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par

Louis Even

Le mot

dictature

évoque généralement une dicta-

ture politique, avec force policière, prisons, camps de

concentration, travaux forcés; peloton d’exécution,

pour punir quiconque ose défier les décrets du dic-

tateur.

Mais il y a eu et il y a encore d’autres formes de

dictature qui, elles aussi, par d’autres moyens, met-

tent entre les mains du dictateur la vie de ceux à qui il

impose ses conditions.

Un dictateur qui contrôlerait tous les moyens de

vivre — disons seulement tous les produits alimen-

taires — n’aurait besoin ni de police ni de prison pour

imposer ses volontés. Tous devraient ou plier devant

lui ou mourir de faim.

Or, dans le monde moderne, où les biens néces-

saires à la vie proviennent de sources différentes, on

ne peut se procurer de quoi vivre sans obtenir sur le

marché ce qu’on ne produit pas soi-même. C’est dire

qu’on ne peut vivre aujourd’hui sans moyens de paie-

ment, donc sans argent.

Quiconque peut contrôler les moyens de paie-

ment, les libérer ou les refuser ou les rationner à son

gré et à ses conditions, ce quiconque-là est dictateur

absolu de toute la population. C’est le cas du système

bancaire, banques à charte et banque centrale genre

actuel y compris.

«Dans le creux de leurs mains»

Reginald McKenna était, en

1934, président de la Midland Bank,

une des cinq grandes banques

commerciales d’Angleterre. Il avait

été précédemment Chancelier de

l’Echiquier — ce qui s’appelle au

Canada Ministre des Finances.

C’était donc un homme renseigné.

Or, voici ce que McKenna déclarait,

en janvier 1934, à l’assemblée an-

nuelle des actionnaires de la Midland Bank:

«Je crains que le citoyen ordinaire n’aimerait

pas entendre dire que les banques peuvent créer de

l’argent, et qu’elles le font. Le montant de l’argent

en existence ne varie que par l’action des banques.

Chaque fois qu’une banque fait un prêt, consent un

découvert ou achète une valeur, elle crée un dépôt.

Chaque remboursement d’emprunt ou de découvert,

chaque vente de valeur par une banque, détruit un

dépôt. Et ceux qui contrôlent le crédit d’une nation di-

rigent la politique de ses gouvernements et tiennent

la destinée du peuple dans le creux de leurs mains.»

Cette dernière phrase du banquier rencontre bien

ce que, sept ans plus tard, le Pape Pie XI allait écrire

dans

Quadragesimo Anno

:

«Un immense pouvoir et une domination écono-

mique despotique sont consolidés entre les mains de

quelques-uns... Ce pouvoir est particulièrement irré-

sistible chez ceux qui, par leur contrôle de l’argent,

peuvent aussi gouverner le crédit et le dispenser

selon leur bon plaisir. Par-là, ils distribuent, en quel-

que sorte, le sang à l’organisme économique dont ils

tiennent la vie entre leurs mains, si bien que, sans

leur consentement, nul n’ose plus respirer.»

Au-dessus des gouvernements

Cette dictature de l’argent et du crédit domine les

gouvernements en apparence les plus puissants. Des

hommes d’État qui ont dû plier devant elle en ont fait

l’aveu.

L’un des plus illustres hommes

d’État anglais, William Gladstone,

qui fut quatre fois premier minis-

tre de son pays (1868-74, 1880-

85, 1886 pour quelques mois, et

1892-94), fut d’abord Chancelier

de l’Echiquier (ministre des Finan-

ces) avant d’être leader du parti

libéral. Gladstone avait vivement

critiqué la politique financière de

Disraeli; mais une fois au même poste, il s’aperçut vite

où résidait le véritable pouvoir. C’est lui qui le déclare

dans la citation suivante, où le mot

City

désigne les

gros cercles financiers de Londres :

«Du moment où je devins Chancelier de l’Echi-

quier, en 1852, je commençai à apprendre que l’Etat

est dans une position essentielle fausse en matière

de finance, devant la Banque d’Angleterre et la City...

Voici quel était le pivot de la situation: le Gouver-

nement lui-même ne devait pas avoir un pouvoir

substantiel en matière de finance, mais devait lais-

ser la Puissance d’Argent suprême et sans conteste.

J’éprouvai de la répugnance à accepter cet état de

choses, et je commençai à y résister dès l’abord, en

prenant financièrement position. Mais je me heurtais

à l’opposition tenace du gouverneur et du vice-gou-

verneur de la Banque d’Angleterre et j’eus la City

contre moi en toute occasion.»

En 1916, le président des

Etats-Unis, Woodrow Wilson,

résumait ainsi la situation dans la

grande république américaine:

«Une grande nation indus-

trielle est contrôlée par son sys-

tème de crédit. Notre système de

crédit est centralisé. En consé-

quence, la croissance de notre

nation et toutes nos activités

sont entre les mains de quelques hommes... Nous

La toute-puissante dictature de l’argent

en sommes ainsi venus à être une des nations du

monde les plus soumises à une férule, un des gou-

vernements les plus contrôlés et les plus dominés du

monde civilisé – non plus un gouvernement suivant

les convictions et le vote libre de la majorité, mais un

gouvernement soumis aux vues et aux exactions de

petits groupes d’hommes dominants.”

