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Pour la célébration de l’année sainte de la misé-

ricorde, le Pape François a demandé que les reliques

de deux saints italiens, célèbres pour leur ministère au

confessionnal – saint Padre Pio de Pietrelcina (1887-

1968) et saint Léopold Mandic (1866-1942) – soient ex-

posées dans la Basilique Saint-Pierre au Vatican du 5 au

11 février 2016, comme modèle pour tous les prêtres qui

entendront les confessions durant cette année sainte.

Ces deux prêtres capucins ont exercé un aposto-

lat extraordinaire au confessional, y passant souvent

jusqu’à quatorze heures par jour pour entendre les

confessions des fidèles, et ils avaient le don de lire dans

les âmes. Alors que saint Padre Pio est connu mondia-

lement comme étant le premier prêtre de l’histoire à

avoir reçu les stigmates (les plaies de la crucifixion de

Jésus-Christ), la vie de saint Léopold Mandic est moins

connue, mais tout aussi extraordinaire, et vaut la peine

d’être racontée. En voici un résumé:

par

Dom Antoine-Marie, o.s.b.

Un soir de novembre 1882, arrive à Udine (Italie),

un adolescent accompagné de son père. Ils se rendent

au couvent des Capucins; et comme ils sont attendus,

la porte s’ouvre aussitôt pour les laisser entrer. Le Père

Gardien se hâte au devant de ses hôtes. Son regard

se porte sur ce jeune de seize ans, trop petit pour son

âge, maigre et pâle. Vraiment, il ne paie pas de mine,

avec son air gauche qu’augmentent encore sa timidité

et sa démarche lourde. Et voici qu’il parle mal: il bé-

gaye. Mais l’expression du visage aux traits réguliers,

qu’éclairent un regard vif et un franc sourire, compen-

se heureusement ces défauts. Les quelques mots qu’il

a prononcés ont au surplus révélé un jeune homme

décidé: il veut devenir prêtre dans l’Ordre des Frères

Mineurs Capucins.

Un apôtre d’un mètre trente-cinq

Il vient de fort loin, de Castelnovo en Dalmatie

(aujourd’hui Hercegnovi, au Monténégro). Né le 12 mai

1866, il a reçu au baptême le nom de Dieudonné. À la

suite d’un revers de fortune, sa famille, autrefois noble

et riche, est réduite à une condition plus modeste; mais

ce changement n’a entamé en rien la foi ni la fidélité

des Mandic à l’Église romaine.

Fier par nature et d’un tempérament vif, le petit

Dieudonné ne fait pas mentir le sang dalmate qui coule

dans ses veines. L’ambiance du séminaire «séraphi-

que» où il entre est bonne. Mais ses camarades sont

des garçons robustes et bien bâtis, et les allusions à la

petite taille du nouveau venu – il ne dépassera pas un

mètre trente-cinq (4 pieds 4 pouces) –, ou à sa pronon-

ciation défectueuse, le blessent au coeur. De même, il

se cabre douloureusement lorsqu’il surprend le regard

trop compatissant des Pères qui s’occupent de l’école.

Quelques éclats d’humeur, sans grande importance,

l’engagent à une lutte courageuse et persévérante pour

dompter sa susceptibilité, modérer son tempérament

trop fougueux et acquérir une patience habituelle, une

douceur conquérante. Depuis sa première commu-

nion, Dieudonné puise fréquemment dans l’Eucharistie

la force nécessaire pour corriger ses défauts.

En se donnant à Dieu dans la vie religieuse, il a

un but précis: travailler au retour à l’unité catholi-

que des Orientaux séparés de l’Église Romaine. Cette

idée lui est venue durant sa jeunesse à Castelnovo.

Ce port sur l’Adriatique, est un important centre de

commerce, le point de rencontre d’hommes de races

et de religions diverses.

Dans cette pluralité religieuse, l’Église catholique

se maintient à un rang honorable, mais son influence

ne suffit pas à contrecarrer et à dominer les déborde-

ments de la cupidité, du luxe et de la sensualité. Le

spectacle affligeant de cette misère spirituelle a frappé

Dieudonné. Au fil des ans, Dieu lui a fait comprendre

de mieux en mieux combien la vraie foi manquait à

ces populations déracinées.

Dans son coeur est né un

désir, un projet qui, sous l’impulsion de la grâce, est

devenu une résolution précise et ferme: sauver ces

âmes délaissées en les faisant entrer dans l’Église ca-

tholique. Avec la réflexion, son horizon s’est étendu,

et derrière ses rencontres de Castelnovo, il a décou-

vert tous ces pays d’Orient gagnés par le schisme et

vivant en dehors du vrai bercail du Christ. Lui, le petit

Mandic, sera leur apôtre.

