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Arrivés sur une île marécageuse, au centre du lac

Texcoco, les Aztèques voient s’accomplir le présage

annoncé: un aigle, perché sur un cactus, dévore un

serpent; nous sommes en 1369. Ils fondent là leur

cité de Tenochtitlan, qui deviendra Mexico. La cité se

développe pour devenir

une ville sur pilotis avec

de nombreux jardins où

abondent fleurs, fruits et

légumes. L’organisation

progressive du royaume

aztèque en fait un empire

hiérarchisé et très struc-

turé. Les connaissances

des mathématiciens, as-

tronomes, philosophes,

architectes, médecins,

artistes et artisans, sont

excellentes pour l’épo-

que. Mais les lois de la

physique

demeurent

peu connues. La puis-

sance et la prospérité de

Tenochtitlan lui viennent

surtout de la guerre. Les

villes conquises doivent

payer un tribut de den-

rées diverses et d’hom-

mes pour la guerre et

les sacrifices. Les sacri-

fices humains et l’an-

thropophagie des Aztè-

ques n’ont guère connu

d’équivalent au cours de

l’histoire.

En 1474, vient au

monde un enfant auquel

on donne le nom de

Cuauhtlatoazin («aigle

qui parle»). À la mort

de son père, l’enfant est

pris en charge par son oncle. Dès l’âge de trois ans, on

lui apprend, comme à tous les petits Aztèques, à parti-

ciper aux tâches domestiques et à se comporter digne-

ment. À l’école, il apprend le chant, la danse et surtout

la religion aux multiples dieux. Les prêtres ont une in-

fluence très forte sur la population qu’ils maintiennent

dans une soumission allant jusqu’à la terreur. Cuauhtla-

toazin a treize ans lorsqu’on procède à la consécration

du grand Temple, à Tenochtitlan. Pendant quatre jours,

les prêtres sacrifient 80 000 victimes humaines à leur

dieu. Après son service militaire, Cuauhtlatoazin se

marie avec une jeune fille de sa condition. Ils mènent

ensemble une vie modeste d’agriculteurs.

En 1519, l’Espagnol Cortès débarque au Mexique,

à la tête de plus de 500 soldats. Il conquiert le pays

pour le compte de l’Espagne, mais n’est cependant pas

sans zèle pour l’évangélisation des Aztèques; il obtient,

en 1524, la venue de douze Franciscains à Mexico. Ces

missionnaires s’intègrent rapidement à la population;

leur bonté contraste avec la dureté des prêtres aztè-

ques ainsi que de certains conquistadors. On commen-

ce à construire des églises. Cependant, les Indiens se

montrent assez réfractaires au Baptême, surtout à cau-

se de la polygamie qu’il

leur faut abandonner.

Cuauhtlatoazin et sa

femme figurent parmi

les premiers à recevoir

le Baptême, sous les

noms respectifs de Juan

Diego et María Lucía. À

la mort de cette derniè-

re, en 1529, Juan Diego

se retire à Tolpetlac, à 14

km de Mexico, chez son

oncle Juan Bernardino,

devenu chrétien lui aus-

si. Le 9 décembre 1531,

comme à son habitude

le samedi, il part très tôt

le matin pour assister

à la Messe célébrée en

l’honneur de la Sainte

Vierge, chez les Pères

franciscains, près de

Mexico. Il passe au pied

de la colline de Tepeyac.

Soudain, il entend un

chant doux et sonore

qui lui paraît provenir

d’une grande multitude

d’oiseaux. Levant les

yeux vers le haut de la

colline, il voit une nuée

blanche et rayonnante. Il

regarde autour de lui et

se demande s’il n’est pas

en train de rêver. Subite-

ment le chant s’arrête et

une voix de femme, douce et délicate, l’appelle:

«Jua-

nito, Juan Dieguito!»

Il gravit rapidement la colline et

se trouve en présence d’une très belle jeune fille dont

les vêtements brillent comme le soleil.

«Un temple où je manifesterai mon amour»

S’adressant à lui en nahuatl, sa langue maternel-

le, elle lui dit: «

Mon fils, Juanito, où vas-tu?

– Noble

Dame, ma Reine, je vais à la Messe à Mexico pour y

apprendre les choses divines que nous enseigne le

prêtre.

– Je veux que tu saches avec certitude, mon

cher fils, que je suis la parfaite et toujours Vierge

Marie, Mère du vrai Dieu de qui provient toute vie,

le Seigneur de toutes choses, Créateur du ciel et de

la terre. J’ai un immense désir que l’on construise,

en mon honneur, un temple dans lequel je manifes-

terai mon amour, ma compassion et ma protection.

