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par

Alain Pilote

Il y a maintenant plus de 75 ans que les créditistes

de Vers Demain proposent l’idée d’un dividende social

– une somme d’argent versée à chaque mois à chaque

citoyen, sans condition, c’est-à-dire, peu importe nos

revenus, que l’on soit salarié ou non. Ce serait aussi

reconnaître chaque citoyen comme étant cohéritier des

richesses naturelles et du progrès (toutes les inventions

accumulées depuis des siècles), ce que l’ingénieur

écossais Clifford Hugh Douglas, l’inventeur des princi-

pes du Crédit Social, appelle l’héritage culturel.

Cette idée d’un revenu garanti pour tous fait son

chemin parmi les esprits, parfois sous d’autres noms

– revenu universel, revenu d'existence, allocation uni-

verselle, revenu de citoyenneté, revenu de base, etc.

– entre autres parce qu’on est forcé de reconnaître les

défaillances des politiques sociales actuelles, et que

le progrès technologique élimine de plus en plus le

besoin d’employer les gens, les privant ainsi de reve-

nus. Dès 1930, l’économiste John Maynard Keynes

écrivait, dans «Economic Possibilities for our Grand-

children» (Les alternatives économiques qui s’ouvrent

à nos petits-enfants):

«Nous souffrons d’une nouvelle maladie dont

certains de mes lecteurs n’auront pas même encore

entendu mentionner le nom, mais dont ils enten-

dront abondamment parler dans les années qui vien-

nent – à savoir le chômage technologique. Ce qui

veut dire le chômage dû au fait que nous découvrons

des moyens d’économiser l’utilisation du travail à un

rythme plus rapide que celui auquel nous parvenons

à trouver au travail de nouveaux débouchés.»

Les nouvelles technologies découvertes depuis

1930 n’ont fait que confirmer cet état de choses. En

effet, le thème principal du sommet économique de

Davos en Suisse, tenu en janvier 2016, qui réunit cha-

que année l’élite politique et financière du monde, était

la «4e révolution industrielle», qui éliminera d’ici cinq

ans 5 millions d’emplois dans les principales écono-

mies mondiales: après la première révolution (avène-

ment de la machine à vapeur), la deuxième (électricité,

chaîne de montage), la troisième (électronique, robo-

tique), arrive la quatrième qui combinera plusieurs

facteurs à l'oeuvre comme l'internet des objets ou les

mégadonnées (big data) pour transformer l'économie.

Ce n’est peut-être donc pas par hasard que sou-

dainement, depuis quelques mois, on entend parler

partout dans le monde de la possibilité d’instaurer un

«revenu de base» qui garantirait le minimum vital à

chaque citoyen.

Par exemple, en décembre 2015, Juha Sipilä, pre-

mier ministre de la Finlande, annonçait que dès 2017,

le gouvernement finlandais versera à chaque citoyen

une allocation mensuelle universelle de base de 800

euros (environ 1200 dollars canadiens), pour lutter

contre la pauvreté. Selon M. Sipilä, le gouvernement

finlandais économiserait même de l’argent en suppri-

mant tous les programmes sociaux existants et verser

la somme équivalente en un seul chèque, ce qui rédui-

rait les coûts de 50 pour cent, en diminuant la bureau-

cratie et la taille de la fonction publique.

Aux Pays-Bas, la ville d’Utrecht tente l’expérien-

ce depuis janvier 2016, sur un groupe d’environ 300

personnes à qui sont versés 900 euros par mois pour

un adulte et 1 300 euros pour un couple. En Suisse,

l'initiative populaire fédérale «Pour un revenu de base

inconditionnel» lancée le 11 avril 2012 a rassemblé

plus de 126 000 signatures sur les 100 000 nécessaires

pour qu'un référendum ait lieu le 6 juin 2016 sur le ver-

sement à chaque citoyen suisse d’un revenu annuel

équivalent à 35 900 dollars canadiens.

Au Québec aussi ?

À la fin de février 2016, Phi-

lippe Couillard, premier ministre

de la province de Québec au

Canada, annonçait qu’il confiait

à François Blais, actuel ministre

de la Solidarité sociale, le man-

dat d’étudier la faisabilité d’un

tel revenu de base au Québec.

François Blais est un expert sur

ce sujet, puisqu’il avait écrit en

2001, alors qu’il était professeur

à l’université Laval de Québec, un livre intitulé: «Un

revenu garanti pour tous: introduction aux principes

de l'allocation universelle», où il offrait une «définition

simple» de ce «revenu de base»: «L'allocation univer-

selle constitue un revenu

inconditionnel accordé par

l'État à chaque citoyen.»

Selon M. Blais, adapté

aux besoins particuliers,

ce montant non imposable

octroyé «de la naissance à

la mort» viendrait remplacer

les mesures actuelles de sé-

curité du revenu: aide socia-

le, prestation aux familles et

aux retraités, crédits d'impôt

aux particuliers et aux entre-

prises, prêts et bourses, et

d'autres encore. Plus facile à gérer, la mesure allégerait

la structure administrative, et encouragerait aussi le

travail puisque l'allocation ne sera pas coupée même

si le bénéficiaire reçoit un salaire en plus (ce qui se

passe actuellement avec l’aide sociale, qui est coupée

si vous travaillez.)

