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Il faudra bien des années au Père Léopold pour

comprendre les modalités de sa mission. Mais ce ne

sont pas ses vues personnelles qui vont lui permettre

de les découvrir. En homme de foi, il est persuadé que

la révélation du dessein divin se fera à travers l’obéis-

sance.

Les moyens choisis par Dieu lui seront signifiés

peu à peu par la voix de ses supérieurs. Il sait, d’autre

part, que la pratique de l’obéissance a plus d’effica-

cité que toutes les prédications. Pour s’y encourager,

il copie de sa propre main la fameuse lettre de saint

Ignace sur cette vertu, et il la

garde toujours près de lui.

Il

sera l’apôtre de la réconcilia-

tion des Orientaux séparés de

l’unité catholique par la prière

et le sacrifice,

à la manière de

sainte Thérèse de l’Enfant-Jé-

sus et de la Sainte-Face pro-

clamée patronne des missions

alors qu’elle n’est jamais sortie

de son carmel.

Un défi

Éclairé par cette vue de

foi, il écrit sur un billet: «

Sache

que plus saintement tu t’ac-

quitteras de tes devoirs, plus

efficace sera ta coopération

au salut des peuples orien-

taux».

Cette recommandation

vaut pour tout chrétien. Dans

son Encyclique

Ut unum sint

,

du 25 mai 1995, le Pape Jean-

Paul II écrit: «Le Christ appelle

tous ses disciples à l’unité. Le

désir ardent qui m’anime est

de renouveler aujourd’hui cet-

te invitation et de la reprendre

résolument Ceux qui croient

au Christ, unis sur la voie tra-

cée par les martyrs, ne peuvent

pas rester divisés. S’ils veulent

combattre vraiment et effica-

cement la tendance du monde

à rendre vain le mystère de la

Rédemption, ils doivent pro-

fesser ensemble la vérité de la Croix. La Croix ! Le cou-

rant antichrétien se propose d’en nier la valeur et de la

vider de son sens; il refuse que l’homme y trouve les

racines de sa vie nouvelle et prétend que la Croix ne

peut ouvrir ni perspectives ni espérances: l’homme,

dit-on, n’est qu’un être terrestre qui doit vivre comme

si Dieu n’existait pas. Il n’échappe à personne que tout

cela constitue un défi pour les croyants. Ceux-ci ne

peuvent pas ne pas le relever» (1-2).

Aussi le Pape exhorte-t-il les chrétiens à travailler

à rétablir la communion afin que le monde croie (Jn

17, 21). Concrètement, l’apostolat accessible à tous en

vue de l’unité est celui de la sanctification personnel-

le. «Il n’y a pas d’oecuménisme au sens authentique

du terme sans conversion intérieure, dit le Saint-Père

Chacun doit donc se convertir plus radicalement à

l’Évangile... Cette conversion du coeur et cette sain-

teté de vie, en même temps que les prières privées et

publiques pour l’unité des chrétiens, sont à regarder

comme l’âme de tout le mouvement oecuménique et

peuvent être à bon droit appelées “oecuménisme spi-

rituel”» (

id

. 15; 21).

Le Père Léopold est persuadé que le retour des

dissidents à l’Unité se fera un

jour. Il écrit à son directeur de

conscience: «Lorsque nous,

prêtres, nous célébrons les

saints mystères dans cette

intention, c’est le Christ lui-

même qui prie pour nos frères

séparés. Or, nous savons par

ailleurs la puissance de cette

prière du Christ, qui est tou-

jours exaucée». Il découvre un

autre gage de ce retour dans la

dévotion profonde des Orien-

taux pour la Vierge Marie.

Cette Mère si bonne ne peut

les abandonner.

«Ô Bienheu-

reuse Vierge, écrit-il, je crois

que vous avez la plus grande

sollicitude pour les dissidents

orientaux. Et moi, je désire

coopérer de tout mon coeur

à votre affection maternelle».

Tous les fidèles sont égale-

ment appelés à s’unir au saint

Sacrifice de la Messe et à prier

la Très Sainte Vierge en vue de

la réunification des chrétiens.

«Ici et non pas

aux missions !»

Un Frère capucin rappelle

un jour au Père Léopold que,

dans le passé, il parlait sans

cesse d’aller dans les pays

d’Orient, «et maintenant, ajou-

te-t-il, vous n’en parlez plus. - Tout juste, réplique le

Père. Il y a peu de temps, je donnai la communion à une

bien bonne personne.

Après avoir fait son action de

grâces, elle vint me faire cette commission: «Père, Jé-

sus m’a ordonné de vous dire ceci: Votre Orient, c’est

chacune des âmes que vous assistez ici par la confes-

sion». Vous voyez donc bien, mon cher ami, que Dieu

me veut ici et non pas aux missions».

Une autre fois, il

confie à un confrère: «Puisque Dieu ne m’a pas accordé

le don de la parole pour prêcher, je veux me consacrer

à lui ramener les âmes par le sacrement de pénitence».

Dès le début de son sacerdoce, le Père Léopold

s’est adonné au ministère de la confession; mais une

fois à Padoue, c’est une foule qui l’assiège. Cet apos-

tolat répond à un de ses désirs d’enfant. À l’âge de

huit ans, une de ses soeurs l’avait réprimandé pour

une faute sans gravité, et conduit à son curé qui l’avait

mis à genoux au milieu de l’église: «Je restai, dira-t-il

plus tard, profondément attristé et pensai en moi-mê-

me: Pourquoi traiter si durement un enfant pour une

faute si légère? Quand je serai grand, je veux me faire

religieux, devenir confesseur et traiter les âmes des

pécheurs avec beaucoup de bonté et de miséricorde».

