul nous ait obtenu par ses mérites la

réconciliation avec Dieu; qui le nie? Mais, d'autre part,

c'est une impiété de nier que Dieu se plaise à octroyer

ses grâces en ayant égard à l'intercession des saints,

et surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus

désire tant de voir aimée et honorée de nous. Qui ne

sait que l'honneur rendu aux parents rejaillit sur leurs

enfants? Les pères sont la gloire de leur fils, selon le

Sage. Qu'on ne craigne donc pas d'obscurcir la gloire

du Fils à force de louer la Mère, car honorer la Mère,

c'est louer le Fils: Il n'est nullement douteux, dit saint

Bernard, que toutes les louanges que nous donnons

à la Mère et à la Reine, retourne au Fils et au Roi. En

effet, personne n'en doute, c'est en considération des

mérites de Jésus-Christ que Marie fut investie de ce

grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, disons-

nous non pas à titre de justice, mais à titre de grâce

et par intercession. Saint Bonaventure n'hésite pas à

l'appeler ainsi; et saint Laurent Justinien demande:

«Comment ne serait-elle pas pleine de grâce, celle qui

est devenue l'Échelle du paradis, la Porte du ciel, la

véritable Médiatrice entre Dieu et les hommes?»

À ce propos, Suarez observe avec raison que prier

la sainte Vierge de nous obtenir des grâces, c'est té-

moigner que nous nous défions, non pas de la misé-

ricorde divine, mais de nous-mêmes et de notre indi-

gnité; nous nous recommandons à Marie, afin que sa

dignité supplée à notre misère.

Toutes les grâces passent par Marie

Ainsi, que ce soit une chose utile et sainte de re-

courir à l'intercession de Marie, ceux-là seuls peuvent

le révoquer en doute qui renoncent à la foi. Mais le

point que nous prétendons établir ici, c'est que l'inter-

cession de Marie nous est même nécessaire pour le

salut, c'est-à-dire, pour parler avec précision, non pas

absolument, mais moralement nécessaire. Et nous

disons que cette nécessité découle de la volonté de

Dieu même, lequel ne veut pas nous faire de grâces

qui ne passent par les mains de Marie. C'est le senti-

ment de saint Bernard; et nous pouvons ajouter, avec

l'auteur du Règne de Marie, que ce sentiment est com-

munément suivi aujourd'hui par les théologiens et les

docteurs. Ainsi ont enseigné Vega, Mendoza, Paciu-

chelli, Segneri, Poiré, Crasset et un très grand nombre

d'autres savants écrivains.

Le Père Noël Alexandre lui-même, pourtant si

réservé dans ses propositions, affirme aussi que la

volonté de Dieu est que nous attendions toutes les grâ-

ces par l'intercession de Marie; et il cite à l'appui le mot

célèbre de saint Bernard: «La volonté de Dieu est que

nous ayons tout par Marie». Le Père Contenson sou-

tient la même doctrine; il explique en ce sens les paro-

les adressées par Jésus du haut de la croix à saint Jean,

et il les commente en ces termes: «Voilà votre Mère,

comme si le Sauveur eût dit: Personne n'aura part aux

mérites du sang que je répands, si ce n'est par l'inter-

cession de ma Mère. Mes plaies sont les sources de la

grâces; mais les ruisseaux n'en couleront sur aucune

âme que par le canal de Marie. Jean, mon cher disciple,

vous serez aimé de moi en proportion de l'amour

filial que vous aurez pour elle.»

Selon saint Bernard, Dieu a comblé Marie

de toutes les grâces, afin que tous les biens

destinés aux hommes leur arrivent par elle

comme un canal céleste: «Pareil à un aqueduc

plein jusqu'au bord, elle donne à tous sa pléni-

tude». Le saint fait en outre une réflexion bien

remarquable ! Si, dit-il, avant la naissance de la

bienheureuse Vierge, on ne voyait pas dans le

monde ce courant de grâces qui s'épanchent

aujourd'hui sur tous les hommes, c'est qu'alors

cet Aqueduc si désirable y manquait. Marie a

été donnée au monde afin que, par ce canal de

grâces, les dons célestes descendent continuel-

lement jusqu'à nous.

Le démon le sait bien; aussi, de même que,

pour réduire la ville de Béthulie, Holopherne en

fit couper les aqueducs, cet esprit malin s'atta-

che de tout son pouvoir à détruire dans les

âmes la dévotion envers la Mère de Dieu; car,

ce canal salutaire une fois fermé, il lui devient

facile de les subjuguer. «Voyez donc, conclut

le même Père, voyez, âmes fidèles, avec quelle

affectueuse dévotion le Seigneur veut que nous

honorions notre Reine ! Il a mis en elle la plé-

nitude de tous les biens, afin de nous obliger

à recourir sans cesse à elle avec une entière

confiance en sa protection, et à reconnaître ainsi

que, désormais, s'il est pour nous quelque espé-

rance d'obtenir la grâce et d'arriver à la gloire,

nous ne pouvons la voir réaliser que par l'entre-

mise de Marie». Saint Antonin dit pareillement:

«Toutes les grâces qui ont jamais été départies

aux hommes, leur sont venues par le moyen de

Marie.»

Voilà pourquoi elle est comparée à la lune.

Placée entre le soleil et la terre, dit saint Bona-

venture, la lune renvoie à cette dernière la lu-

mière qu'elle-même reçoit du soleil; et Marie

reçoit du soleil divin les célestes influences de

la grâce, pour nous les transmettre ici-bas.

C'est pour le même motif que la saint Église

l'invoque sous le titre de Porte du ciel:

Felix coe-

li porta

. Toute lettre de grâce émanée du roi passe par

la porte de son palais; ainsi, remarque saint Bernard,

nulle grâce ne descend du ciel sur la terre, sans passer

par les mains de Marie. Et, rendant raison de la même

appellation, saint Bonaventure ajoute que nul ne peut

entrer dans le ciel, sans passer par cette bienheureuse

Porte qui est Marie. (…)

Pour conclure, nous dirons avec le Père Sua-

rez que, selon le sentiment aujourd'hui universel de

l'Église, l'intercession de Marie ne nous est pas seule-

ment utile, mais encore nécessaire. Il ne s'agit pas ici,

nous le répétons, d'une nécessité absolue: la média-

tion de Jésus nous est seule absolument nécessaire;

nous parlons d'une nécessité morale fondée sur cette

raison que, comme le pense l'Église, d'accord avec

saint Bernard, Dieu a décrété de ne nous accorder

aucune grâce, si ce n'est par l'entremise de Marie. Et

avant saint Bernard, saint Ildephonse avait affirmé la

même chose, en parlant ainsi à la glorieuse Vierge:

«O Marie ! il a plu au Seigneur de remettre entre vos

mains tous les biens qu'il a préparés aux hommes; il

vous a confié tous les trésors et toutes les richesses de

ses grâces». Selon saint Pierre Damien, si Dieu n'a pas

voulu se faire homme sans le consentement de Marie,

c'est pour deux raisons: premièrement, afin de nous

obliger à une extrême reconnaissance envers cette di-

vine Mère; secondement, pour nous apprendre que le

salut de tous les hommes est remis à sa décision. (…)

Les Gloires de Marie

par saint Alphonse-Marie de Liguori

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