Je suis votre mère pleine de pitié et d’amour pour

vous et tous ceux qui m’aiment, me font confiance et

recourent à moi. J’écouterai leurs plaintes et je sou-

lagerai leur affliction et leurs souffrances. Pour que

je puisse manifester tout mon amour, va maintenant

chez l’évêque, à Mexico, et dis-lui que je t’envoie

pour lui faire connaître le grand désir que j’ai de voir

construire, ici, un temple qui me soit dédié».

Juan Diego s’en va droit à l’évêché. Mgr Zumár-

raga, religieux franciscain, premier évêque de Mexico,

est un homme pieux et plein de zèle, d’un coeur dé-

bordant de bonté pour les Indiens; il écoute avec at-

tention le pauvre homme, mais craignant une illusion,

ne lui accorde pas grand crédit. Sur le soir, Juan Diego

prend la route du retour. Au sommet de la colline de

Tepeyac, il a l’heureuse surprise de retrouver l’Appa-

rition; il rend compte de sa mission, puis ajoute: «Je

vous supplie de confier votre message à quelqu’un de

plus connu et respecté afin qu’on puisse le croire. Je

ne suis qu’un modeste Indien que vous avez envoyé en

haut lieu comme messager. Aussi ne m’a-t-on pas cru

et je n’ai pu que vous causer une grande déception.

Mon très cher fils,

répond la Dame,

tu dois compren-

dre qu’il y en a beaucoup de plus nobles à qui j’aurais

pu confier mon message et pourtant, c’est grâce à

toi que mon projet aboutira. Retourne demain chez

l’évêque... dis-lui que c’est moi, en personne, la Sain-

te Vierge Marie, Mère de Dieu, qui t’envoie».

Dès le dimanche matin après la Messe, Juan Diego

se rend chez l’évêque. Le prélat lui pose de nombreuses

questions, puis demande un signe tangible de la réa-

lité de l’apparition. Lorsque Juan Diego retourne chez

lui, l’évêque le fait suivre discrètement par deux servi-

teurs. Au pont de Tepeyac, Juan Diego disparaît à leurs

yeux, et malgré toutes leurs recherches sur la colline et

alentour, ils ne le retrouvent plus. Furieux, ils déclarent

à l’évêque que c’est un imposteur qu’il ne faut absolu-

ment pas croire. Pendant ce temps, Juan Diego raconte

à la belle Dame, qui l’attendait sur la colline, sa nouvelle

entrevue avec l’évêque.

«Reviens demain matin cher-

cher le signe qu’il réclame»,

répond l’Apparition.

Des roses, en plein hiver !

En rentrant chez lui, l’Indien trouve son oncle

malade, et le lendemain, il lui faut rester à son chevet

pour le soigner. La maladie empirant, l’oncle demande

à son neveu d’aller chercher un prêtre. Au point du

jour, le mardi 12 décembre, Juan Diego prend le che-

min de la ville. Approchant de la colline de Tepeyac,

il juge préférable de faire un détour pour ne pas ren-

contrer la Dame. Mais soudain, il aperçoit celle-ci qui

vient à sa rencontre. Plein de confusion, il expose la

situation et promet de revenir lorsqu’il aura trouvé un

prêtre pour administrer son oncle.

«Mon cher petit,

reprend l’Apparition,

ne sois pas affligé par la mala-

die de ton oncle, parce qu’il ne va pas en mourir. Je

t’assure qu’il va guérir... Va jusqu’au sommet de la

colline, cueille les fleurs que tu y verras et apporte-

les-moi».

Arrivé au sommet, l’Indien est stupéfait de

trouver un grand nombre de fleurs épanouies, des ro-

ses de Castille qui émettent un parfum très suave. En

cette saison d’hiver, en effet, le froid ne laisse rien sub-

sister, et le lieu est trop aride pour permettre la culture

des fleurs. Juan Diego cueille ces roses, les dépose

dans le creux de son manteau, ou tilma, puis redes-

cend la colline.

«Mon cher fils,

dit la Dame,

ces fleurs

sont le signe que tu donneras à l’évêque... Cela le dis-

posera à construire le temple que je lui ai demandé».

Marie se présenta à Juan Diego dans sa langue aztèque,

le nahuatl, sous le nom de «coatlaxopeuh», ce qui signi-

fie: «Celle qui écrase la tête du serpent». Ce mot se pro-

nonce «quatlasupe», ce qui pour les Espagnols ressemblait

étrangement au mot espagnol Guadalupe.

Le sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe à Mexico, est le lieu de pèlerinage le plus

visité au monde après le Vatican, avec plus de 20 millions de visiteurs chaque année. À gauche,

la nouvelle basilique en forme de tente, construite en 1976, qui peut contenir 10 000 fidèles.

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VERS DEMAIN mars-avril 2016

www.versdemain.org