Semer le bon grain

Le séjour de formation de Dieudonné à Udine dure

à peine dix-huit mois. Admis au noviciat du couvent de

Bassano del Grappa, le 20 avril 1884, il y revêt l’habit

religieux et reçoit le nom de Frère Léopold. Le noviciat

terminé, il étudie la philosophie à Padoue puis la théo-

logie à Venise où, le 20 septembre 1890, il est ordonné

prêtre. Son désir de partir bientôt en mission s’intensi-

fie. Mais sa santé a souffert du travail fourni durant les

années d’étude, et on l’envoie d’abord dans différents

couvents de l’Ordre pour y refaire ses forces.

C’est une

grande déception. Il accepte cependant avec un pro-

fond esprit de foi, n’entendant pas régler sa vie sur

des inspirations personnelles, mais sur l’obéissan-

ce. En vue des missions futures, il perfectionne ses

connaissances des sciences sacrées et des langues

orientales comme le grec moderne, le croate, le slo-

vène et le serbe.

Il s’occupe aussi à différents travaux

manuels pour l’entretien des maisons où il réside.

En 1897, il est nommé supérieur du couvent des

capucins de Zara. Il s’en réjouit, car Zara le rapproche

de l’Orient. Beaucoup de marins et de commerçants

de tous les pays balkaniques et du Proche-Orient fré-

quentent ce port dalmate. À peine installé, le Père Léo-

pold se met à l’apostolat. Dès que l’arrivée d’un bateau

est signalée, il court souhaiter la bienvenue aux arri-

vants et lier connaissance avec eux. Le prétexte est

facile: un étranger qui débarque est heureux de ren-

contrer en touchant terre un visage ami qui lui four-

nit des renseignements utiles et le guide, s’il le faut, à

travers la ville. Chemin faisant, on cause de choses et

d’autres. Le Père s’informe du pays d’origine de ses

amis de rencontre, de leur métier, de leur famille, de

leur religion. Et quand il le juge opportun, il aborde

avec délicatesse et discrétion le sujet qui lui tient tant

au coeur: la connaissance de la vraie religion et l’adhé-

sion à la foi catholique. Le bon grain est semé; il lèvera

lorsqu’il plaira à Dieu.

Cet apostolat discret commence à produire quel-

ques fruits, lorsque, deux ans après son arrivée à Zara,

ses supérieurs envoient le Père Léopold à Thiene où

les Capucins ont la garde d’un sanctuaire dédié à la

Sainte Vierge. Se mettre au service de la Bienheureuse

Vierge adoucit la peine ressentie par le Père Léopold au

départ de Zara. Les années passent. En 1906, nouveau

changement, le Père se retrouve à Padoue. Il y restera

désormais presque toute sa vie. En 1922, cependant, il

part pour Fiume afin d’y entendre les confessions des

slaves. Son départ suscite tant de regrets à Padoue que

l’évêque intervient auprès du provincial des Capucins.

Le Père Léopold est rappelé: «Visiblement saint Antoine

de Padoue vous veut près de lui», écrit son Supérieur.

Ce que Dieu veut; comme Il veut

Ces divers événements, en particulier ces transferts

successifs de couvent en couvent, semblent démentir

les intuitions de jeunesse du Père Léopold: l’apostolat

auprès des Orientaux ne serait pas l’oeuvre à laquelle

Dieu l’appelle. Cependant le Père Léopold est convaincu

que telle est sa mission spéciale.

On a retrouvé, après

sa mort, une image de la Sainte Vierge, sur laquelle il a

écrit, en date du 18 juillet 1937: «Souvenir solennel du

fait de 1887. Cette année se trouve le cinquantième an-

niversaire de l’appel que j’ai entendu pour la première

fois de la voix de Dieu, qui me demandait de prier et

de promouvoir le retour des dissidents orientaux à

l’unité catholique».

Avec l’accord de son confesseur,

il s’est engagé par voeu à remplir cette mission auprès

des Orientaux. Il renouvellera souvent cette promesse,

et quelques mois avant sa mort, il écrira encore:

«Il ne

me reste aucun doute devant Dieu que je suis choisi

pour le salut du peuple oriental, c’est-à-dire des dis-

sidents orientaux. À cause de cela, je dois répondre à

la divine bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a

daigné me choisir, afin que, par mon ministère aussi se

réalise enfin la divine promesse: Il n’y aura qu’un seul

troupeau et un seul Pasteur».

Saint Léopold Mandic

Apôtre du confessionnal

«Quand je serai grand, je veux

me faire religieux, devenir

confesseur et traiter les âmes

des pécheurs avec beaucoup de

bonté et de miséricorde».”

— St. Leopold Mandic

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