Table of Contents Table of Contents
Previous Page  30-31 / 32 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 30-31 / 32 Next Page
Page Background

Voici des extraits de l’intervention de Mgr Joa-

chim Ouédraogo, évêque de Koudougou au Burkina

Faso, lors de la session d’étude d’août 2015 à Rouge-

mont sur la démocratie économique. Prenez note que

la prochaine session d’étude à Rougemont aura lieu

du 14 au 24 avril 2016 (Voir l’annonce en page 32):

Je m’appelle Joachim Herménégilde Ouédrao-

go, je suis évêque à Koudougou au centre ouest du

Burkina-Faso. J’ai été nommé Évêque du diocèse de

Dori à l’extrême nord du Burki-

na-Faso en 2004, une population

presque à cent pour cent musul-

mane, quatre-vingt-quinze pour

cent de musulmans et un pour

cent de chrétiens. Un diocèse

grand comme la Belgique. De là,

j’ai été transféré au diocèse de

Koudougou le 4 novembre 2011.

J’ai fait ma première

connaissance avec Vers Demain

en 2011 par l’entremise de votre

pèlerin Marcel Lefebvre. J’étais

alors évêque à Dori et adminis-

trateur apostolique du diocèse

de Koudougou. Pour l’histoire,

disons qu’il y a 370 km entre

les deux diocèses. Chaque fois,

je devais traverser deux diocè-

ses avant de rejoindre Koudou-

gou. Je faisais deux semaines à

Koudougou, trois jours à Oua-

gadougou (la capitale), deux semaines à Dori et je

recommençais la navette ainsi. On a failli m’enterrer

à la fin. Marcel avait tellement insisté et parlé de Vers

Demain et des Pèlerins de saint Michel qu’en octo-

bre 2011, j’ai répondu à l’invitation à participer à la

rencontre de mars 2012 à Rougemont. Et le 17.10, je

recevais les informations nécessaires pour participer

à la rencontre.

Mais entre-temps, en novembre 2011, j’ai été

nommé évêque de Koudougou, et cette nouvelle res-

ponsabilité ne me laissait pas beaucoup de marge

pour répondre aux invitations ultérieures. Mais la

ténacité de Marcel a eu raison de mes prétextes. Il

a même utilisé une de mes relations, l’abbe Patrice

Savadogo de Côte d’Ivoire, qui est présent ici avec

nous, pour me convaincre de venir.

Je suis venu et j’ai vu !

l

 J’ai vu les Pèlerins de saint Michel, une commu-

nauté remplie de l’Esprit Saint qui croit à ce qu’elle fait.

l

 J’ai vu les Pèlerins de saint Michel, une com-

munauté qui témoigne de la bonne nouvelle.

l

 J’ai vu les Pèlerins de saint Michel, une com-

munauté soucieuse de l’avenir de l’humanité.

l

 J’ai vu les Pèlerins de saint Michel, une com-

munauté qui aime Dieu et qui va aux périphéries exis-

tentielles de notre société pour faire connaitre Jésus-

Christ, pour faire aimer Jésus-Christ, pour faire imiter

Jésus-Christ.

l

 J’ai vu les Pèlerins de

saint Michel, une communauté

qui est et sera un tremblement

de terre pour le système écono-

mique actuel.

l

 J’ai vu des laïcs, hommes

et femmes, des prêtres et des

évêques qui croient que le bien

l’emportera sur le mal, l’amour

sur la haine, la justice sur l’injus-

tice, la générosité sur l’égoïsme,

la démocratie économique sur

la dictature du monde financier

d’aujourd’hui. Ces gens, c’est

vous !

l

 J’ai vu aussi, dans votre

pays, de belles églises vides !

Témoins d’un passé glorieux de

l’Église sur cette terre du Canada.

Ces sept «visions» ont pro-

duit en moi deux interpellations:

j’ai découvert un tant soit peu le système financier

actuel et j’ai découvert que je suis à la fois exploité

et exploiteur. Après l’enseignement de monsieur de

Siebenthal, je n’ai pas dormi toute la nuit. Tous les en-

seignements d’Alain Pilote et des autres intervenants

nous ont montré comment nous sommes exploités.

Sans être mathématicien, quand je fais une lecture

empirique de ce que je vis et ce que j’ai vécu, je vois

que je suis exploité, que nous sommes exploités.

Nos peuples sont exploités.

Le diocèse d’Ouahigouya d'où je suis originai-

re regorge d’or! Il y a deux grandes mines dans ce

diocèse et une de ces mines a été saccagée par les

musulmans en révolte contre cette exploitation. Le

diocèse de Dori, dans l’extrême nord, regorge de

mines d’or. Les jeunes, un jour dans la ville de Youga,

ont marché contre les autorités de la mine. Dans mon

village situé dans ce diocèse, se trouvent l'une des

mines les plus grosses du Burkina-Faso. Et au village,

les gens aiment dire: «Ici à Sabcé, nous marchons

sur l’or ! » Effectivement, ils marchent sur l’or et ils

manquent de tout ! Les paysans à Sabcé ne peuvent

pas s’acheter un œuf. Et on a construit de petites cel-

lules, qui peuvent contenir à peine deux personnes,

pour une famille. Et tout l’argent, tout l’or, partent

ailleurs. Je ne sais où.