Bien avant Woodrow Wilson, d’ailleurs, des pré-

sidents américains s’étaient plaints de la domination

bancaire sur le peuple et sur leur gouvernement. Tho-

mas Jefferson, président de 1801 à 1809, disait:

«Je crois sincèrement que

les établissements bancaires

sont plus dangereux que les

armées prêtes au combat, et

que le principe de dépenser de

l’argent devant être remboursé

par la postérité sous le nom

d’emprunts, n’est qu’une façon

d’hypothéquer l’avenir sur une

grande échelle.»

Le même Jefferson disait encore, en une autre

occasion:

«Si le peuple américain permet à des banquiers

privés de contrôler l’émission et le volume de la mon-

naie de la nation, d’abord par inflation, puis par dé-

flation, ces banques et les grosses compagnies qui

s’érigeront autour d’elles priveront graduellement le

peuple de toute propriété, jusqu’à ce que nos enfants

s’éveillent sans patrimoine sur ie continent conquis

par leurs pères.»

Et Abraham Lincoln, qui fut

président de 1860 à son assassi-

nat en 1865, déclarait à la fin de la

Guerre de Sécession:

«Cette guerre a placé de gros-

ses corporations sur des trônes.

Une ère de corruption en haut lieu

s’ensuivra et la puissance d’argent

du pays essaiera de prolonger

son règne jusqu’à ce que toute la

richesse soit accumulée entre les

mains de quelques-uns, entraînant cette république

à sa destruction.»

Parlant de l’assassinat de Lincoln, le prince de Bis-

marck, premier ministre et ministre des affaires étran-

gères du royaume de Prusse (plus tard chancelier de

l’empire allemand), disait:

«La mort de Lincoln fut un désastre pour la

chrétienté... Je crains que les banquiers internatio-

naux, avec leurs trucs habiles et tortueux, viennent

à contrôler entièrement les richesses exubérantes de

l’Amérique et à plonger toute la chrétienté dans des

guerres et dans le chaos, pour que la terre devienne

leur héritage.»

A la fin de la première guerre mondiale, les Alliés

se réunirent à Versailles, pour la rédaction du traité qui

réglerait le statut des vaincus

vis-à-vis des vainqueurs. Ce

traité de Versailles, qui conte-

nait en lui-même les germes

d’une autre guerre, fut bien plus

l’oeuvre des financiers que des

hommes d’Etat. David Lloyd

Georges y représentait l’Angle-

terre, Clemenceau la France,

Wilson les Etats-Unis. Lloyd

George a, déclaré depuis:

«A Versailles, les financiers s’emparèrent du

commandement. Ils émettaient leurs ordres comme

des empereurs ne souffrant aucun accroc à leurs

exigences impérieuses. Leurs politiques financières

ont dominé notre commerce et restreint la produc-

tion durant toute la période d’entre les deux guer-

res. Maints efforts ont été faits en vue de déterminer

le gouvernement à employer le crédit du pays pour

subvenir aux besoins criants du peuple, mais Mam-

mon était sur son trône, éliminant tous les projets.

Aujourd’hui, nous subissons les conséquences de ces

politiques financières.»

« « «

Quand bien même on n’aurait pas ces aveux, et

d’autres, d’hommes d’Etat, tout le monde sait bien

que les représentants du peuple les mieux intention-

nés avant d’être au pouvoir deviennent, une fois en

selle, étonnamment impuissants à réaliser leurs pro-

jets de servir. C’est parce que. le véritable gouverne-

ment n’est pas celui qui sort des urnes électorales,

mais celui, non élu, qui détient le contrôle de l’argent

et du crédit..

L’ancêtre Rothschild, de Francfort, le disait cyni-

quement :

«Qu’on me donne seulement le contrôle

du crédit d’une nation, et je me fiche bien de qui fait

ses lois.»

Ce n’est pas une majorité au Parlement — si forte

soit-elle et quel que soit le groupe qui la compose —

qui fera plier les puissances d’argent. Pour détrôner

Mammon, il faut une autre force : rien moins que la

force d’un peuple non seulement renseigné, mais im-

prégné d’une philosophie contraire à celle que le sys-

tème fait prévaloir. Un peuple qui veut se libérer de la

dictature de Mammon doit commencer par se défaire

lui-même du culte de Mammon, à tous les degrés, et

accorder son comportement avec les principes d’un

ordre économique sain.

C’est à cela que s’appliquent les créditistes qui

suivent l’orientation donnée par Vers Demain et l’Ins-

titut d’Action Politique. Ne pas seulement, proclamer

les principes du Crédit Social, mais s’en inspirer dans

la pratique, plus spécialement dans l’emploi des heu-

res où l’on n’est pas obligé de servir le système pour

gagner son pain et celui de sa famille. C’est par une

mentalité créditiste et des moeurs créditistes que sera

édifiée une cité créditiste.

Louis Even

R. McKenna

W. Gladstone

W. Wilson

Thomas Jefferson

A. Lincoln

D. Lloyd Georges

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VERS DEMAIN mars-avril 2016

VERS DEMAIN mars-avril 2016

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