Ce désir se réalise pleinement à Padoue.

Dix à quinze heures par jour

Le ministère du sacrement de la Réconciliation

lui est une rude pénitence. Il l’exerce dans une petite

chambre de quelques mètres carrés, manquant d’air

et de lumière, une étuve l’été,

une glacière en hiver. Il s’y tient

enfermé de dix à quinze heu-

res par jour. «Comment faites-

vous pour tenir si longtemps au

confessionnal ?» lui demande un

jour un confrère. «Voyez-vous,

c’est ma vie», répond-il en sou-

riant. L’amour des âmes le rend

prisonnier volontaire du confes-

sionnal, car il sait que «mourir

en péché mortel sans s’en être

repenti et sans accueillir l’amour

miséricordieux de Dieu, signifie

demeurer séparé de Lui pour

toujours par notre propre choix

libre», et que «les âmes de ceux

qui meurent en état de péché

mortel descendent immédia-

tement après la mort dans les

enfers, où elles souffrent les pei-

nes de l’enfer, «le feu éternel»»

(

Catéchisme de l’Église Catholi-

que

, CEC, 1033; 1035).

Pour procurer l’immense bienfait du pardon de

Dieu à tous ceux qui s’adressent à lui, le Père Léopold

se montre disponible et souriant, prudent et modeste,

conseiller spirituel compréhensif et patient. L’expé-

rience lui apprend combien il est important de mettre

le pénitent à l’aise et en confiance. L’un d’eux a rap-

porté un fait significatif: «Il y avait bien des années que

je ne m’étais pas confessé. Finalement je me décidai

et je vins trouver le Père Léopold. J’étais très inquiet,

gêné. A peine étais-je entré, qu’il quitta son siège et

m’aborda, tout content, comme un ami attendu: «Je

vous en prie, prenez place». J’allai, dans mon trouble,

m’asseoir dans son fauteuil. Lui, sans un mot, s’age-

nouilla par terre et entendit ma confession. Quand elle

fut terminée, et alors seulement, je pris conscience de

ma balourdise et voulus m’excuser; mais lui, souriant:

«De rien, de rien, dit-il. Allez en paix». Ce trait de bonté

resta gravé dans ma mémoire. Ce faisant, il m’avait

entièrement conquis».

Le ferme propos

Le Père Léopold a soin de susciter chez ses péni-

tents les dispositions requises pour la réception fruc-

tueuse du sacrement. Celui-ci comprend «d’une part,

les actes de l’homme qui se convertit sous l’action de

l’Esprit-Saint: à savoir la contrition, l’aveu et la satis-

faction; d’autre part, l’action de Dieu par l’intervention

de l’Église» (CEC, 1448). Parmi les actes du pénitent,

la contrition vient en premier lieu. Elle est une douleur

de l’âme et une détestation du péché commis, avec

la résolution de ne plus pécher à l’avenir. La contri-

tion comporte la haine des désordres de la vie passée

et une intense horreur du péché, selon cette parole:

Rejetez loin de vous toutes les iniquités par lesquelles

vous avez violé la loi de Dieu, et faites-vous un coeur

nouveau et un esprit nouveau (Ez 18, 31). Elle inclut

également «le propos sérieux

de ne plus commettre de péché

à l’avenir. Si cette disposition de

l’âme faisait défaut, en réalité il

n’y aurait pas de repentir... Le

ferme propos de ne plus pécher

doit se fonder sur la grâce divi-

ne que le Seigneur ne manque

jamais de donner à celui qui fait

son possible pour agir honnê-

tement» (Jean-Paul II, 22 mars

1996). Pour recevoir l’absolu-

tion, il ne suffit donc pas d’une

intention de moins pécher,

mais il est indispensable d’être

décidé à ne plus commettre de

péché grave.

Quand elle provient de

l’amour de Dieu aimé plus que

tout, la contrition est appelée

«parfaite». Une telle contrition

remet les fautes vénielles; elle

obtient aussi le pardon des péchés mortels, si elle

comporte la ferme résolution de recourir dès que pos-

sible à la confession sacramentelle. La contrition dite

«imparfaite», ou «attrition», vient, elle aussi, de Dieu,

sous l’impulsion de l’Esprit-Saint. Elle naît de la consi-

dération de la laideur du péché ou de la crainte de la

damnation éternelle et des autres peines dont est me-

nacé le pécheur. Par elle-même, cependant, la contri-

tion imparfaite n’obtient pas le pardon des péchés gra-

ves, mais elle dispose à l’obtenir dans le sacrement de

Pénitence.

L’aveu de ses fautes au prêtre constitue le deuxiè-

me acte essentiel du sacrement de Pénitence. Les

pénitents doivent, dans la confession, énumérer tous

les péchés mortels dont ils ont conscience après s’être

examinés sérieusement, même si ces péchés sont très

secrets et s’ils ont été commis seulement contre les

deux derniers préceptes du Décalogue (désirs mau-

vais volontaires), car parfois ces péchés blessent plus

gravement l’âme et sont plus dangereux que ceux qui

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VERS DEMAIN mars-avril 2016

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