Expériences précédentes

En 1976, l'Alaska a mis en place l'Alaska Permanent

Fund, un fonds souverain dont le capital est basé sur

les revenus miniers et pétroliers de l'État, et dont les

revenus alimentent depuis 1982 un dividende univer-

sel versé le 30 juin de chaque année à chaque habitant

de cet état américain. En 1999 un référendum interdit

à l'État d'utiliser «une partie» des revenus du fond (84

% d'opposants). Le montant maximum versé a été de

2 072 $ en 2015. (À noter qu’il n’y a pas d’impôt sur le

revenu ni de taxe de vente en Alaska.)

Une expérimentation a été menée en Namibie (pays

au sud de l’Afrique), dans le secteur de Otjivero-Omi-

tara (environ 1 000 personnes) à100 kilomètres de la

capitale, Windhoek. Elle consistait à distribuer chaque

mois, pendant deux ans (à partir du 1er janvier 2008) à

chaque habitant enregistré 100 dollars namibiens.

Au bout de quelques mois d'expérimentation, la

criminalité avait baissé, la sécurité alimentaire de la

population avait augmenté, l'absentéisme à l'école

avait diminué, et des micro-entreprises se sont mises

en place qui ont revitalisé le tissu économique et so-

cial du village. Globalement les revenus des habitants

du village avaient augmenté de 29 %, soit plus que le

revenu supplémentaire octroyé par le programme.

Dans les années 1970, la ville de Dauphin, au Ma-

nitoba, a fait l’expérience du revenu minimum univer-

sel, comme l’écrivait Isabelle Maher, dans un article

du Journal de Montréal du 13 décembre 2015: «Entre

1974 et 1979, les résidents ont eu droit à une allocation

pour tous. L’objectif était de vérifier si l’argent versé

directement aux citoyens pouvait remplacer les pro-

grammes sociaux. L’expérience fut interrompue sans

qu’un rapport soit publié. Ce n’est qu’en 2007 qu’une

chercheuse, la Dre Evelyn Forget, a entrepris l’analyse

des données accumulées tout au long de l’expérience.

La Dre Forget a ainsi observé une baisse de la fréquen-

tation des hôpitaux de 8,5 %, de même qu’une forte

diminution des accidents liés au travail. La chercheuse

a aussi remarqué une diminution des admissions aux

urgences des hôpitaux pour des accidents de la route

ou des cas de violence conjugale.»

Comment financer ce revenu?

Comme on le voit, on discute de l'idée, mais le

problème demeure toujours: comment financer ce

revenu de base? La solution du crédit social (un divi-

dende financé par de l'argent nouveau sans intérêt

par un Office national du crédit, ou la banque cen-

trale de la nation) est de loin supérieure à taxer les

plus riches ou les entreprises. C'est reconnaître que

nous sommes tous capitalistes, tous cohéritiers du

progrès et des richesses naturelles du pays.

La justice, c’est de rendre à chacun ce qui lui est dû,

et ce qui est dû à chacun, c’est un dividende social. Vers

Demain a publié des centaines d’articles sur le sujet,

qu’on peut aussi retrouver sur son site internet.

(Voir

entre autres dans le livre d’Alain Pilote sur la Démocratie

économique, le chapitre sur le dividende.)

On a versé

des milliards aux banques pour leur venir en aide après

la crise de 2008. Pourquoi ne pas venir en aide directe-

ment aux citoyens en leur versant de l’argent ?

De plus en plus de promoteurs de ce revenu de

base réalisent qu’on ne peut le financer sans l’accom-

pagner d’une réforme monétaire où l’État reprend son

droit régalien de créer l’argent pour la nation. On peut

lire par exemple sur le site du Mouvement Français

pour un Revenu de Base

1

:

«Maurice Allais, prix Nobel d’économie 1988,

grand spécialiste de la monnaie et promoteur du re-

venu de base, proposait en son temps de retirer aux

banques leur monopole sur la création monétaire.

L’histoire n’en a pas tenu compte. Sur fond de mon-

dialisation, le pouvoir des banques commerciales sur

la création monétaire n’a cessé de s’amplifier et de se

déréguler. Depuis les années 30, d’autres économis-

tes avant lui en avaient déjà décrit les conséquences:

bulles spéculatives, explosion de la dette, creusement

abyssal des inégalités, chômage et pauvreté.

«Nous ne détaillerons pas ici les mécanismes de

création monétaire par les banques et leurs consé-

quences délétères. De nombreux membres du Mou-

vement Français pour le Revenu de Base les connais-

sent et n’en sont pas dupes... Selon eux, il est illusoire

de penser qu’un revenu de base qui ne prendrait pas

en compte la création monétaire puisse sauver la paix

sociale. Ils redoutent même qu’un revenu de base par

redistribution tel qu’il pourrait se mettre en place en

première instance, aboutisse au résultat contraire si le

jeu politique lui faisait jouer le rôle de rempart pour

maintenir un statu quo social qu’ils jugent inique. Il

paraît donc essentiel d’étudier des formes du revenu

de base impliquant la création monétaire, voire qui

seraient complètement fondées sur celle-ci.»

Continuons donc l’éducation du peuple, pour un

revenu de base financé sans taxe par la banque cen-

trale de notre pays.

Alain Pilote

1 

(http://revenudebase.info/2016/03/23/revenu-de-

base-protocole-monetaire-commun/)

Revenu de base ou dividende social?

La Finlande va donner 1200 $ par mois à chaque citoyen

François Blais

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VERS DEMAIN mars-avril 2016

VERS DEMAIN mars-avril 2016

www.versdemain.org www.versdemain.org

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