Je sens qu’on est exploité et à la conférence épis-

copale, plusieurs fois, nous avons évoqué cette situa-

tion de l’exploitation de l’or au Burkina-Faso. Notre

pays regorge d’or ! Partout c’est de l’or, partout de

l’or ! Et dans mon diocèse de Koudougou, non seule-

ment nous avons l’or, mais aussi nous avons le zinc.

Et les populations sont toujours pauvres. Les écoles

sont «sous paillotte», comme on dit chez nous. On

donne la classe

aux enfants sous

les arbres. Les

enfants n’ont pas

de table, sur-

tout au Sahel.

Dans beaucoup

d’écoles ils sont

assis par terre. Et

comme on aime

dire chez nous,

chacun a son

trou. Les enfants

mettent le coude

à terre et se cou-

chent pour écri-

re. Et à force de

mettre le coude

à terre, chacun

a formé un trou,

et si tu changes

de trou le coude

ne rentre pas. Et

quand ils arrivent au centre d'examen pour passer

le certificat, on les amène en ville. Ils ne savent pas

comment s’asseoir pour écrire sur une table. Ils de-

mandent à s’asseoir à terre pour écrire. Et c’est dans

ce Burkina Faso qui regorge d’or!

Donc, on est exploité. Je suis exploité et c’est

révoltant. C’est vous qui m’avez fait découvrir cela.

Je dis aussi que je suis exploiteur. Et c’est cela

qui justement m’a empêché de dormir après l’inter-

vention de Monsieur de Siebenthal.

Je suis exploiteur par mon silence devant l’injus-

tice. Nous n’avons pas le droit de nous taire. Je suis

exploiteur par mon attitude vis-à-vis de l’argent et des

biens de la terre. Et je me pose ces deux questions:

l

 Quel est mon regard sur les pauvres en tant

qu’évêque?

l

 Comment les employés de mes missions sont-

ils traités?

Parfois, ils ne sont même pas déclarés à la caisse,

à la sécurité sociale. C’est de l’injustice. Donc, je suis

exploiteur. Je crois que pour changer le monde, il

faut que moi-même je change. Alors, priez pour moi

pour que je change.

La deuxième interpellation, c’est un acquis pasto-

ral que je tire de cette semaine de formation: l’ensei-

gnement des Pèlerins de saint Michel peut être appli-

qué dans le champ pastoral pour répandre la bonne

nouvelle. Le pape nous invite à aller aux périphéries.

Vous nous donnez l’exemple de comment aller aux

périphéries. Dans le diocèse, nous avons beaucoup

de structures, beaucoup de mouvements d’Action

catholique, le Renouveau charismatique catholique,

des anciens jusqu’aux jeunes, etc.; mais souvent,

on reste toujours

entre nous, on

ne va pas dans

les périphéries.

Et présentement,

tous nos villages

sont envahis de

protestants.

Un jour, je

faisais une visite

pastorale dans

une famille pro-

testante près de

l’évêché. Dans

la famille il y

avait un univer-

sitaire. Et quand

je commençais

à me présenter,

il me dit: «Ah !

Je connais votre

village ! » Il me dit

que pendant les

congés, les protestants universitaires se partagent

les villages du Burkina Faso et vont prêcher, faire la

pastorale. Et je me demande: Nous, les catholiques,

nous faisons quoi ? Nous restons entre nous, nous

n’allons pas aux périphéries. Votre méthode pasto-

rale m’inspire beaucoup et je voudrais à mon retour

partager cela avec mes collaborateurs pour apporter

vraiment la bonne nouvelle.

Et pour ces acquis, ces interrogations, et ces re-

mises en cause que ce séjour a suscités en moi, je

vous dis simplement: merci !

Il y a un proverbe chez nous qui dit qu’un seul

doigt ne ramasse pas la farine. C’est à deux doigts

qu’on ramasse la farine. C’est un appel à l’unité d’ac-

tion pour que, petit à petit, nous puissions faire sou-

lever ce monde-là, pour qu’il y ait beaucoup plus de

justice dans notre société.

Voilà ce que je voulais partager avec vous. Que

Dieu vous bénisse !

Mgr Joachim Ouédraogo

«Je suis venu et j’ai vu! »

Témoignage de Mgr Joachim Ouédraogo du Burkina Faso

Mgr Ouédraogo entouré de notre directrice, Thérèse Tardif

et de notre directeur, Marcel Lefebvre

30

VERS DEMAIN mars-avril 2016

VERS DEMAIN mars-avril 2016

www.versdemain.org www.versdemain.org

31